lundi 12 septembre 2011

Qu'est-ce qu'un concile ? (50 ans Vat II n°1)

Tout au long de l'année, une fois par mois, un article pour préparer les cinquante ans de l'ouverture du Concile Vatican II par une présentation de l'événement et des textes.


1. Dans l’histoire de l’Eglise

Pour régler les différends dans l’ordre de la foi, les évêques ont pris l’habitude de se rassembler selon le modèle de l’assemblée de Jérusalem (Cf. Ac 15) Ces rencontres sont appelées en grec synode ou en latin concile. Les tout premiers conciles sont régionaux et apparaissent en Asie Mineure à la fin du deuxième siècle. La synodalité est aussi vieille que l’Eglise, moyen d’expression er de communion adaptée à sa nature.

Sept conciles sont dit œcuméniques parce qu’ils rassemblèrent des évêques de toute l’Eglise de l’époque et sont reconnus par (presque) toutes les Eglises. Ils se déroulèrent à proximité de la capitale impériale, Constantinople, le premier à Nicée en 325 (puis Constantinople en 381, Ephèse en 431, Chalcédoine en 481, etc.) Ils ont défini la foi notamment à propos de la Trinité et du Christ, déclarant hérétique la position rejetée dont les tenant étaient excommuniés ou « anathématisés ».

Après la séparation des Eglises d’Orient et d’Occident en 1054, on devrait parler de conciles généraux puisque, s’ils peuvent rassembler des évêques du monde entier, l’Eglise toute entière n’y est pas rassemblée. Parmi eux, les conciles médiévaux, juridiques, ont défini nombre de règles de l’Eglise d’Occident. L’Eglise catholique reconnaît 21 conciles œcuméniques (dont les sept premiers) ; les trois derniers se sont déroulés à Trente (Italie 1545-63) dans une perspective de réforme et deux fois au Vatican (1869-70 et 1962-65).

Pour poursuivre l’expérience conciliaire, Vatican II a souhaité la convocation régulière d’un synode avec une délégation d’évêques du monde entier, permettant une certaine collégialité. Des synodes par continent ont été convoqués par Jean-Paul II. Les synodes diocésains, actes de gouvernement pour décider en commun ce qui est bon pour la pastorale locale, ont pris une nouvelle forme, puisque des laïcs y sont pleinement associés.


2. Le concile Vatican II

Le 25 janvier 1959, Jean XXIII annonce un concile. Il souhaite un renouvellement de l’Eglise ou aggiornamento. Depuis la Révolution française au moins, les rapports de l’Eglise et du monde sont conflictuels. Que l’on pense à la revendication d’autonomie pour la science, les Etats, la liberté individuelle. Le pape demande que l’on s’abstienne de formuler des condamnations et que la foi soit présentée de façon pastorale et dans un esprit œcuménique. L’Eglise voudrait ne plus se penser en opposition au monde moderne ou en soi, mais par rapport aux autres : chrétiens d’autres confessions, croyants d’autres religions, non-croyants.

Le concile s’ouvre le 11 octobre 1962[1]. Il y aura quatre sessions, à l’automne des années 62 à 65. Pendant la première intersession Jean XXIII meurt. Paul VI, son successeur est notamment élu pour poursuivre le concile, ce qu’il fait effectivement. Les deux successeurs, papes d’après le concile, choisissent comme nom Jean-Paul, indiquant ainsi leur volonté de s’inscrire dans la perspective conciliaire.

Un travail en commission (depuis 1961) alterne avec les discussions et les votes en assemblée, dans saint Pierre de Rome, espace non seulement liturgique mais aussi lieu de délibération, de débat. Chaque évêque a à sa disposition un expert théologien. Des représentants des Eglises séparées assistent aux séances plénières, sans prendre la parole cependant, mais les discussions en coulisses et leur simple présence influent sur le concile.

Les tensions peuvent être grandes ; il y a des manipulations peu évangéliques (on parle par exemple d’une semaine noire en novembre 64). Les négociations se repèrent jusque dans la rédaction finale, notamment lorsque l’on a juxtaposé diverses positions ; cela nuit à la cohérence des textes et en favorise les interprétations contradictoires Cependant, les compromis permettent de parvenir à l’adoption des textes à la quasi-unanimité.


