samedi 9 janvier 2016

Choisir le Miséricordeiux (Baptême du Seigneur)


Jean Baptiste est terrible, autant que ses propos ! Quelques versets avant notre texte, on entend sa prédication : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine ? Produisez donc des fruits dignes du repentir, et n’allez pas dire en vous-mêmes : "Nous avons pour père Abraham." Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà même la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. »
Ce genre de sermons présente un Dieu violent comme la colère, arbitraire à transformer des pierres en enfants d’Abraham aux dépends des véritables fils de chair et de sang. Le changement est urgent, nous sommes d’accord ; il faut changer ce monde et nos cœurs, il faut condamner les fausses certitudes religieuses autant que pécuniaires. Il y en a assez de la violence et des guerres, il y en a assez des injustices. Nous sommes repus et d’autres meurent de froid ou de faim à notre porte !
Mais s’il faut des propos révolutionnaires pour nous réveiller de notre torpeur indifférente aux frères, s’il faut de la fougue pour dénoncer les violences et les guerres, cette fougue se fait à son tour violence. Est-on bien avancé ? « Engeance de vipères », « déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. »
Jésus n’a encore rien dit. Il entre seulement en scène, avec le peuple qui vient recevoir le baptême de Jean. Comme eux, il se soumet à la violence du prophète, peut-être parce que les gestes valent mieux que les paroles, peut-être parce que, malgré ce que dit Jean, l’eau dont il lave les gens fait du bien en offrant une purification qui soulage. Le peuple est en attente, il veut changer de vie. Et Jésus est là, en silence.
Il n’est pas près de prendre la parole. D’abord on entendra le son de sa voix, mais pour citer les Ecritures, lors de son passage au désert. Une première fois enfin il parlera, grâce aux Ecritures : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture ». Il nous faut patienter encore un chapitre.
Pour l’heure, Jésus est au milieu du peuple. On imagine le bruit de la foule, mais il se tait, ou plutôt, il prie. Et là, une parole, venue du psaume deuxième, peut-être celui que récite Jésus. Une parole bonne, une parole d’amour, une parole de paix, une parole comme une bénédiction : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » Ce n’est pas la prédication de Jésus, c’est une voix du ciel. Mais enfin, la présence de Jésus ouvre à des paroles autrement plus accueillantes que celles du Baptiste.
A quoi ressemblent nos discours chrétiens, les homélies, la catéchèse, ce que nous disons à nos enfants ? A la prédication du Baptiste ? Si tu n’es pas sage, ça va mal se passer, la cognée est déjà à la racine ? Ou à la voix céleste que Jésus rend possible, tu es mon fils bien-aimé, en toi, je trouve ma joie ? A quoi ressemble l’idée que nous nous faisons de Dieu, à celle du Baptiste, d’un dieu exigeant, contre le laxiste, qui manie le bâton et la carotte, ou à la bénédiction sans condition, bénédiction a priori, Tu es mon fils bien-aimé.
J’entends, justement pour lutter contre le laxisme, que la condition de la miséricorde est exigence de conversion, de changement de vie. Je ne vois cela nulle part dans l’évangile, et quand Jésus ajoute un « désormais ne pèche plus » à une libération ou guérison, ce n’est jamais comme une condition. Vous pouvez l’entendre comme un avertissement, mais plus vraisemblablement comme un encouragement. Car que fait Dieu quand nous nous cassons de nouveau la figure ? Une nouvelle fois il pardonne, comme Jésus nous y invite, soixante-dix fois sept fois.
L’année de la miséricorde aura été une réussite si elle nous invite à dire ainsi du bien de nos frères, à les bénir, à prendre soin d’eux, à leur faire du bien. Alors nous aurons béni Dieu, nous nous serons engagés dans son projet de se complaire en ses enfants bien-aimés.
Il s’agit seulement de prendre soin de la douceur, de la bonté. Il s’agit, avant même tout jugement ou avis sur autrui, d’oser se faire bienveillant. C’est le visage de Dieu qui est en jeu, en plus du plaisir de vivre ensemble. Non le Dieu de la violence comme certains l’en accusent, bien inconsidérément, mais le Dieu de la bienveillance, le Miséricordieux. Tu es mon fils bien aimé, en qui je mets ma joie.

2 commentaires:

  1. Oui ,Dieu est avant tout miséricorde, j'en suis absolument convaincu.Pour autant le Christ dans l'Evangile ne cesse de nous appeler à la conversion.Et pour nous convertir n'est-il donc pas indispensable en premier lieu de se reconnaître pécheur?il me semble que la Samaritaine a commencé par là,non?

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    1. Pouvez-vous me dire où la samaritaine se reconnaît pécheresse ?
      Je crains que l'idéologie du péché et de la condition au pardon, la pénitence, ne vous égare. Je ne vois nulle part de reconnaissance de péché dans ce texte, encore moins de contrition, d'engagement à changer de vie. Le texte parle pas de ce qui occupe tellement les moralistes. C'est la fête ! Avec Jésus, c'est la fête. Certains ont alors peur du laxisme et des débordements.
      C'en est même scandaleux. Je vous l'accorde. Mais justement, la prédication de Jésus n'est pas celle du Baptiste.

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