samedi 10 décembre 2011

Noël : Naissance ou Mort et résurrection de Jésus ? (3ème dim. Avent)

L’évangile présente le témoignage du Baptiste. Jésus a alors une trentaine d’années. Nous sommes bien loin de Noel, bien plus proches de la passion. C’est d’ailleurs ce qui rend si délicate la compréhension du prologue de l’évangile de Jean. « Et le verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » doit-il s’entendre de ce que l’on appelle l’incarnation ? Et cette incarnation est-elle la nativité du Seigneur ?

Ces questions sont d’autant plus légitimes que lorsque les écrits du nouveau testament utilisent le psaume deuxième : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré », c’est majoritairement pour parler de la résurrection de Jésus, certes naissance, mais à une vie nouvelle. N’oublions pas en outre que l’on ne s’est mis à célébrer noël qu’au 4ème siècle. Ce qui est premier, central, et même unique dans la célébration de la foi, c’est la mort et la résurrection du Seigneur.

Et voilà ce dont parle le Baptiste : quelqu’un qui, contrairement à lui, ne baptisera pas dans l’eau. On ne dit pas de quel baptême il s’agit. Dans l’évangile de Jean, le baptême renvoie toujours au Baptiste, même si Jésus aussi baptise. Toutes les mentions se situent au début de l’évangile. Le baptême ne désigne pas la mort et la résurrection de Jésus. Il désigne un moment de la vie de Jésus, sa phase baptiste. Le vocabulaire baptiste est introduit pour être mieux abandonné, pour mieux inviter à passer à autre chose.

En effet, il semble que Jésus ait d’abord été un disciple de Jean, avec une compréhension originale du judaïsme, une compréhension éloignée de Jérusalem, du temple et des sacrifices, une compréhension qui, à la suite des prophètes, comprend le véritable sacrifice comme conversion du cœur. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé.

L’évangéliste fait passer le relais à Jésus par le Baptiste lui-même. C’est lui qui, assez explicitement, orientent ses disciples vers Jésus, indique le chemin, validant ce que l’on pourrait appeler une dissidence de Jésus.

La conversion prêchée par le Baptiste dans un bain qui lave et restaure ne va pas assez loin. La démarche de conversion des hommes et une chose, le don de la vie en est une autre. C’est pour ce don de la vie que Jésus est venu, pour que le monde vive. « Dieu a envoyé son fils dans le monde, non pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde ait la vie. » « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »

Toutes ces remarques, loin de noël, loin de la stratégie de cousinage inventée par Luc, loin de la naïveté à laquelle nous réduisons l’incarnation pour être plus sûr de ne pas y croire, loin de ce que nous apprenons dans les catéchismes, ces remarques qui nous éloignent du Baptiste, quel but poursuivent-elles ? Le découpage de notre texte ne favorise guère d’autre possibilité que de se rabattre sur le verset final : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. »

Cette phrase peut-elle ne concerner que ceux qui interrogent le Baptiste ou demeure-t-elle d’actualité ? Qui connaît celui qui se tient au milieu de nous ? Sans doute, l’évangéliste dirait-il que le trajet de son texte mène à la connaissance de celui qui se tient au milieu de nous. Mais alors, si la connaissance est celle de disciples, elle n’est pas une question d’identité, ou du moins pas de celle de celui qui est au milieu, éventuellement de ceux au milieu desquels il se tient, nous. Elle est plutôt, la question, pour nous disciples, celle que l’on pourrait traduire ainsi : De qui tenez-vous ? Par qui tenez-vous ? Comment vivez-vous ? Celui qui est se tient au milieu n’est connaissable que pour autant qu’il est reconnu comme celui qui fait vivre, celui qui nous fait nous tenir.

Alors effectivement, il est question de naissance, ou de vie et de mort, c’est la même chose. Déserter la conversion en tant qu’elle pourrait nous occuper, nous distraire comme dirait Pascal. Déserter les occupations même très bonnes pour choisir de reconnaître, choisir d’accueillir celui qui se tient au milieu de nous et ainsi tenter de le connaître, c’est-à-dire de vivre.

Même si nous frôlons le discours gnostique, nous en sommes loin. Connaître Jésus Christ et celui qui l’a envoyé, c’est cela la vie, ainsi que le dit la prière de Jésus à la fin de l’évangile de Jean. Une connaissance qui donne la vie, mais une connaissance qui n’est pas un savoir. Une connaissance qui n’est pas une réponse de catéchisme. « Il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des cieux » dit Matthieu. Il ne sert à rien de ce point de vue de diffuser Youcat ou autre pour une nouvelle évangélisation. Connaître celui qui se tient au milieu de nous c’est l’accueillir.

Le Baptiste indique le chemin, reste à se mettre en route et à demeurer en chemin.


Textes du 3ème dimanche de l'Avent B : Is 61, 1-2, 10-11; 1 Th 5, 16-24; Jn 1, 6-8, 19-28

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