samedi 28 novembre 2009

Redressez-vous, relevez la tête. (Avent, 1er dimanche)

Voilà une nouvelle année liturgique et nous commençons par la fin la lecture de l’évangile de Luc qui nous accompagnera pendant un an. Vous me direz, pourquoi pas commencer par la fin, mais reconnaissez que cela n’aide pas à comprendre le texte. D’autant que Luc avait pris soin de rédiger une introduction à son texte, les deux chapitres sur l’enfance de Jésus qui organisent, comme une ouverture d’opéra, les thèmes principaux du reste de l’œuvre.

En commençant par la fin, ou presque la fin du texte, la liturgie insiste il est vrai sur une question d’actualité, celle du mal. Car c’est toujours d’aujourd’hui, hier comme demain, que les catastrophes naturelles nous effraient, nous acculent à poser la question du sens de l’existence humaine. Si, comme des éphémères, nous pouvons être balayés de la surface de la terre par le fracas de la mer et de la tempête, raz de marée ou cyclones, à quoi bon ? A quoi bon vivre, à quoi bon se battre, à quoi bon la solidarité ? Ne vaut-il pas mieux jouir des quelques occasions propices et s’en tenir à cela ?

Juste avant de tomber sous les coups, d’expirer dans les souffrances, suspendu au gibet (c’est sa passion aux chapitres 22 et 23), Jésus à la fin de notre chapitre 21, exhorte ses disciples. Les signes dans le soleil, la lune et les étoiles, l’affolement à mourir de peur, ne sont pas le dernier mot de la création et de l’homme. Ils ne sont que signes.

Dans quelques versets seulement, l’homme, Jésus, sera broyé par la souffrance. Au jardin d’agonie, raconte Luc, pris d'angoisse, sa sueur devint comme des caillots de sang qui tombaient à terre. Un peu après, alors qu’il devrait faire grand jour puisque c’était déjà presque midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures, le soleil ayant disparu. Alors le voile du sanctuaire se déchira par le milieu ; Jésus poussa un grand cri et expira.

Et pourtant, quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.

L’année liturgique s’ouvre sur un impératif : soyez des hommes et des femmes debout. Soyez, pourrait-on aussi dire, des disciples de Jésus debout, vivants, malgré les assauts de la mort. Vivre la tête levée, non seulement pour attendre un signe du ciel, pour crier une prière, mais parce que la présence de Jésus dans notre humanité, ce que nous célébrerons à Noël, rend à l’homme toute se fierté, et plus encore. Les fils d’hommes, malgré tout, ne peuvent aller les yeux baisser comme l’esclave devant son maître, comme la victime devant le bourreau, comme l’innocent devant le mal ; les fils d’hommes relèvent la tête parce qu’ils reçoivent l’adoption qui fait d’eux des enfants bien-aimés du Père, des fils et filles de Dieu.

Ainsi, vous vivez mal le fait que le christianisme perde du terrain dans la société ? Vous êtes blessés de ce que vos proches, vos enfants, vos frères et sœurs, ne partagent pas ce qui vous est le plus cher, la foi ? Vous constatez que ceux que vous aimez ne partagent pas votre attachement au Christ ? Redressez-vous, relevez la tête, non pour partir en croisade. Mais tout cela n’est pas plus effrayant que le fracas de la mer et de la tempête.

Soyez les sentinelles du Royaume qui veillent pour que l’homme, tout homme, tous les hommes, demeurent debout. Veillez, priez. Ne vous importe pas de savoir qui sera chrétiens ou non. Vous incombe de tenir votre mission, l’annonce, ne serait-ce que par votre attachement au Christ, que la vocation de l’homme, de tous les hommes, c’est d’être debout parce que, même abattus, surtout abattus, les hommes sont déjà relevés par celui qui vient. Il s’agit de paraître debout devant le fils de l’homme.

Veiller, prier, ce n’est pas espérer que le monde changera, comme par magie. Cela, c’est à nous de le faire, en luttant pour plus de justice, de partage et d’égalité. Veillez, priez ; c’est une manière, une des meilleures avec l’amour du frère, de tenir debout pour prophétiser le relèvement de tous. Peut-on d’ailleurs parler de prophétie ? Ne faut-il pas plutôt parler de mémoire, car il est déjà venu et dans son relèvement d’entre les morts, notre relèvement est acquis. Mais celui qui est déjà venu est aussi celui que nous attendons, celui qui vient, celui qui est béni. Il est le toujours venant, tant qu’il y aura des hommes et des femmes à remettre debout. Oui, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Textes du 1er dimanche de l’avent : Jr 33, 14-16 : 1 Th 3, 12 – 4, 2 ; Lc 21, 25-36

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