lundi 2 juillet 2012

Une voie dans l'impossible

Il y a décidément plusieurs manières d'être croyant ou de se croire croyant. Sur internet, on voit des Ayatollah de la foi, dont parfois je me demande si leur obstination à défendre des positions n'a d"égal que leur ignorance de la foi, aventure qui mène là où l'on ne sait pas.
Je viens de lire plusieurs textes superbes, ce me semble, qui tentent de dire cette aventure. Ils mériteraient chacun un compte-rendu. A défaut, les références et quelques citations glanées ici ou là.

M. Zarader, L’être et le neutre, A propos de Maurice Blanchot, Verdier, Lagrasse 2001
H. Bianciotti B. Lobet, Lettres à un ami prêtre 1989-1994, Gallimard, Paris 2006
S. Barsacq, Cioran, Ejaculations mystiques, Seuil Paris 2011
(Le premier est de lecture difficile).

Saint Augustin commentant le récit de la femme adultère et le retrait de ses accusateurs. Unus post unum omnes recesserunt. Relicti sunt duo, misera et misericordia (Traité sur l'évangile de Jean, XXXIII,5) L'un après l'autre, tous s'en retournent. Deux seuls restent, la misère et la miséricorde.

Ainsi donc nous mourons ! plus d'espoir de salut qui ne soit chimérique ! (OvideLes Tristes, I, 2)

La puissance divine est capable d’inventer un espoir où il n’y a plus d’espoir – une voie dans l’impossible. (Grégoire de Nysse, La création de l’homme)

Il n’est pas facile de parler de Dieu quand on n’est ni croyant ni athée : et c’est sans doute notre drame à tous, théologiens y compris, de ne plus pouvoir être ni l’un ni l’autre. (E. Cioran, De l’inconvénient d’être né, Folio, p. 91)

J'essaie de prendre plusieurs heures par jour d'oraison silencieuse, agenouillé dans cette église nue et un peu sale que vous connaissez bien. C'est le vide, la sécheresse, ce fameux dédoublement par lequel on se demande si l'on ne se fait pas son cinéma. Si oui, le film, en tous les cas, est à petit budget ! La prière de Marie Noël "Mon Dieu, je ne vous aime pas..." ne cesse de me revenir. (B.  Lobet , op. cit. p. 162)




4 commentaires:

  1. Dominique Bargiarelli2 juillet 2012 à 17:47

    "des Ayatollah de la foi dont je me demande si leur obstination à défendre des positions n'a d 'égale que leur ignorance de la foi..." dites-vous Monsieur l'Abbé.
    Ben oui, je défends des positions effectivement et pense que j'en ai le droit en ma qualité de baptisé,ne vous en déplaise.
    Par ailleurs ,mais il est vrai qu'à vos yeux manifestement je ne sais rien, il me semble que les "spécialistes" de la foi au temps de Jésus-Christ se sont entièrement trompés et pourtant eux aussi savaient de source sûre.

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  2. Merci de signaler le texte Lobet Bianciotti. J'ai lu, à sa parution "Mon Dieu je ne vous aime pas", hommage magnifique à Marie-Noelle. Je vais mettre celui-là dans la valise.
    En échange, je recommande "L'oubli que nous serons" d'Hector Abad, jubilatoire et tragique tout à la fois.

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  3. Voilà un billet qui me plaît bien…
    J'apprécie la citation de Cioran, cet auteur « poil à gratter », qui a le mérite de nous obliger à la réflexion.
    La réflexion au coeur d'une aventure : c'est ce que ne font pas les ayatollahs de la foi.
    .... de la foi ?
    N'est-ce pas plutôt à la croyance… Car la croyance se passe de la foi.
    C'est bien là une problématique centrale du système religieux.

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