jeudi 8 novembre 2012

L'institution du mariage


Le mariage existe avant l'Eglise, laquelle ne le décrète sacrement qu'aux XIIe-XIIIe. Ce faisant, notamment, elle protège la liberté, en particulier des femmes, même si aujourd'hui, cela ne nous apparaît plus tel.
La connexion du mariage avec la (présomption de) paternité, voulue encore par les Révolutionnaires, est peu à peu démontée, surtout avec les réformes des années 70 (Doyen Carbonnier). Il fallait supprimer ce qui apparaissait désormais comme une inégalité entre les enfants légitimes et naturels. (Ces qualificatifs qui nous paraissent curieux montrent combien nous avons changé de mentalité !) Il est étrange par exemple qu'une fille-mère, comme l'on disait, et son ou ses enfants n'étaient pas considérés comme une famille. La preuve, elle était fille, et non mère voire mère célibataire comme on dit aujourd'hui. En revanche, un couple qui n'avait pas d'enfant était une famille.
Au fil des décennies, le mariage se comprend de plus en plus fondé par le couple. Et même dans les préparations mariage organisées par l'Eglise, il me semble que l'on donne pas mal de place au couple, sans bien sûr omettre la place des enfants.
Ainsi, l'union matrimoniale (pourquoi donc l'appeler ainsi ? Cela ne se comprend que parce que la mère est le socle d'une institution que consolide, voire parachève, si ce n'est colmate, la présomption de paternité) change de sens selon les époques, selon l'apparition, pour le meilleur et pour le pire, de la notion de personne, puis de sujet, puis d'individu.
La question du mariage gay doit être située dans ce parcours des compréhensions de ce qu'est un homme, une femme, et de leur union (je ne parle pas d'évolution parce que je ne suis pas certain qu'il y ait progrès d'un modèle à l'autre, mais seulement différence de manière de se concevoir dans le monde et la société).
Il est bien évident que lorsque la femme n'est plus comprise comme inférieure à l'homme, mineure, le mariage change de sens. Il est tout aussi évident que dès lors que l'homosexualité n'est plus taboue, cela change aussi la compréhension que l'on a de l'homme et de la femme. L’homosexualité n’est plus pénalisée, elle n’est plus considérée comme une maladie. Du coup, elle ne peut qu’avoir une place autre, et nouvelle, dans la société.
Les évêques en appellent à une anthropologie (philosophique et non de sciences humaines) qui dirait un invariant de l'homme, son essence. Pourquoi pas. Mais une telle anthropologie existe-t-elle ? N'y a-t-il pas toujours, en contexte pluraliste et mondialisé comme le nôtre, que des anthropologies ? Pas sûr que l'on puisse se mettre d'accord sur une essence de l'homme. Le deuil du savoir absolu n’est toujours pas fait. Et ce n’est pas une question de révélation, comme dirait la théologie classique, mais de morale naturelle ! Et pourtant, il est indispensable que les nations se mettent d'accord sur ce qu'elles font, peuvent faire, laissent faire ou non.
Une éthique planétaire me semble jouable de manière plus pragmatique que théorique. Les fondements d'une telle éthique ne peuvent pas être une anthropologie dès lors qu'il y en a plusieurs, une philosophie. On peut en revanche s'accorder sur ce que l'on estime ensemble impératif, quelles que soient les motivations philosophiques des uns et des autres, sur tel ou tel interdit ou droit.
C'est une tâche infinie, jamais totalement possible. L'accord parfait n'est pas possible. Le débat Ratzinger Habermas portait aussi là dessus.

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