vendredi 20 juillet 2018

« En sa personne, il a tué la haine » Ep 2, 13-18 (16ème dimanche)


Dans l’histoire de l’humanité, il semble qu’il y ait toujours eu « nous » et « les autres ». Chez les Inuits, homme se dit inuit, et peut-être pareillement chez d’autres peuples ; inuit signifie personne, humain. Exemple de ce que l’humanité, c’est « nous ». Semblablement, les grecs se comprennent comme le « nous » qui comprend la langue, les autres parlant un charabia, un bla-bla, une langue de barbares. Il y a les grecs et les barbares. Avec les Romains, il y a ceux de l’Empire et ceux de l’autre côté des frontières, les barbares.
Il y a aussi les Juifs et les païens, entendons les gens. Paul fait partie de ce « nous » des Juifs. La lettre aux Ephésiens (2, 13-18) s’adresse aux païens – juste deux versets avant notre texte ‑ : « Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair… » Et comme le peuple, ce n’est pas séparable, au moins jusqu’à fort récemment, de la culture, de la terre et de la religion, païen est un mot impossible à traduire.
Le grec porte ethnè, les nations, qui donne ethnique en français. Il est traduit en latin par paganus, étymologiquement, ceux du village. Il faudrait sans doute traduire ceux du bled, je veux dire du coin perdu, pas cultivé, à la différence des gens de la ville. Ce n’est pas nouveau le regard supérieur des urbains ! Paganus ne prend le sens de païen, qui n’a pas de religion, ou plutôt qui n’a pas la vraie religion, qui a une religion ancienne, dépassée, que bien plus tard, quand les chrétiens deviennent majoritaires et que s’éteint le paganisme...
Ainsi donc, le monde se comprend séparé en deux, nous et eux. Mais « nous » est toujours emphatique et « eux » dépréciatif et péjoratif. Cela est vrai dans toutes les cultures, les civilisations, religions, le moindre des villages comme le plus grand empire.
Or, « des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine […]. A partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. »
Il n’y a plus qu’un seul « nous ». Le texte, parle à des païens « vous qui étiez loin » de « ceux qui étaient proches », les Juifs, pour finir par un nous ; « Par Jésus, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père ».
La déflagration de cette révolution n’est pas encore parvenue jusqu’à nous. L’Evangile n’est pas encore parvenu jusqu’à nous. L’humanité est un seul « nous ». Il n’y a plus « eux » qui sont chez nous ou chez eux, et nous. « Il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus. » (Ga 3, 28). Cela devrait au moins être vrai des baptisés, ou au moins, entre baptisés !
L’équipe de France gagne la finale ; le « nous » accueille spontanément la diversité ethnique. Le « nous » ne se définit plus par l’origine, plus ou moins lointaine, mais par ce que nous faisons et réussissons ensemble, plus justement, par ce qu’ils ont fait ensemble avec et pour « nous ». Lorsqu’on parle d’immigration, celle des pauvres – l’immigration des riches ne fait jamais problème, seulement leur émigration ! ‑ alors « ils » sont « chez nous » …
Cependant l’annulation des oppositions telle que Paul et ses disciples la prêchent n’est pas une uniformisation à la manière du marché qui vend la même chose aux quatre coins du monde au mépris des cultures, qui vend, surtout, pour que les plus puissants le soient encore davantage, colonialisme économique.
Les Juifs resteront à jamais l’autre, l’altérité inassimilable pour les disciples de Jésus. « Ils sont, selon l'élection, chéris à cause de leurs pères. Car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance. » (Rm 11, 28) L’universalisme chrétien ne devrait jamais pouvoir être hégémonique. Si des Juifs deviennent disciples de Jésus, comme les premiers chrétiens, comme Paul, comme nombre d’entre eux à travers les siècles, se manifeste que le mur de la haine est tombé. Cependant, les promesses de Dieu étant irrévocables, le peuple élu subsiste comme celui par qui se dit la bénédiction de Dieu pour tous les peuples.
La mission d’Israël d’être bénédiction pour tous les peuples, l’Eglise ne peut ni l’annuler ni se l’accaparer. En aimant les Juifs, Dieu dit qu’il aime tous les hommes. Israël est le chiffre de la différence, ce qui interdit au « nous » de se prendre pour le centre, de condamner les autres à être des barbares, des païens, des incultes, des sous-hommes.
L’Evangile n’est jamais simplisme populiste. La seule humanité réconciliée par le Christ n’est pas l’écrasement des différences ‑ bien sûr, celles des plus faibles ‑, mais l’égalité et la fraternité. Le Christ Jésus « est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches » Le Christ Jésus est notre paix. « En sa personne, il a tué la haine ».



- Père, nous remettons entre tes mains la mission de l’Eglise. Qu’elle soit toujours plus l’humble servante de ton amour et qu’elle rejette ce qui est indigne du nom de chrétien.
- Père, nous remettons le monde entre tes mains. Qu’il soit le lieu de la réconciliation obtenue en ton Fils pour que la paix de ton Esprit soit la vie pour tous.
- Père, nous remettons entre tes mains nos soucis et nos détresses. Quand tout devient trop lourd, nous ne pouvons plus que nous en remettre à toi, le seul et unique berger, qui en ton Fils porte notre fardeau et le rend léger.

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