vendredi 4 mars 2016

Vos erreurs écarlates blanchiront comme neige (24h pour le Seigneur)



Lectures: Is 1, 1-20 / Ps 49 (50) 16-23  /  Lc 18, 9-14
Célébration pénitentielle


Nous venons d’entendre les premières lignes du livre du prophète Isaïe. Et quelle douche froide ! Le prophète nous transmet ses visions et l’on se fait engueuler ! Or, on n’est pas là pour se faire engueuler, aurait pu chanter Boris Vian. Même si nous avons conscience de nos péchés, puisque nous sommes-là, faut pas pousser. Ma parole nous on reviendra pas !
Acceptons d’entendre la magnifique poésie du prophète. Le peuple que Dieu s’est choisi est rebelle. Il est pire que les bêtes de somme qui au moins connaissent leurs maîtres ! Son crime est partout au point que tout le corps est atteint de la pointe du talon au sommet de la tête. Et rien pour la guérir, pour la soulager. La ville sainte est en feu, dévastée, recroquevillée sur elle-même, simple cahute perdue au milieu d’un champ de courges. Si le Seigneur ne laissait quelques survivants, Jérusalem serait comme Sodome et Gomorrhe. Elle est Sodome et Gomorrhe, aussi pervertie, au point que le Seigneur l’appelle ainsi.
Bien sûr, en Sion, on offre des sacrifices au Seigneur, mais il en a ras le bol, ça lui donne la nausée. Les jours de fêtes religieuses sont un pensum pour Dieu. Il détourne les yeux de nos mains élevées, il ferme ses oreilles à nos prières répétées comme des paroles magiques. Nous ferions mieux d’aller nous laver, et surtout de pratiquer la justice, de respecter le droit, de dénoncer les violents.
Rendez-vous compte, c’est le peuple de Dieu qui méprise Dieu ! Qui annoncera sa grandeur. Le peuple saint est sacrilège. Où trouvera-t-on la sainteté ? En serait-il encore de même aujourd’hui ? Les chrétiens seraient-ils les premiers ennemis du Dieu qu’ils disent honorer ? Rien d’impossible à cela si le peuple de la première alliance a déjà foulé ce chemin. On le sait, le culte n’est rien, pire, il est sacrilège, simagrée, quand on méprise Dieu.
Pourtant, pourtant, rien n’est perdu. Le Seigneur nous invite à une discussion. Et là, nos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendraient blanc comme la neige.
Si vous avez la curiosité de lire le début de ce que l’on appelle le deuxième Isaïe, à partir du chapitre quarante, vous verrez le changement de ton. Là, plus une accusation, plus une menace. Mais un livre de consolation. « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur. Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main de Yahvé double punition pour tous ses péchés. »
Le pardon est déjà la seule solution, dès le début du livre d’Isaïe. « Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront. » Ce pardon est déjà annoncé comme acquis avec le second Isaïe. En Jésus, il se rencontre comme un homme au milieu des hommes.
Aussi, il nous reste à nous présenter simplement devant lui, comme le publicain. Pas besoin d’une liste exhaustive, pas besoin de casuistique ni de circonlocutions (parfois, mais bon, comme tout le monde, pas beaucoup, un peu seulement). Nous sommes devant le Père qui déjà fait cuire le veau gras pour le banquet. La faute est déjà pardonnée. Il nous a pris dans ses bras et nous serre, pleurant de joie tout autant que nous. « Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis. » « Je vous le dis, il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »


Traduction (à peine modifiée) par Pierre Alféri et Jacques Nieuviarts (éd. Bayard)

Vision vue par Isaïe, fils d’Amots, sur Juda et sur Jérusalem, à l’époque d’Ozias, de Yotan, d’Achaz, d’Ezechias, rois de Juda. :

Voûtes des ciels, écoute !
Terre, tends l’oreille !
Le Seigneur parle :

J’ai élevé des fils
Je les ai fait grandir
Ils se sont rebellés contre moi.
Le bœuf reconnaît son patron
L’âne, la mangeoire de son maître
Israël ne reconnaît rien
Mon peuple n’entend rien.
Oh nation égarée
Peuple pesant son poids de crimes
Semence de scélérats
Fils pervers.
Ils ont désavoué le Seigneur
Refoulé le Saint d’Israël.
Foule recroquevillée
Où vous frapper encore ?
Vous en rajoutez,
Vous me rejetez.
La tête est toute atteinte
Le cœur se meurt
Du talon à la tête, il n’y a rien d’intact,
Meurtrissure, écorchure, morsure, encore à vif
Ni fermée, ni pansée, ni enduite d’huile douce.
Votre terre ? dévastée
Vos cités ? feu et flammes
Votre sol ?
Dévoré sous vos yeux par l’envahisseur
Par la terreur dévastatrice de l’envahisseur.
Laissée à l’abandon, la fille de Sion
Cabane entre les vignes
Cahute entre les courges
Ville barricadée.
Et si le Seigneur ne nous laissait un survivant
Nous serions proches de Sodome,
A l’image de Gomorrhe.
Ecoutez la parole du Seigneur
Dirigeants de Sodome
Tendez l’oreille quand notre Dieu donne le cap
Engeance de Gomorrhe.
Tous ces sacrifices pour moi :
A quoi bon ? dit le Seigneur.
Ils m’écœurent ces holocaustes de béliers
Ces graillons de veaux gras
Ce sang de taureaux et d’agneaux et de boucs.
Je n’y prends pas plaisir.
Quand vous paraissez devant moi
Qui demande à vos mains de fouler mon enceinte
N’en jetez plus, de ces offrandes creuses
J’ai horreur de l’encens
Et la nouvelle lune
Et le sabbat
Et le rappel qu’on bat :
Culte contraint et criminel
Je n’en peux plus
Et vos nouvelles lunes
Et vos jours fériés
Je les abhorre.
Ils m’épuisent, je les ai assez supportés.
Tendez les paumes de vos mains
Je détourne les yeux
Mouliez vos prières
Je n’y suis plus, je n’écoute plus.
Vos mains trempez de sang
Allez donc vous les laver
Allez vous nettoyer
Détachez le mal de vos actes
Que je ne le voie plus.
Mettez fin aux méfaits
Apprenez le bien
Recherchez le droit
Corrigez la brute
Défendez la veuve
Les droits de l’orphelin.
Très bien, expliquons-nous dit le Seigneur
Vos erreurs écarlates
blanchiront comme neige
comme laine blanchiront les plus rouges
et si vous décidez
si vous m’avez écouté
vous mordrez dans les biens de la terre
si vous vous arc-boutez
si vous m’avez résisté
c’est l’épée qui vous mordra.

Oui, la bouche du Seigneur a parlé.

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