vendredi 14 octobre 2016

Qui fait disparaître la foi sur la terre ? (29ème dimanche du temps)



Prier sans se décourager. Dieu est tout de même plus miséricordieux que ce juge inique qui finit pourtant par exaucer les veuves pour qu’elles ne lui cassent plus les pieds !
Voilà Dieu en bien mauvaise compagnie (Lc 18, 1-8). Que l’on compare Dieu aux meilleurs d’entre nous et peut-être pourra-t-on approcher sa grandeur, sa bonté. Si pour parler de lui il n’y a que cette canaille, cela n’augure rien de bon.
Or cela ne nous gène pas de penser Dieu à partir de ce juge inique. Pourtant, en Jésus, est au contraire manifeste que Dieu ne cesse d’être à nos côtés, qu’il exauce toujours, indépendamment de la foi, comme on peut le lire peu avant notre texte dans récit des dix lépreux (Lc 17, 12-19).
Souvent, les paraboles se laissent lire par notre ressentiment, le menant à sa folie pour mieux le dénoncer. Elles nous caressent dans le sens du poil que le surmoi fait taire en société. Au fond de nous, nous pensons mal de Dieu : ne l’avons-nous pas comparé à un voyou, même si c’était pour l’en distinguer ? Mais qui compare ceux qu’il aime aux sales types ? Avec une telle idée de Dieu, et de la prière, étonnez-vous que ça ne marche pas. Le ver est dans le fruit. Le sacrilège s’immisce au cœur de la confession de foi. Dieu est miséricordieux, mais en fait… Dieu a vu la misère de son peuple, mais en fait…
Si la foi des chrétiens et la prédication instillent le doute quant à la bonté infinie de Dieu, on comprend que Jésus puisse s’interroger. « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Quand on voit l’Eglise et ses ministres parmi les plus éminents se déchirer à propos de la miséricorde, de la communion des divorcés remariés, de l’acceptation des homosexuels, de l’accueil des immigrés, on comprend que Jésus puisse s’interroger.
Et nous-mêmes, quelles lectures labélisées des textes répétons-nous à l’envi, stupides et infantiles, moralisantes et fades, qui ôtent à la parole de Jésus son caractère intempestif, ce qui fait, deux mille ans plus tard, qu’elle est encore et toujours nouvelle et bonne ? Essayez donc de prêcher autre chose que le déjà connu qui vient conforter les manières de penser ! On préfère le prêchi-prêcha (des homélies ou de la catéchèse) qui justifie l’idéologie du temps ou du milieu social. Par exemple, il faut dire que Jésus défend la famille, c’est une évidence, alors qu’il n’en dit pas un mot, pire, conteste les liens du sang, parce que pour lui, la famille, ce n’est pas qui l’a nourri ou élevé, mais qui écoute la parole et la met en pratique ; parce que la famille, ce n’est pas « un enfant, un papa, une maman », mais la vocation de l’humanité. Alors que le racisme prend la parole, contre le droit, et s’affiche comme communication municipale, que ne sommes-nous pas dans la rue à défendre la famille, nos frères qui meurent en Méditerranée ? Oui, là c’est le moment de défendre la famille comme Jésus l’entend.
On prêche les valeurs, comme les pharisiens, pour ne pas prêcher la critique des valeurs, ressort de la théologie prophétique si souvent reprise par Jésus, pour ne pas entendre le scandale du renversement évangélique : Dieu est serviteur de l’humanité ; Dieu s’offre pour que nous vivions de sa vie. Nous ne rêvons que d’être servis, mais si c’est par Dieu, nous n’en voulons pas ! Cela dénoncerait de trop nos turpitudes. Et pourtant, Dieu n’est pas le tout puissant, comme se croit le juge de la parabole, mais l’impuissant qui compte jusqu’à ce que ce juge inique peut produire de bonté, à son propre corps défendant.
Le Dieu de Jésus n’est pas Dieu, je veux dire, n’est pas ce que tous appellent Dieu. Il n’est pas un maître tyrannique et autocrate dont les volontés s’imposeraient arbitrairement. Il ne réclame nul tribut, impôt payé en monnaie sacrificielle. Jésus est athée de ce dieu que nous continuons à prêcher pour être assurés d’avoir bien raison de ne pas y croire pour de vrai. Le Dieu de Jésus est amour, serviteur qui engage à servir, Père qui veut réconcilier les frères.
Si la lettre évangélique est châtrée par ceux-là mêmes qui sont chargés de la porter, de la vivre, comment y aura-t-il la foi sur la terre ? Ce sont, au moins parfois, les chrétiens eux-mêmes qui euthanasient l’évangile (l’assassiner serait trop visible !), qui rendent vaine et inepte la bonne nouvelle.

