vendredi 24 septembre 2010

Pourquoi croyons-nous ? (26ème dimanche)

« S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. »

Que signifie être convaincu ? On parle ici de vérités de foi, de celles que Moïse et les prophètes proclament. Si la proclamation des prophètes est sans effet, le merveilleux et l’extraordinaire d’une résurrection n’y fera rien. Qu’est-ce qui convaincra celui qui ne veut pas écouter Moïse et les Prophètes ? Est-ce que ceux qui partagent la foi, telle qu’elle trouve à s’exprimer dans le service du plus pauvre et le partage des richesses, ont été convaincus ? Et par qui ? Par Moïse et les prophètes ? Par une résurrection, celle de Jésus par exemple ?

Comment savons-nous ce que nous croyons ? S’agit-il de conviction, de certitude ? Avons-nous étés emportés par le merveilleux de quelque miracle ? Est-ce que le caractère de ce qui échappe à l’ordre naturel des causes constitue l’indice du surnaturel, voire sa preuve ? Faut-il effectivement revendiquer l’extrémisme de la formule credo quia absurdum, je crois parce que cela n’a pas de sens ?

Savons-nous pourquoi nous sommes convaincus de notre foi ? Savons-nous ce qui fait de nous des croyants ? Oui et non.

Nous le savons au sens où nous le réfléchissons, nous le passons au crible de la raison. Notre foi ne peut que ressortir plus pure d’une meilleure connaissance de ce qu’elle propose comme compréhension du monde et de la vie de l’homme, moins dupe de ses connivences, pas toujours flatteuses, avec les peurs infantiles et névrotiques, avec les pratiques magiques et rituelles. On ne pourra contester la rationalité de la foi chrétienne. Et il n’y a ici rien d’étonnant si, comme le dit l’évangile de Jean, le Verbe s’est fait chair, le logos est venu chez les siens, logos que l’on traduit certes par parole, mais aussi par raison voire mesure et proportion.

Oui, nous savons pourquoi nous croyons, et non seulement parce qu’il y a peut-être guère de proposition de monde plus brillante que celle de la foi chrétienne, mais aussi, parce que cette proposition de monde ne réside pas seulement en un savoir, un système, une idéologie, mais est dans le même temps, une pratique de la charité. Se pourrait-il qu’échappe à la vérité une foi qui fait du service du frère un devoir, qui commande de faire en sorte que tout homme puisse trouver en nous un prochain ?

Ainsi, si nous sommes chrétiens, disciples du Seigneur, c’est bien parce qu’est hautement rationnelle et humanisante la manière que propose l’évangile d’habiter le monde, avec et pour les autres, dans des institutions à sans cesse vouloir plus jutes afin que tous soient heureux, que tous aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance.

Et cependant, nous ne savons pas dire pourquoi nous sommes croyants. Il ne suffit pas d’être rationnel et humanisant pour être vrai ; pourquoi autrement, tant d’hommes et de femmes ne s’y rangeraient-ils pas ? Les non croyants ne seraient que sots ou de mauvaises foi ? Il ne suffit pas d’être rationnel et humanisant. La preuve, les contre-témoignages à l’évangile de l’Eglise elle-même. Et ce n’est pas par manque d’arguments que l’on nous ressort sans cesse l’inquisition et les croisades, mais bien parce que ces pages sombres, comme bien d’autres aujourd’hui encore, dont certaines défrayent la chronique, mettent à mal la vérité de la foi, ce qui fait que nous sommes convaincus. Comment l’évangile pourrait-il prétendre à quelque vérité si les disciples de cet évangile peuvent être les suppôts du crime et du mal ?

Non, nous ne savons pas pourquoi nous sommes croyants. Rien ne justifie l’évangile aussi justifié qu’il soit, parce que c’est l’évangile qui justifie. Nous ne savons pas pourquoi nous sommes disciples, comme nous ne savons pas pourquoi nous aimons nos enfants, notre conjoint, notre famille, nos amis. L’amour oblige, s’impose, comme à notre insu, sans d’ailleurs que cela nous prive de notre liberté.

Certes, nous pouvons ne pas aimer tout ce monde, et cependant nous aimons les autres parce qu’ils sont là, avec nous. Et il y a du maladif à ne pas pouvoir spontanément aimer. Nous aimons parce que l’amour est la vérité de la relation. Nous croyons parce que l’amour est la vérité de la relation de foi aussi.

En ce sens, fondamental, nous croyons pour rien. Un rien qui veut dénoncer le caractère trop court de toutes les raisons, même les meilleures. Cela ne sert à rien de croire, non que ce soit inutile, mais que, comme l’amour, c’est l’absolue gratuité qui s’offre. La rose est sans pourquoi, elle fleurit. Il en va ainsi de la foi.

Nous sommes croyons, parce que c’est lui, parce que c’est nous. Il s’est offert pour faire de nous ses amis. Comment l’enverrions-nous paître dès lors que nous avons entendu sa proposition, sa déclaration d’amour ? Nous croyons, nous l’aimons parce que lui le premier nous a aimés. Nous croyons parce que lui, et c’est tout, non pas la fin de la réflexion, mais la totalité de l’amour.


Textes du 26ème dimanche C : Am 6, 1-7 ; 1 Tm 6, 11-16 ; Lc 16,19-31

2 commentaires:

  1. Tu as ce don, Patrick, de dire les choses que nous portons. Pourquoi je crois ? Parce que c'est Lui, parce que c'est moi, parce qu'il y a un nous qui est au-delà des mots. C'est facile, certes, mais comment dire autrement une relation ?

    RépondreSupprimer
  2. On ne finira jamais de traduire ces vieux textes si vivants...Continuez...Mais que les gens entendent "dans leurs propres langues"!

    RépondreSupprimer