samedi 16 janvier 2016

Le troisième jour, à Cana (2ème dimanche)



Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée.
L’évangile de Jean s’ouvre comme une semaine et Jean donne quelques repères pour qu’on suive Jésus, jour après jour. Au chapitre premier, après le prologue, le projecteur est braqué sur le Baptiste : « Il confessa, il ne nia pas. Il confessa ». Combien ces quelques mots sont prémonitoires, avec leur insistance. Jean, le maître de Jésus qui se fait ici disciple, disciple authentique, même s’il ne suivra pas Jésus, à la différence de Judas, disciple dûment estampillé mais traître, comme Pierre, et les autres, et nous aussi.
Le lendemain, est-il dit quelques versets plus loin. C’était donc un premier jour, mais pas nommé, et voilà le second, tout aussi indéterminé. Jésus entre en scène, désigné par le Baptiste. Première fois qu’on le voit. Jésus entre dans l’histoire alors qu’elle est déjà commencée. Cela ne ressemble à rien. On ne peut pas dire que l’évangéliste ait ménagé une entrée royale à Jésus…
Le lendemain, dit encore le texte, Jésus se retrouve avec trois disciples, un inconnu, André et Pierre. Décidément, que d’imprécisions alors que par ailleurs, Jean note que c’était la dixième heure !
Le lendemain, continue le texte, Jésus rencontre Philippe et Nathanaël, deux disciples de plus. Ainsi se finit le premier chapitre.
Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée. Mais cela devrait faire cinq ! A moins que nous ne soyons au septième, si c’est le troisième après les quatre premiers. Cela pourrait d’ailleurs être seulement le sixième. A la fin de notre récit, on précise que Jésus, ses disciples et sa mère demeurèrent en Galilée que quelques jours, histoire de finir la semaine.
Cette manière de compter est bizarre. Il y a anguille sous roche. D’autant qu’un autre compte commence avec notre texte. On le sait à la fin du récit. « Tel fut le premier des signes de Jésus, il l'accomplit à Cana de Galilée. » Ce décompte-ci démarre bien. Il y eut un premier signe alors qu’il n’y avait pas eu de premier jour.
Mais il y avait eu un troisième jour. Jour de résurrection. « Le troisième jour, est ressuscité des morts. » Jésus fait son premier signe le jour de la résurrection. De fait l’eau changée en vin, le banquet des noces de l’Agneau, ainsi que le Baptiste désigne Jésus, c’est bien le jour de la fête pascale, d’une alliance nouvelle à la saveur insoupçonnée.
Le troisième jour de la Genèse, c’est celui où « Dieu dit : Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers ». C’est le jour de la vigne dont on fait le vin qui vient à manquer. Il y a un bug dans la création. Voilà un troisième jour sans vin.
Mais ce troisième jour est aussi le sixième ou le septième, fin de la création selon le récit du premier chapitre de la Genèse, dans lequel l’évangéliste met ses pas. « Au commencement était le Verbe », écrivait-il au tout début, évoquant le « au commencement, Dieu créa le ciel est la terre. »
Alors apparaît, on ne sait d’où, la mère de Jésus. L’évangéliste nous l’a encore moins présentée que Jésus. Ce n’est pas très logique. D’abord on parle des parents, ensuite des enfants. On ne sait même pas son nom. Nous n’aurions que l’évangile de Jean, nous ne saurions pas comment s’appelait la mère de Jésus. Jésus non seulement entre discrètement, un lendemain, dans le récit, mais en plus, on ne sait rien de son enfance, de sa mère.
Or au sixième jour, cette mère n’est pas Marie, mais la femme crée au sixième jour, la vivante, l’humanité. Voilà la mère de Jésus.
Au terme de notre récit, nous avons parcouru la semaine initiale, la première semaine de Jésus, et la semaine des commencements, racontée au tout début des Ecritures. Tenez-vous près, ça commence…
Le temps ensuite rentre dans l’indéterminé, comme suspendu. « Ils n’y demeurèrent que peu de jours. La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem. » C’est le décompte des signes qui prend la relève de celui du temps. Le commencement est en fait la fin. Il y a non un dernier jour, mais l’heure de Jésus, qu’il s’agit de ne pas de rater. Au chapitre deux, son heure, celle de Jésus, n’est pas encore venue. Nous allons nous préparer à cette heure qui ne devrait pas tarder puisque c’est à la dixième heure déjà que Jésus rencontre ses premiers disciples.
L’heure de Jésus, c’est l’heure de la Pâque, et ce n’est pas un hasard si l’évangile nous fait entrer tout de suite après Cana et peu de jours, dans la Pâque, la première de Jésus. Et la mère de Jésus, l'humanité, est là, bien sûr.
Nous sommes des veilleurs qui attendons l’heure. En ce début d’année, nous voilà déjà prêts pour suivre Jésus jusqu’à son heure.

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