samedi 1 octobre 2016

Le dialogue interreligieux et la paix



Mardi 22 septembre, le Pape était à Assise pour célébrer la 30ème rencontre interreligieuse pour la paix organisée par la communauté San Egidio et les franciscains d’Assise. Il y a trente ans en effet, Jean-Paul II avait invité des représentants de nombreuses religions ; il y a cinq ans, Benoît XVI avait marqué les vingt ans de la première rencontre.
La presse a peu relayé l’événement, comme si les efforts pour la paix ne méritaient pas d’être relayés. A moins que plus personne n’y croie et que le geste du Pape paraisse un enfantillage dont on a honte ou que l’on méprise.
Depuis trente ans, les intégristes de tout poil, dénoncent ces rencontres. Dialoguer d’égal à égal avec les autres, c’est renoncer à la vérité que nous possédons et à laquelle les autres doivent se rallier s’ils veulent être sauvés, c’est en rajouter au relativisme moderne pour qui toutes les religions se valent, et ne valent sans doute pas grand-chose.
Le Concile Vatican ne l’entend pas ainsi. « L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans [l]es religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, reflètent cependant souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. […] Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les membres d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux. » (Nostra Aetate 2)
On ne dialogue pas sans se rencontrer, se contentant de discuter ce que l’on croit savoir de l’autre. Le dialogue demande d’autant plus de patience et de respect que l’on se connaît peu. Plus le partenaire sera réticent au dialogue, plus il faudra faire preuve de délicatesse. Quand on met un visage, voire une amitié, sur une religion, on ne peut plus en parler comme avant. Si le partenaire refusait le dialogue, il serait de notre responsabilité d’aménager les voies qui le rendent possible. L’histoire fait parfois de nous les héritiers de ce qui l’empêche.
Parce que la différence fait souvent peur, parce que les guerres ne sont pas des histoires anciennes mais détruisent aujourd’hui des peuples et des cultures, les religions, immergées dans ces peuples et cultures, ont le devoir de travailler à la paix. Avec les religions, c’est souvent l’intime que l’on approche. C’est pourquoi le dialogue interreligieux, outre la quête d’une vérité sur Dieu, est un des chemins privilégiés de la paix à l’intérieur des sociétés et entre elles. Même à admettre que nous n’aurions rien à voir avec la foi des autres, le dialogue interreligieux est devenu indispensable.
Cela vaut évidemment de notre relation à l’Islam, encore plus décidément autre, étranger, dangereux, effrayant depuis septembre 2001. M. Juppé tire la sonnette d’alarme alors que les discours d’exclusion se multiplient en France : « si nous continuons comme ça, nous allons vers la guerre civile ». Que faisons-nous ? La paix est d’autant plus fragile que certains jouent avec le feu pour se faire élire. On ne peut exiger des musulmans, en Occident, qu’ils prennent la parole pour condamner le terroriste, comme s’ils en étaient davantage responsables que les autres européens, et refuser dans le même temps qu’ils existent publiquement dans la société en tant que musulmans, sous prétexte de laïcité.
L’amour n’est pas aimé aurait répondu saint François au Sultan qui lui demandait pourquoi les chrétiens, disciple d’un Dieu amour, faisaient la guerre aux musulmans (les croisades). Le dialogue interreligieux a pour but d’aider chaque homme appartenant à une tradition religieuse à aimer l’amour et ainsi à construire la paix.

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