samedi 28 juillet 2012

La multiplication des pains (17ème dimanche)


La multiplication des pains est un des rares épisodes à être raconté par les quatre évangiles. On pourrait en conséquence penser qu’il s’agit assez certainement d’un événement repérable historiquement, un miracle qui s’est effectivement passé. Mais après avoir entendu la première lecture (2 R 4,42-44), on a l’impression que le texte de l’évangile est un copier-coller du livre des Rois.
Vous avez repéré les éléments qui reviennent d’un texte à l’autre : des gens nombreux qui ont faim, l’invitation d’Elisée ou Jésus à leurs disciples de nourrir la foule, l’expression de l’impossibilité, le don de quelques pains, le fait de manger et les nombreux restes. Le récit évangélique semble n’être qu’une variation sur un thème connu.
On voudrait discréditer l’évangile que l’on ne s’y prendrait pas autrement, à faire connaître ces quelques versets du Premier Testament. Au contraire ! Le Nouveau Testament ne saurait être écrit sans le Premier, ne saurait être compris autrement que comme prophétie, du moins dès lors qu’on le lit dans la suite de Jésus.
Que font donc les évangélistes à ainsi lire le livre des Rois comme une prophétie ? Ils trouvent des mots, comme des pierres dans une carrière, pour parler de Jésus. La grande question des évangiles, n’est-ce pas l’identité de Jésus. Comment comprendre cet homme qui est le salut de Dieu ? Enfin un homme dont la parole nourrit ! Enfin un homme qui parle sans répéter les pseudos évidences que tous répètent ! Enfin un homme qui apporte la bonne nouvelle tant attendue, celle du salut.
Il nous faut encore noter que l’épisode des pains d’Elisée est lui-même un remake. Il rappelle la rencontre d’Elie avec la veuve de Sarepta, Le même genre de petit proverbe soulignant l’efficacité de la parole du Seigneur est repris dans un contexte de famine : car ainsi parle le Seigneur : On mangera, et il en restera. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Jarre de farine ne s’épuisera, cruche d’huile ne se videra (1 R 17,10).
Jésus via Elisée est présenté comme le nouvel Elie, celui qui doit venir, celui qui échappe à la mort, enlevé par un char de feu ou tiré du gouffre du tombeau.
A travers les trois histoires, est désignée la parole de Dieu dans son efficacité nourrissante. Ce qui nourrit c’est la force de cette parole selon laquelle la jarre de farine ne se vide pas, selon laquelle on mangera et il en restera, parole qui rassasie et permet encore de remplir douze corbeilles, autant que de tribus en Israël, le peuple tout entier est rassasié, autant que de mois dans l’année, chaque jour on sera rassasié.
Reste à savoir comment cette parole nourrit. Pouvons-nous dire qu’une parole fasse vivre et permette d’échapper à la famine ? Il est évident que l’homme ne vit pas de pain seulement. On crève à ne jamais entendre personne nous dire je t’aime. Et la parole de Dieu ne dit que cela. Dieu a dit une chose, quand bien même nous en entendons beaucoup. Dieu nous a dit je t’aime, et c’est notre vie, notre joie. Et il y a de quoi ramasser douze corbeilles de ce pain. Ces quelques syllabes, je t’aime, sont l’abondance même, la source inépuisable et prodigue.
Si nous venons partager le pain c’est uniquement pour entendre ce je t’aime et nous en repaître toujours. Venir écouter ensemble la parole, c’est partager un pain surabondant, c’est répondre à ce je t’aime qui nous engage à reconnaître en tout homme un compagnon. Le pain ne me nourrit qu’en étant partagé parce qu’alors j’entends le je t’aime qui fait vivre. Dans la fraction du partage est livrée la parole qui fait sourdre la vie.

2 commentaires:

  1. Je sais, ce n'est pas un bon texte ! Dimanche après dimanche, je ne trouve pas toujours de quoi me renouveler. Bon, il va y avoir quelques semaines de jachère...

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  2. Ah moi, mais qu'est-ce donc qu'un "bon texte" ?...
    Qu'est-ce que du bon pain ?
    Qui en décide : celui qui le donne ? celui qui s'en nourrit ? ou bien encore ni l'un ni l'autre : laissant cela aux effets cachés, à la longue ?
    Pain, nourriture de base au temps de Jésus, pain quotidien : et si son peu d'apparence participait au "miracle" du partage et du passage en notre sang en énergie vitale ?
    Bonne "jachère" (et bon jeûne, donc, à vos lecteurs) !
    Amicalement BC
    PS : L'Evangile résumé en "Je t'aime", c'est plutôt bien, non ?

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