mercredi 21 décembre 2011

Benoît XVI et les victimes de prêtres pédophiles

Pourquoi Benoît XVI ne parvient-il pas à stopper les demandes de reconnaissance des victimes d’acte de pédophilie commis par des prêtres ? Les raisons sont multiples et sans doute pas toujours honnêtes. Il y a là en effet une bonne manière de mettre l’Eglise à terre, dans les média ou financièrement, en réclamant toujours plus. Les victimes se débrouillent comme elles peuvent avec la haine de l’Eglise qu’elles éprouvent parfois, trahies qu’elles ont été par des membres de cette Eglise. Mais les victimes sont aussi instrumentalisées y compris par ceux qui prétendent les défendre, en réalité exclusivement engagés à détruire l’Eglise.
Les victimes peuvent aussi trouver finalement confortable un statut de victime, jamais assez reconnu, qui donnerait droit à tout. Comme si la rémission passait par cette forme de rachat, de marcher : puisque j’ai tant souffert, désormais plus rien ne peut m’être refusé.
Quand on aura écarté, si c’est possible, toutes ces raisons fallacieuses ou pathologiques, restera que les victimes n’auront pas leur compte par l’actuelle attitude du Pape, malgré tout ce qu’il a déjà fait. Pourquoi ?
Premièrement, aux yeux des victimes mêmes, le drame vécu demeure incompréhensible, et ce d’autant plus qu’il est souvent compris comme drame que bien des années après les faits. Pourquoi trente ans, cinquante ans après les faits, la douleur apparaît au point de devenir insupportable et demeure dès lors présente ? Pourquoi le mal demeure-t-il efficace ? On se remet d’une douleur, voire d’une amputation. On a mal sur le moment et de moins en moins au fils du temps. Il semble que l’on ne se remette pas d’un viol, surtout si l’on a été victime enfant. C’est la double peine, pour ne pas dire la peine perpétuelle, sans cesse renouvelée. Non seulement il y eut viol mais il y a encore l’efficience inextinguible du viol. L’histoire de la victime est l’histoire de l’efficience du mal. Sa vie rejoue sous forme d’échec à la relation ce qui a été une fois pour toute cassé. Il n’est pas montré que l’analyse permette d’en sortir ; au mieux permet-elle d’apprendre que ce n’est pas vrai, l’histoire de la victime n’est pas l’histoire de l’efficience du mal. Mais si déjà un mal de dents empêche de penser à quoi que ce soit, on imagine que le travail analytique n’est pas petit à apprendre à voir autre chose que ce mal incurable.
Deuxièmement, les victimes veulent non pas seulement savoir que le Pape a rencontré des victimes, mais voir le Pape tomber sous le coup des blessures. Il ne s’agit pas de voyeurisme ou de plaisir à voir souffrir. Il s’agit de fidélité à l’évangile. Le Christ tombe en portant la croix. C’est trop lourd tout ce mal. Les mots ne suffisent pas. Rien ne suffit, c’est pourquoi la seule limite dans la requête consiste à ce qu’il n’y ait pas possibilité de demander plus parce qu’il n’y a pas possibilité de faire plus. Reconnaître malgré tout ce que l’on a fait que l’on ne peut rien faire. Manifester que l’on est allé au bout, à l’extrême de ce qu’il était possible de faire. Tomber sous le poids du fardeau. Manifester l’impuissance.
Qui s’étonnerait de voir le Pape traversant les allées sinistres d’un camp de concentration, ployant sous le poids de l’horreur ? Qui trouverait à redire à ce que le Pape visite des femmes violées ou des rescapés défigurés au Rwanda ou ailleurs ? En ce qui concerne la pédophilie, craignant une publicité malsaine, l’entretien avec les victimes se fait hors micros et caméras. Mais notre Eglise a été entraînée par certains de ces ministres dans une humiliation que le Pape ne sait pas encore porter.
L’Eglise a autre chose à faire que de s’auto flageller. Ce serait encore un comportement narcissique. Mais le Pape, évidemment innocent des ces crimes, lui-même mis à terre par l’horreur (ce qui ne l’empêche pas pourtant de s’adresser encore au bourreau, du moins tant que celui-ci lui en laisse la possibilité), c’est l’évangile vécu jusqu’à l’extrême, Jésus inconditionnellement du côté des victimes jusqu’à ne plus pouvoir rien faire et à en mourir. Sa vie est dénonciation du mal, jugement. Sa vie nouvelle est issue pour lui et pour tous ceux que leurs frères ont massacrés, plus encore, entrée dans la justice et la paix.

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