samedi 17 décembre 2011

Quelle parole nous bouleversera ? (4ème dimanche de l'Avent)

A cette parole elle fut toute bouleversée.

Une parole de Dieu nous a-t-elle déjà bouleversés ? Quelle parole de Dieu serait susceptible de nous bouleverser ? De la réponse à ces questions pourrait dépendre notre foi, ou du moins la réponse à ces question pourrait constituer un thermomètre de notre foi.

Les textes de ce jour rapportent une même parole qui a bouleversé un homme, David, et une femme, Marie. Quelle est cette parole ? Dieu vient habiter chez les hommes.

Est-ce une bonne nouvelle que Dieu habite chez nous ? Sommes-nous bouleversés à l’entendre ? Si non, peut-être ferions-nous mieux de partir tout de suite. Qu’avons-nous à faire ici si nous n’avons rien à faire de l’habitation de Dieu chez nous ?

Si nous ne sommes pas bouleversés, il se pourrait que nous soyons des blasés. En d’autres termes, nous ne serions plus vierges. Plus qu’une histoire anatomique, la virginité, y compris après la naissance d’un enfant, ne dit-elle pas la capacité à se laisser sans cesse étonner, bouleverser ? A part les obsédés sexuels, personne ne pense que la virginité de Marie est une histoire d’hymen ! Et comment cela pourrait-il l’être si cette virginité est confessée avant, pendant et après la grossesse ?

La virginité dit la capacité à entendre l’inouï, forcément bouleversant. La virginité de la parturiente dit la présence de Dieu dans l’humanité. Elle ne renseigne pas sur une femme et sa vie intime. C’est indécent ! Elle dit la nouveauté, bonne, d’une parole inouïe : Dieu habite chez les hommes.

Alors David entre dans sa chapelle, si je peux dire, et vient rendre grâce, faire eucharistie. Alors il comprend qui il est, tout aussi bouleversant, le bien-aimé de Dieu. Lorsque la parole entre dans nos vies et les féconde, terres vierges, qui s’ingénient à l’étonnement, à l’écoute, ces vies se font action de grâce, eucharistie, réponse : Voici la servante du Seigneur.

Que Dieu se présente et l’homme est serviteur. Faut-il s’en réjouir ? Que gagnons-nous à être asservis ? Servir le Seigneur signifie servir le frère. Et celui qui s’estimerait diminuer à servir les autres montrerait précisément qu’il est blasé, qu’en dehors de lui, il n’y a rien ni personne qui l’intéresse, qu’il est un vieux tas de chair usée, jusqu’à la corde, plus capable de rien.

Dieu avec nous, cela signifie nous avec les autres. Dieu avec nous signifie nous au service des autres. Et qui d’entre nous pourrait ne pas être bouleversé en voyant ce qu’il y a à faire pour le service des autres, dans le secours ou plus quotidiennement dans la présence aimante et bienfaisante ?

Dieu avec nous. Dieu à tes côtés. Dieu à nos côtés. Comment ne serions-nous pas bouleversés ? Pensez-y !

Et pourtant, dira-t-on, l’on voudrait bien être étonné, bouleversé. Mais si c’est pour constater la vanité, la vacuité de cette parole, on sera déçu, pire, on se sentira trompé, floué. Pourquoi se laisser bouleverser si cela n’a pas de sens un Dieu avec nous ? Et où le voyez-vous ce Dieu avec vous ?

Nulle part. Si l’on vous dit, il est ici, n’y allez pas ! Il est là, n’y courrez pas ! (Lc 17,23) La présence de Dieu chez les hommes, on peut très bien ne pas la voir. L’homme est depuis toujours habité par Dieu, qu’il le sache ou non. L’homme, c’est l’habitat de Dieu, depuis toujours. C’est tellement commun, qu’il n’y a rien d’étonnant ou de bouleversant. C’est tellement cela l’homme, la demeure de Dieu, que l’on peut ne pas parler de Dieu pour parler de l’homme.

Depuis les origines du monde, l’Esprit féconde la terre comme le sein d’une vierge, préparant le jour où enfin il naîtrait, homme au milieu des hommes. Si la naissance du Fils ne change rien, c’est parce que sa présence n’est pas nouvelle ; vient seulement, à ceux qui ne la connaissaient pas, cette bonne nouvelle de ce que depuis toujours, Dieu habite chez les hommes. Et pareille nouvelle nous bouleverse, comme une déclaration d’amour, comme une espérance insoupçonnée, victoire de la vie.

Il s’agit seulement d’être bouleversé par la grandeur qui habite l’homme au point d’être sa propre grandeur. Dieu est la grandeur de l’homme.

Comment ne serions-nous pas bouleversés, comment cela ne changerait-il pas tout pour nous, à entendre cette parole : Dieu habite chez les hommes ? On comprend qu’à cette parole la nouvelle Eve, Mère des vivants, humanité restaurée, fut toute bouleversée.

Textes du 4ème dimanche de l’Avent B : 2 Sa 7 ; Rm 16, 25-27 ; Lc 1 26-38

1 commentaire:

  1. Il y aurait beaucoup à dire sur cette "virginité" de Marie, dont on a fait une sorte de voyeurisme très indécent. L'intimité de la sainte famille est leur secret qui nous intime, c'est le cas de la dire! Merci de rappeler que la virginité de Marie est d'un autre ordre que les modalités de tendresse de Joseph vis à vis de sa femme. La virginité, c'est aussi de n'être aucunement violé, de quelque manière que ce soit (vaste programme pour tous les hommes si prompt à "regarder une femme pour la désirer"). Dire que Joseph s'est effacé devant l'inviolabilité de sa femme ne préjuge en rien de leur intimité, qui se respecte infiniment.

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