4 commentaires:

  1. Je partage sans réserve ta lassitude (indignation ?) des rengaines désastreuses de la plupart de tes confrères en chaire. Mais comment porter un autre discours ? Les prêtres n'ont-ils pas toujours le dernier mot, si ce n'est le seul, dans les célébrations aussi bien que dans tous les groupes d'Eglise qu'ils "accompagnent" de leurs lumières ? Comment lutter contre une parole qui tient son autorité d'une Tradition prétendue millénaire ? J'aimerais une assemblée où, chaque dimanche, une personne serait tirée au sort pour commenter l'évangile. Il y aurait sans doute de nombreux silences ou de nombreuses réactions - et ce serait tellement mieux !

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    1. Je ne sais qui est Joseph qui signe le message précédent. Ce n'est peut-être pas très important.

      Il y a me semble-t-il deux questions différentes. Celle de l'homélie par les seuls ministres ordonnés, et celle de la qualité de l'homélie ou commentaire catéchétique. S'il suffisait d'être laïc pour que le commentaire soit intéressant, on aurait une catéchèse auprès des enfants et des adolescents d'un super niveau !

      Bon, il se peut qu'il y ait un abus de pouvoir dans la parole homilétique. C'est une vraie question. Avec des chrétiens formés, avec un ethos plus démocratique, au sens où, à tous est, a priori donné la parole, l'homélie risque d'apparaître venant d'en haut, d'une autorité, difficilement contestable, avec laquelle cependant, on n'est pas en consonance. C'est quelque chose de très compliqué. Et je n'ai pas de solution. J'essaie de ne pas être trop dans le vous / moi. Mais cette stratégie littéraire suffit-elle ?

      Je pense aussi que le rôle ministériel n'est pas sans signification, y compris dans l'homélie. Bien sûr, cela suppose que le ministre bosse, qu'il ait de quoi nourrir sa réflexion, par sa pratique de la prière, de la charité et de l'étude. Ce qui m'insupporte, je le reconnais, chez certains confrères, c'est qu'ils ne bossent pas. Ils croient que parce que prêtre, ils n'ont pas besoin de travailler. Cette arrogance sacerdotale m'agresse. Ainsi, ils se moquent de leurs auditeurs, et de l'évangile. C'est surtout vrai pour la messe de semaine, mais aussi le dimanche.

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  2. Il est vrai que j'ai peut être un problème avec la fonction ministérielle (cela date du temps où j'ai quitté les GFU). Je persiste cependant à penser que cette autorité dans le commentaire de l'évangile est très problématique. Problématique dans la forme (le "préchi-précha" que tu dénonces) et dans le fond. Quelle est la place des prêtres dans nos communautés ? Celui qui a le dernier mot. Le prêtre est aujourd'hui celui qui, dans et hors l’Église, parle de l'évangile. Il est très rare que la parole d'un laïc ait la même influence que celle d'un prêtre dans un rassemblement d’Église. Cela crée inévitablement un sentiment hiérarchique confirmé, pour le coup, par une tradition ancienne. Et cette hiérarchie entraîne une sacralisation de la personne du prêtre qui n'est pas, me semble t-il, très évangélique.
    La question est effectivement compliquée. Que tu "suppose que le ministre bosse" m'interpelle. Pourquoi le ferait-il ? Le micro lui est tendu et le public captif. Tu pourrais répondre que l'amour du Christ et de l'évangile existe chez de nombreux prêtres et est en soi une motivation puissante pour qu'il prépare ses prises de paroles avec soin. D'accord, mais cet amour existe aussi dans le cœur de nombreux laïcs.

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    1. Je suis heureux de te retrouver ici.

      Tu poses évidemment de bonnes questions. Je continue à penser que la dimension ministérielle n'est pas vaine, au sens qu'elle a littéralement et étymologiquement, être au service de la communauté pour que celle-ci soit au service de la communauté humaine.
      Dès lors que l'on parle de hiérarchie, je te l'accorde, c'est foutu. François a essayé de parler de pyramide inversée...
      Si l'on cherche à définir ce ministère par ce que les ministres auraient à la différence des laïcs, c'est aussi foutu. (Je soulignais que certains d'entre nous ne bossaient pas, et pour ne pas réserver ce mot à son côté livresque, j'avais pris soin de le préciser, études certes, mais aussi pratique de la charité et prière.)

      Ma réponse n'est pas suffisante, je le sais bien. Je ne crois pas que nous trouverons désormais une réponse simple, facile, justement parce que nous refusons à juste titre la pensée exclusiviste selon laquelle ce que l'on dit du prêtre (j'emploie à dessin le singulier !) ne vaudrait pas pour les fidèles (là encore, je choisis le terme !).
      Effectivement, quand on est au service, on devrait ne pas pouvoir se préoccuper de ce que l'on aurait en propre.
      C'est de laver les chiottes, et qui plus est sans le faire remarquer, qui "autorise", qui rend possible, une parole et une action ministérielle. Il y a longtemps que je peste contre le travestissement des mots dans notre Eglise. Tu m'as sans doute déjà entendu dénoncer que les MINIStres puissent revendiquer le MAGIStère !

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