vendredi 16 octobre 2015

Esclave de tous (29ème dimanche)



Une nouvelle fois dans l’évangile de Marc, si court, c’est le chemin du service, de l’esclave, qui est indiqué comme unique route pour le disciple et le renoncement à tous les pouvoirs. Il faut croire qu’il y avait quelques chefs, petits ou grands, qui confisquaient la parole évangélique et s’en servaient de piédestal. Pas sûr que cela ait beaucoup changé.
Que voulons-nous ? Lorsqu’on est disciple de l’homme défiguré, on fait le deuil de la réussite. « Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. » Pourquoi les prostituées et les voleurs sont les premiers dans le royaume, si ce n’est parce qu’en elles, en eux, ne peut se dissimuler que l’humanité a morflé, que l’homme est défiguré ? Images du Seigneur, ou plutôt, pour qu’ils ne soient exclus, le Seigneur se fait leur icone, broyé, amoché.
Et certains parlent de laxisme quand l’Eglise veut accueillir les pécheurs ; on ferrait entrer le loup dans la bergerie, on changerait l’éternel dogme. Le dogme éternel, c’est Jésus que Dieu a fait péché (2 Co 5,21), broyé, amoché, condamné. Dans la mort du Christ, le mal est mort, la mort est morte. Craindre le laxisme, c’est ne pas croire en la victoire de Jésus sur le mal et la mort. Oui ou non Christ est-il ressuscité ? Il n’y a pas à se préoccuper de la réussite de l’Eglise et de sa doctrine.
Certes, la mort frappe encore, certes, le péché nous habite. Si nous les combattons c’est pour être les esclaves des frères, les serviteurs de la vie. Jacques et Jean qui veulent des honneurs, les autres qui s’offusquent qu’on leur vole du pouvoir sont, hier comme aujourd’hui, attachés à la réussite, au pouvoir, pour que, disons-nous, l’évangile réussisse. Il n’y a rien à craindre pour l’évangile puisque c’est Jésus qui choisit des pécheurs comme missionnaires de cet évangile. Une seule règle, nous ne pouvons pas fanfaronner comme des justes sous prétexte que nous sommes chrétiens. Hypocrisie de celui qui se dit pur, qu’il n’est pas comme les publicains et les pécheurs, qu’il n’est pas divorcé remarié, pas PD, pas touchés par les soi-disant maux de la société contemporaine.
Nous autres, disciples de Jésus, n’avons rien à défendre : nous buvons la coupe à laquelle il a bu. Si nous disons communier au sang, si nous avons été plongés dans sa mort par le baptême, le martyre est notre destin, non qu’il faille stupidement aller chercher les coups et la persécution, mais que nous ne pouvons souhaiter emprunter d’autres chemins que ceux de la faiblesse. A cause de cela, certains de nos frères meurent en Orient.
Que disons-nous à nos enfants ? Quelle vie voulons-nous les voir choisir ? Qu’ils réussissent leur vie, mais qu’est-ce que cela signifie ? « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. »
Il n’y a de saints, d’authentiques disciples de Jésus, qui ne se soient fait esclave, ou alors c’est le mensonge qui les aura portés sur les autels. Les plus humbles, si peu canonisés, parents dévoués à leurs enfants, pauvres qui donnent à plus pauvres encore, hommes et femmes de la marge, à l’opposé du conformisme. Au point qu’il faut la mythologie, l’hagiographie pour faire avaler le morceau. Parler au loup ou aux oiseaux gomme la marginalité de François, qui met en crise la société marchande, par l’excentricité qui magnifie autant qu’elle disqualifie. Les phénomènes extraordinaires de lévitation et extases de Thérèse la marginalisent en l’exaltant pour que sa critique de la prière communément enseignée et pratiquée ne soit pas vraiment entendue.
Si nous suivons Jésus, nous mettons le monde en crise. Et lorsque la culture occidentale est celle qui opprime la planète, elle ne peut être fidèle à Jésus, quand bien même elle se targue de judéo-christianisme. Je ne crois pas en un évangile révolutionnaire, car la révolution n’est qu’une idéologie de plus. Je crois que l’évangile met tout en crise. « c’est maintenant le jugement de ce monde » (Jn 12,31). Crise, jugement, c’est le même mot. Le monde, tout monde, est crucifié pour nous et nous pour le monde (Ga 6,14). Le jugement de ce monde est déjà prononcé. Une vie qui n’est pas d’abord mise en crise par l’évangile et ne met pas le monde en crise n’est pas chrétienne…
La réussite de la vie selon l’évangile, c’est la critique de tout mode de vie, parce que nous ne savons jamais ce que nous faisons. Comme philosophes, nous pouvons savoir que nous ne savons pas. Comme disciples de Jésus, nous savons une chose seulement, qu’il nous aime. « Dieu a tant aimé le monde. » (Jn 3,16) Rien d’autre ne compte, réussite, pouvoir, reconnaissance, argent, épanouissement personnel, joie, vérité. Sólo Dios basta.

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