27/02/2026

L'aimé transfiguré (2ème dimanche de carême)

 

Nous nous demandons, on nous demande, ce que change la foi à notre vie, ce que change de croire ou de ne pas croire. Et nous pouvons avoir bien des réponses. La plupart d’entre elles – la foi donne la paix, elle donne la joie, etc. – ne sont pas satisfaisante à deux titres au moins. Premièrement, nombreux sont ceux qui sans la foi vivent en paix et heureux ; nombreux ceux qui avec la foi ne connaissent ni la paix ni le bonheur, ainsi que l’atteste Job. Deuxièmement, si la foi sert à quelque chose, elle n’est pas une fin, mais un moyen. La foi comme l’amour sont sans pourquoi. Or l’on n’aime pas pour telle ou telle raison, mais parce qu’on aime. « La rose est sans pourquoi, elle s’épanouit. » « La raison d’aimer Dieu, c’est Dieu même. »

Nous cherchons un sens à tout. Est-ce parce que nous savons décrypter des lois de la nature ou instituer des lois scientifiques qu’il y a du sens ? Faut-il que la foi ait un sens, l’amour ait un sens, et même l’amour de Dieu ? Pourtant, combien de fois les amours sont insensées ! Et si l’amour de Dieu était, certes non une tocade, passagère, inepte, mais sans raison, sans raison autre qu’autrui, nous. Ou plutôt, et si l’amour de Dieu c’était Dieu lui-même ; « la raison d’aimer de Dieu, c’est Dieu-même ». « Dieu est amour ». Aimer n’est pas un acte, mais une manière de vivre. Et nous crevons de ne pas aimer, parce que tout autre manière de vivre que l’amour est mort. « Celui qui aime est déjà passé de la mort à la vie. »

Un aimé. Celui-ci est l’aimé. Un fils est l’aimé. Ce n’est pas la conjugalité, mais une élection, un choix. Un fils qui n’est pas aimé parce que fils, comme il le faudrait, comme tant de situations le contredisent, aussi. Un fils choisi, élu. Ce fils, n’allons pas trop vite l’identifier ontologiquement. Il est fils d’une voix, fils d’une parole. Il provient d’une parole, il est l’aimé d’une voix. Une déclaration d’amour l’illumine et change son visage et toute sa personne.

Ce n’est pas vraiment une déclaration un « je t’aime ». A tous ceux qui ont des oreilles pour entendre une voix, la déclaration de la voix dit cet amour et… lumière ! Nous connaissons cela. Nous vivons cela, sous le mode de la privation parfois, mais pas seulement. Une voix dit l’amour pour un autre, et c’est lumineux. Eblouissant même, au point que l’on ne sait que dire. C’est pour cela que nous aimons les histoires d’amour !

Que quelqu’un vous dise, en présence de son aimé(e) leur amour. Que des amis disent dans la confidence à ne pas répéter, comme en descendant de la colline, leur amitié, et l’on se retrouve avec Pierre et ces seuls mots : « il est bon que nous soyons ici », comme c’est bon d’être ici. Ki tov, une bénédiction, celle des origines. Une parole, comme à l’origine. La lumière, comme à l’origine.

La déclaration devant témoin relève et ouvre le possible. « Relevez-vous, n’ayez pas peur. » Le contraire de la foi n’est pas l’athéisme, l’absence de foi, mais la peur. C’est constant dans les Ecritures. La peur est le contraire de la foi. Foi, cela signifie que l’avenir est ouvert. Jésus, comme à son habitude, touche et relève et ouvre un avenir. « Lumière ! » Ce n’est pas un hasard si les aveugles sont en bonne place dans la geste évangélique.

Cela lui ne vient pas de l’aimé, mais de l’amour comme mode de vie. Ce que Jésus vit, il le transmet aux disciples qui l’accompagnent sur la montagne. « Relevez-vous, n’ayez pas peur ! » Ce sont des propos de résurrection.

Nous n’arrivons pas à vivre, soit que, couramment, nous prenions pour la vie la satisfaction de ce que nous avons construit, soit que nous soyons au bord du gouffre, à deux doigts de sombrer, parce que le mal, ç’en est trop, parce que la joie, c’est impossible. Aux uns aux autres, une voix se propose à la foi : l’homme, l’humain est l’aimé. Le fils, la fille, nous donc, sommes aimés. Une voix du fond de soi ou du haut des cieux, dit qu’elle aime, qu’elle prend son plaisir. Croire, ce n’est pas pour être vivant, moyen en vue d’une fin. Croire, c’est vivre. Et qui est vivant ici ? Et qui est vivant dans le monde ? C’est trop peu d’appeler cette voix Dieu, parce que cela transforme la foi en la ratification d’une vérité, alors qu’il s’agit d’un mode de vie. L’amour est vie, pour soi, pour tous. Il y a de quoi être transfiguré ?

Mais, silence, ne dites rien. Vous risqueriez d’instrumentaliser et l’amour et la foi. Sacrilège. Vivez, aimez, et cela met debout, et cela ouvre le monde. « Relevez-vous, n’ayez pas peur. »

 

Stéphane Petit, Eglise Notre-Dame-de-La-Haye, Descartes 

 

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