3. Des textes et un événement

Le concile a produit quatre constitutions (deux dogmatiques et une pastorale) sur l’Eglise, la liturgie et la parole de Dieu ; neuf décrets sur les évêques, les prêtres, les religieux, les laïcs, la mission, l’œcuménisme, etc. et trois déclarations sur la liberté religieuse et les religions non-chrétiennes. Ces textes, aux statuts différents, engagent de la manière la plus solennelle la foi de l’Eglise.

Le concile demeure un événement[2], une rencontre, quasi unique à l’époque, d’une assemblée internationale, même majoritairement européenne, non réductible aux textes. L’expression de « nouvelle pentecôte » de Jean XXIII pour exprimer ce qu’il attendait du concile le dit bien. Les évêques découvrent dans les faits la diversité de l’Eglise, se comprennent collégialement responsables de sa conduite, apprennent la liberté d’expression. Lorsqu’ils rentrent dans leurs diocèses, ils expliquent, souvent enthousiastes, quelques uns inquiets, ce qu’ils vivent. De nombreux médias couvrent le concile et permettent d’en suivre le déroulement. Ainsi, tous les chrétiens vivent aussi l’expérience d’une nouvelle effusion de l’Esprit ; plus largement, un élan de sympathie naît de ce que l’Eglise s’intéresse au monde.

« Une grande richesse de contenu et le ton nouveau, inconnu jusqu’alors, avec lequel les questions ont été présentées par le Concile constituent comme une annonce de temps nouveaux. Les Pères conciliaires ont parlé le langage de l’Évangile, le langage du Discours sur la montagne et des Béatitudes. » « Je sens plus que jamais le devoir d’indiquer le Concile comme la grande grâce dont l’Église a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence. »[3]

Jean-Paul II souligne la nouveauté du concile, plus évangélique, même s’il la tempère par ailleurs. Le concile exprime de manière pastorale la foi de toujours, la tradition. Dogme et pastorale ne s’opposent pas : les vérités de foi ne sont pas édictées en soi mais en vue de ceux qui le recevront. Parler de boussole c’est considérer l’avenir et refuser que le concile ne soit qu’une référence du passé, même décisive.

Vatican II ne définit pas de nouveaux dogmes mais réinterprète l’ensemble de l’évangile et de la foi, au début des années 60, Sa démarche n’est pas que formelle mais engage dogmatiquement, ne serait que comme prise en compte de l’histoire dans la quête de la vérité. Elle est sans doute moins soumise à la caducité que le contenu des textes qui ne disent donc pas tout le sens du concile. En outre, l’histoire de la rédaction (abandon des plans initiaux, différents états des textes, statut de compromis) montre le mouvement de conversion qui aboutit aux textes votés qu’on ne pourrait vraiment comprendre en omettant cette histoire.

La réception d’un concile appartient à son autorité et relève de la réinterprétation de la foi. C’est un acte politique et dogmatique qui décide de la mission et de la foi. Tout n’a pas été reçu de Vatican II ni parfois correctement ou comme prévu[4]. Il s’agit d’être fidèle à l’évangile, non à la lettre d’un texte, fût-il conciliaire.


4. Questions pour aller plus loin

L’Eglise n’est pas une démocratie, entend-on parfois. Pourquoi ?

Le concile est une institution née de l’histoire et en ce sens humaine voire mondaine. Pourrait-il aussi être justifié comme pratique évangélique du gouvernement ? Autrement dit, la collégialité à tous les niveaux de l’Eglise, n’est-elle pas une obligation évangélique ?

Un nouveau concile vous paraît-il nécessaire ? Quel ordre du jour lui fixeriez-vous ?

Lors d’un nouveau concile, seuls les évêques devraient-ils intervenir officiellement ?



[2] Dans une lettre à son diocèse, le futur Paul VI écrit en décembre 1962 : « Cette expérience spirituelle restera certainement ineffaçable chez ceux qui ont la chance de participer au concile : une expérience le plus souvent douce, d’autre fois forte et poignante, parfois dramatique, et aussi pesante et douloureuse à certains moments ».

[3] Lettres apostoliques Tertio millenio adveniente § 20 (10 11 1994) et Novo millenio ineunte § 57 (06 01 2001)

[4] Dès avant la fin du concile, les décisions de la Constitution sur la liturgie (déc 1963) quant au latin sont officiellement dépassées selon « une dynamique de la constitution, un mouvement de celle-ci la prolongeant au-delà d’elle-même. » (P.-M. Gy)

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