samedi 30 janvier 2016

Je fais de toi un prophète (4ème dimanche du temps)



Le prophète Jérémie est de ceux qui ont rencontré l’adversité de leurs coreligionnaires. Il n’a pas prêché ce qu’ils attendaient. Le Dieu d’Israël en sa bouche avait des propos que rejetèrent nombre des Fils d’Israël.
Il faut dire que sa mission était autant de bâtir que de raser. Une fois de plus les liturges maltraitent le texte (Jr 1, 4-5, 17-19). Le verset 10 dit : « Vois ! Aujourd’hui même je t’établis sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir, pour bâtir et planter. »
L’évangile raconte la même histoire. Jésus déclare l’accomplissement des paroles prophétiques, ce qui réjouit ses auditeurs : « "Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre." Tous lui rendaient témoignage. » Mais très vite l’étonnement devient rejet de l’étrangeté, et, après quelques altercations, « tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. » (Lc 4) Moins d’un chapitre après le début de la vie publique de Jésus, les siens parlent déjà de le tuer.
Bien sûr, nous n’aimons pas bien que Jésus ou Jérémie soient là pour démolir, raser, arracher, renverser, exterminer. Et pourtant, il faut bien exterminer le mal et les guerres, arracher des cœurs la haine, l’indifférence ou le rejet, renverser la mort. « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? » ajoute Jésus. Les prophètes invitent à changer de vie, et nous n’aimons guère cela. Nous résistons à nous convertir toujours et encore.
Bien sûr, il ne suffit pas de susciter une opposition pour être dans le vrai, il ne suffit pas d’être contesté voire persécuté pour prouver qu’on a raison. Mais la vérité comme la parole de Dieu seront toujours du côté de la faiblesse. Celui qui les défend avec une arme les tue. Même si ce qu’il dit est vrai, il en fait un mensonge. « J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. »
Jérémie et Jésus sont des persécutés pour la justice. C’est cela la vocation du prophète. Si nous nous rappelons que le baptême a fait de nous des prophètes, les membres du peuple prophétique, notre vocation nous mène à cette même persécution. On ne peut dire la parole de Dieu sans être rejeté. Le prophète ne sera jamais un gourou, une idole charismatique comme tant de ceux pourtant qui ont prétendu réformer l’Eglise et que l’on retrouve accusés de toutes sortes de crimes. Jésus se contente de continuer sa route : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » Le chemin menait à la croix…
Les adversaires de Jérémie ou de Jésus sont ceux qui partagent leur foi. C’est entre nous que nous nous battons à mort au nom de la parole de vie ! Si les guerres de religions se greffent quasi toujours sur d’autres tensions, économiques, politiques, ethniques ou de civilisation, les conflits à l’intérieur des Eglises eux existent bel et bien, et aujourd’hui, et chez les chrétiens, et dans nos communautés. Le chemin de la parole mène le prophète sur le chemin de la croix. L’amour des ennemis est le chemin du prophète.
Etre prophète est une mission que nous avons reçue au sein de l’Eglise aux jours de notre baptême et de notre confirmation. Nous ne sommes pas prophètes tout seul, mais en  Eglise. C’est la nature même des chrétiens de proférer la parole. Cela commence avec nos enfants, avec nos collègues et voisins, avec les nôtres. Certains aussi s’engagent par exemple dans la catéchèse.
Evidemment, nous devons avoir autre chose à dire que les propos du café du commerce, ou le catéchisme que l’on répète en boucle, l’idéologie du moment ou d’un groupe. Il faut faire entendre la parole qui convient aux interlocuteurs. Cela suppose que l’amour caractérise notre parole. Cela suppose que nous nous fassions auditeurs de la parole, que nous essayons de l’entendre, que nous travaillons notre foi dans l’étude comme dans la quête de Dieu. En nous déjà, la parole doit arracher et renverser pour construire, pour convertir. Cela suppose que nous connaissions le monde auquel nous nous adressons. Comment sans ces compétences prendrions-nous au sérieux et la parole du Seigneur et la mission baptismale et nos interlocuteurs ?
Nous sommes chargés d’une parole qui n’est pas nôtre mais que le Seigneur a mise en nos bouches et en nos cœurs depuis qu’il nous a marqués du sceau de son Esprit, ainsi que le disait Jésus au début de notre texte et de sa mission : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »

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