vendredi 25 mars 2016

Pas de paix sans justice



Les attentats n’arrêtent pas, dans de nombreux pays. Malgré les discours guerriers ou les réactions bravaches (on vivra comme avant, même pas peur, etc.) nous sommes confrontés à notre vulnérabilité (les pray for… en sont l’illustration). La société qui se pense si forte ne sait pas défendre les citoyens. Nombreux sont les pays visés, riches, moins riches ou pauvres, de tradition chrétienne, musulmane ou animiste.
Les analyses n’ont pas manqué depuis un an ; elles sont indispensables mais peu efficaces. Les interventions militaires et les mesures de sécurité sont fort utiles, mais demeurent grandement insuffisantes. Nous restons avec notre vulnérabilité.
L’éradication du terrorisme n’est pas pour demain. La troisième guerre mondiale, ainsi que dit parfois le Pape, a commencé il y a déjà longtemps, que ce soit avec la chasse, si peu réussie, aux Talibans, les guerres du Golf ou le 11 septembre. La Lybie sera-t-elle le prochain théâtre des opérations ? Rien ne semble pouvoir arrêter le terrorisme qui se revendique de l’Islam et massacre les musulmans eux-mêmes. Nous restons avec notre vulnérabilité.
Pour une large mesure, les apprentis sorciers d’une politique internationale portent la responsabilité de l’émergence de Daech. L’instrumentalisation de l’Islam radical pour contrarier l’invasion de l’Afghanistan est un des premiers actes d’un piège qui se referme sur les Occidentaux. Nous nous croyions les plus forts et nous voila avec notre vulnérabilité.
La mise en évidence de notre vulnérabilité est une chance, une bonne nouvelle. A nous croire tout-puissants que n’avons-nous pas fait, combien de guerres n’avons-nous pas justifiées ? Nous sommes à deux doigts de détruire la planète après être passés à deux doigts d’une destruction atomique massive.
La mondialisation permet la rencontre des cultures, pour peu qu’aucune ne s’impose hégémoniquement, colonialement, économiquement ; sinon elle est l’agression d’une identité que le rejet de l’autre protègerait. L’idéologie identitaire et le refus de voir des cultures transformées à la rencontre des autres sont partagés par les droites extrêmes en Europe, qui prospèrent, et par l’intégrisme musulman. L’extrémisme politique, quoi qu’on en pense, a droit de cité alors qu’on s’emploie à détruire l’intégrisme musulman. Chercher l’erreur !
Les souverainismes ne supprimeront pas plus la violence qu’ils ne la contiendront d’un côté de la frontière. Le terrorisme se moque des frontières, comme internet. Nous avons construit un monde du libre échange où la réciprocité et le partage n’ont pas de place, mais la domination et l’exploitation de plus des trois quarts de l’humanité. Cherchez l’erreur !
Les terroristes usent du libéralisme déréglementé et des moyens de communication les plus modernes (l’économie de Daech n’est quasiment pas isolable du reste du marché). Nous en appelons à la morale et à la justice quand on meurt dans nos rues, que dis-je, quand on tue des nôtres. Mais si d’autres meurent, dans nos rues, à nos frontières, de justice et de morale il n’est plus question. Le terrorisme tue ainsi que notre système économique ; le premier doit être détruit, le second est légal. Cherchez l’erreur !
Le terrorisme islamiste n’a pas pour but de renverser les inégalités. Ce n’est pas Zorro ou Robin des Bois. Il exploite les injustices pour déstabiliser les sociétés, joue de tout ce qui peut opposer, richesses, identités, religions, etc.. Les inégalités et injustices qui, comme Daech mais avec d’autres armes, sont violence, labourent le terrain pour la guerre.
Le terrorisme révèle nos contradictions. Pour l’éradiquer nous sommes sommés de sortir de nos contradictions. Nous resterons vulnérables, parce que c’est le plus grand progrès de ces dernières décennies, pour ne pas détruire l’humanité et la planète. Mais la vulnérabilité n’est vivable que dans la confiance. Construire la paix et la confiance coûte moins cher que la guerre. Mais cela rapporte moins que les armes, les insecticides, et autres systèmes de destruction massive des populations et de la planète…
La confiance ne supprimera pas tous les fous et les furieux dont il faudra continuer à se protéger ; le paradis n’est pas à notre portée. Mais tant que nous refuserons de partager les richesses, tant que nous nous refermerons sur nous-mêmes, tant que nous participerons à une mondialisation injuste, la confiance sera impossible. Il n’y a pas de paix sans justice.
Le contraire de la peur n’est pas la témérité ou l’intrépidité, mais la confiance ou la foi (c’est la même chose). N’ayez pas peur dit le Ressuscité à ceux qui n’ont pas confiance. Croyant ou non en la résurrection de Jésus, nous devons passer de la peur à la confiance pour vivre paisiblement vulnérables. Même laïcisé, même dé-théologisé, l’évangile demeure chemin de vie. A combien plus forte raison, lorsqu’il est confession du Ressuscité !

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