vendredi 2 octobre 2015

S'agit-il bien de l'interdit du divorce ? (Mc 10, 2-16) 27ème dimanche


Peut-être que pour entendre correctement les propos de Jésus sur le couple (Mc 10, 2-16), il faut chercher ce qu’ils pourraient avoir d’étonnant. On a tellement cité ces versets, ils servent à justifier tant d’idéologies, que leur pertinence en est empêchée.
Dire l’union de l’homme et de la femme, c’est dire l’égalité de l’un et l’autre, dans un monde qui n’accordait à la femme guère plus de droits qu’à une esclave. C’est encore le cas de nombre de pays. En France, il a fallu notamment la révolution sexuelle des Trente Glorieuses, depuis le scandale du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir jusqu’à 68, pour que la situation change. Et encore, à compétences égales, on continue à moins payer les femmes. C’est en 2015, tout le monde le sait, mais rien ne change !
L’union de l’homme et de la femme, c’est pour Jésus, comme la suite de cette page d’évangile le confirme, le choix de Jésus pour le plus faible, toujours, en l’occurrence la plus faible, l’option préférentielle pour les petits, dans l’Antiquité, femmes et enfants d’abord.
Choisir de lire l’évangile, cet évangile, ces versets comme le choix de ceux, de celles qui ne comptent pas, change grandement le sens du texte par rapport à sa réception commune. Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie du mariage indissoluble, mais comme toujours dans l’évangile, de voir Jésus se ranger du côté de ceux, de celles, qui n’ont pas de droits. Si l’on pense que la gent masculine confisque les ministères dans l’Eglise, on comprend que cette lecture, en parfaite cohérence avec l’enseignement constant de Jésus, ne soit jamais pratiquée.
Vous l’aurez noté, Jésus imagine qu’une femme répudie son mari. Cas d’école à l’époque. Alors, évidemment, Jésus se portera du côté de celui qui a été méprisé, répudié. Et dans les histoires de couples où les tords ne sont pas partagés, où l’un abandonne l’autre qui l’aime pour aller voir ailleurs, on sait la blessure de celui qui est abandonné. On ne s’étonne pas voir Jésus à ses côtés.
Ainsi la morale conjugale et sexuelle trouve peu d’appui en ces versets au profit du choix de Jésus pour les pauvres, perspective théologique (qui est Jésus ?) et morale (aux côtés de qui les disciples doivent-ils se tenir ?) C’est au moins cohérent avec les Ecritures qui comparent Israël à la femme infidèle que Dieu continue d’aimer. Le prophète Osée avait dû épouser une prostituée pour être parabole vivante de l’amour de Dieu pour son peuple. Leçon théologique, plus que morale : Dieu aime toujours son peuple, toujours infidèle. Faire de ces propos de Jésus une leçon sur la fidélité conjugale me paraît ici bien anachronique.
Pareillement, la question de la soi-disant complémentarité de l’homme et de la femme qui ne font plus qu’un paraît anachronique. Il n’est pas bon que l’homme soit seul dit la Genèse juste au début du passage cité par Jésus. Or Jésus lui, reste seul, sans épouse. Là encore, source d’étonnement et d’incompréhension hier comme aujourd’hui, dans à peu près toutes les sociétés, où le célibat continent demeure incompris voire méprisable. Mais si l’on pense que, comme toujours Jésus fait corps avec les humiliés, ceux dont personne ne s’occupera dans la vieillesse et après leur mort (et même pendant leur vie, la solitude des prêtres n’est pas une découverte !) puisqu’ils n’ont pas de descendance, la question du couple homme femme comme paradigme exclusif est hors sujet.
Si vous voulez voir ici un enseignement sur le mariage, alors, assumons le saut argumentatif. Résistons au fondamentalisme. Pourquoi le mariage serait-il si important aux yeux de Jésus ? Parce que Jésus défendrait la famille comme on veut le faire croire ? Ce serait manquer terriblement de sens historique et théologique.
Jésus s’oppose à la famille comme liens du sang. Le Père qu’il nous révèle ne nous a pas engendrés mais adoptés. Les frères que nous recevons de sa paternité ne le sont pas en raison du sang. Le plus différent est autant mon frère que celui qu’ont façonné les mêmes entrailles. Débrouille-toi à faire en sorte que tout homme puisse trouver en toi un prochain, enseigne la parabole du bon samaritain. Et les frères et les sœurs de Jésus, sa mère même sont ceux qui écoutent sa parole et la mettent en pratique. C’est la fin de la famille, du clan, du sang, de la race. Le sang et le clan dont des familles toujours trop petites, et l’on est « petit homme », comme dirait Nietzsche, à s’y cramponner. La famille de Jésus c’est l’humanité.
Si l’on veut parler du mariage, il faut en dire ce qu’en dit l’enseignement constant de l’Eglise puisé aux Ecritures. L’alliance de l’homme et de la femme est un moyen privilégié pour dire Dieu, pour approcher de Dieu. C’est une parabole. Le couple est théophanie. Rien à voir avec une loi, morale ou sociale. L’homme et la femme dans l’union de jubilation et de fécondité qui est leur vocation, dans la réciprocité et le souci de l’autre jusque dans la maladie, dans la radicalité d’un choix exclusif, disent l’union de Dieu avec l’homme.
Dieu s’est toujours uni avec le plus vulnérable, le méprisé, pour le relever. Et alors, ce sont des noces. Etonnement hier comme pour aujourd’hui : la foi, c’est une histoire d’amour, de conjugalité.
Je vous l’accorde, de façon intempestive, inactuelle, je me suis évertué à lire notre texte en dehors du sens que lui imposent les carcans idéologiques. Option préférentielle pour la femme en tant qu’elle est dans l’histoire la méprisée du couple. (On pourra se demander si aujourd’hui comme hier, les méprisés en matière sexuelle ne sont pas les homos et ceux dont l’identité génitale n’est pas claire.) Relégation de la famille nucléaire, du clan, des liens du sang, trop étroits pour le frère universel qui révèle que le Père a adopté tous les hommes. (On pourra se demander si les parias de la félicité conjugale et de la fierté du lignage ne sont pas ceux que Jésus choisit, au moment précis où il semble parler du couple.) Affirmation parabolique et théologique, aux antipodes de l’univocité d’une loi morale et sociale sur la vie de couple. (On pourra se demander si le célibat de Jésus, intempestif, sa liberté dans les relations avec les femmes en outre, ne relègue pas la morale familiale et sexuelle à un codicille du testament de l’alliance nouvelle, l’amour des plus pauvres, réfugiés, femmes et enfants battus ou violentés, etc.)

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