samedi 12 septembre 2009

Pour connaître Jésus (24ème dimanche)

Pour lire cet extrait de l’évangile de Marc avec profit, mieux vaut ne pas avoir la mémoire trop courte. Rappelez-vous comment se terminait l’extrait entendu dimanche dernier, après la guérison du sourd-muet : « Jésus leur recommanda de ne dire la chose à personne ; mais plus il le leur recommandait, de plus belle ils la proclamaient. Ils étaient frappés au-delà de toute mesure et disaient : "Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets." » Comment voulez-vous que personne ne soit au courant !

La liturgie saute le début du chapitre suivant et le passage que nous venons d’entendre se situe immédiatement après un autre miracle, la guérison d’un aveugle auquel Jésus recommande de rentrer chez lui sans entrer dans le village, comme si là encore, il ne fallait pas que l’on sache quoi que ce soit.

Les lecteurs de l’évangile de Marc connaissent cette thématique du secret messianique, particulièrement développée dans la première moitié de l’évangile où nous sommes encore. Jésus ordonne aux esprits mauvais, qui savent eux qui il est, de se taire, de la fermer comme dit le texte.

Un tournant s’opère alors que nous approchons de la charnière principale de l’évangile de Marc. Jésus sait bien que l’on s’interroge sur son compte, que ses disciples s’interrogent aussi. Il met enfin sur le tapis la question de son identité. Pour vous qui suis-je ?

Pourquoi a-t-il fallu attendre tout ce temps ? Il faut que les questions murissent pour être bien posées et surtout pour que la réponse ait le temps de se construire. C’est une leçon de pédagogie, en particulier pour les catéchistes. Ne dites pas trop vite qui est Jésus. Laissez les enfants vivre avec lui, à lire ce qu’en disent les évangiles, à rencontrer la communauté qui est son corps, à vivre eux aussi comme des serviteurs. Laissez les questions venir, laissez la rumeur monter. Interdisez même, comme Jésus, à ceux qui en savent trop long trop vite de parler.

Et puis un jour, il faut poser la question. Mais alors, on saura un peu de quoi l’on parle. On n’aura pas appris des trucs par cœur, sa taille, son poids, la couleur de ses cheveux, qui sont son père, sa mère, ses cousins, ses frères et sœurs, mais qui il est, lui, vraiment.

Qu’est-ce qui importe quand nous voulons connaître quelqu’un ? Et quel quelqu’un que Jésus ! Non pas de réciter les mentions de sa carte d’identité, mais de chercher à comprendre qui est l’autre. Nous avons besoin de penser à tout ce que nous avons vécu avec lui, à ce qu’il est pour nous, à ce qu’il est pour Dieu. Et voilà exactement ce que fait Jésus avec les Douze. Voilà ce qu’est la confession de foi, la connaissance de Jésus, non pas des choses apprises sur lui comme dans une encyclopédie, fût-elle théologique, mais ce que nous avons vécu avec lui et son corps que sont les frères, avec les pauvres en qui il est rencontré.

La réponse de Pierre n’est d’ailleurs pas vraiment à la hauteur. Il a bien compris ce qui pourra devenir une réponse du catéchisme. Mais il n’a pas encore saisi ce que signifie cette confession de foi : Tu es le messie. Ainsi, pour connaître Jésus, il ne suffit pas non plus de repasser dans notre esprit et notre cœur ce que nous avons vécu avec lui, il faut une conversion, un retournement, une manière de considérer la vie à partir de Jésus.

C’est à une manière de comprendre l’homme et le monde assez singulière que Jésus nous convoque et en dehors de lui, cette conception demeure peu compréhensible. Nous le savons bien, nous qui rencontrons sans cesse des personnes qui ne partagent pas notre foi ; je pense plus particulièrement aux jeunes, dès le collège, encore plus au lycée ou à la fac.

Non qu’il faille forcément insister sur la rupture chrétienne, comme si notre foi n’avait rien de commun avec ce que vit tout homme. Mais il faut bien reconnaître que vivre avec et selon Jésus met en crise ce qu’est la vie humaine, le sens qu’on lui donne, la réussite par exemple. Qu’est-ce que réussir sa vie ? Qui d’entre nous dirait que Jésus a réussi sa vie ? Et pourtant, sans même parler du martyre, qu’est-ce que vivre avec et selon Jésus, si ce n’est nous laisser transformer pour que nos pensées soient celles de Dieu et non celles des hommes.

Ce dont parle ici Jésus, qui ne sait rien de la croix sur le Golgotha à ce moment de l’évangile, c’est la vie comme don, comme échange gracieux, comme mains vides et tendues du mendiant. Réussir sa vie, c’est vivre comme un mendiant qui attend, les mains tendues et ouvertes, c’est vivre les mains tendues vers les autres pour partager ce que nous avons reçu.

Les versets suivants le disent le plus expressément : qui veut garder sa vie la perdra. Pour reprendre les mots de la première lecture, qui ont été ceux qui ont permis à Jésus de se comprendre et aux premiers chrétiens de le connaître, réussir sa vie c'est emprunter le chemin du serviteur et compter sur Dieu.

Textes du 24ème dimanche B : Is 50, 5-9 ; Jc 2,14-18 ; Mc 8, 27-5

4 commentaires:

  1. "réussir sa vie" ... voilà qui mériterait bien un petit article !

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  2. Vivre comme un mendiant, et L'acceuillir sans cesse dans le quotidien... pour Le découvrir, Le rencontrer toujours plus... et emprunter le chemin qu'Il ouvre. Merci Patrick !
    Et c'est vrai, tu devrais écrire là dessus... sur la Providence par exemple...

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  3. Mais personne ne croit plus en la Providence... Les plus téméraires croient encore en leur force et en leur mérite. S'ils entendent un jour la question "Qu'y suis-je ?", ce sera pour eux-même, et beaucoup répondront "Je suis le Messie, celui qui me sauve moi-même". Renoncer à soi-même... facile à dire ! Si encore je savais qui j'étais...

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  4. Que plus grand monde ne croie en la Providence, ce n'est pas une nouveauté. On en parlait beaucoup il y a quelques décennies, mais de façon bien mythologique. Expression presque synonyme de Deus ex machina. Je tâcherais d'écrire quelques lignes sur un thème pourtant central.
    Quant à savoir si nous avons besoin d'un sauveur autre que nous, le titre de ce blog en exprime la conviction.
    Déjà Augustin, dont tu auras remarqué que sa lecture m'importe, avait écrit quaestio mihi factus sum (je suis devenu une question pour moi-même). Peut-être que renoncer à soi-même, c'est déjà reconnaître que je ne me possède pas, que je sais si peu de moi-même.

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