samedi 21 novembre 2009

Rendre témoignage à la vérité (Christ-Roi)

Alors, tu es roi ? Pilate semble aussi perplexe que nous devant une telle royauté. Et Jésus explique l’étonnement : Ma royauté ne vient pas de ce monde. Pas étonnant que l’on ne voie pas bien de quoi il s’agit, d’autant que nous n’avons que peu idée de ce que pourrait être ce qui n’est pas de ce monde.

Bien sûr, le titre royal est une clé de lecture du Premier Testament ; il permet, partant, une christologie. Bien sûr, nous parlons du règne de Dieu, dans le Notre Père. Bien sûr, nous parlons de bâtir ou de manifester le royaume, le royaume des cieux. Bien sûr, à chaque baptême, l’onction atteste de ce que désormais, le nouveau chrétien, à la suite du Christ, est prêtre, prophète et roi. Mais cette thématique royale nous aide-t-elle vraiment à rendre compte de notre foi ?

Qu’est-ce que le texte d’aujourd’hui dit de la royauté ? Peut-on avec nos quelques versets seulement dire quelque chose de la royauté ? Je suis venu dans ce monde pour rendre témoignage à la vérité. Voilà ce que serait l’indice ou la signature de la royauté de Jésus : rendre témoignage à la vérité.

Alors, le roi n’est pas un puissant, mais quelqu’un qui est au service d’une mission : rendre témoignage à la vérité. Le texte précise (je suis ici la traduction de la Bible de Jérusalem) : je ne suis né, je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Jésus a reçu mission et n’en a pas reçu d’autre que celle-là. Il est né et venu, non pour gouverner ou être servi, mais pour servir en rendant témoignage à la vérité, pour se dévouer au service de la vérité.

Rendre témoignage, le verbe employé c’est bien sûr celui qui dit le martyre. Rendre témoignage à la vérité ne peut se faire que par l’exposition de soi, fût-ce au prix de la mort. Non qu’il suffise de martyrs, fanatiques ou kamikazes pour qu’une cause soit juste ou vraie, pour que ce qui est attesté soit vérité, mais qu’une cause qui n’appellerait point de martyrs ne serait pas digne d’intérêt, ne pourrait prétendre à la vérité.

Qu’est donc cette vérité dont on n’imagine pas qu’elle puisse être démontrée puisqu’elle n’est attestée qu’au risque du martyre ? C’est celle de celui qui donne sa vie pour ses amis. Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. La vérité dans laquelle Jésus est engagé de façon vitale s’identifie à la vie-même de Jésus.

Qu’est-ce que la vérité ? C’est la question de Pilate ; elle fait immédiatement suite à notre texte. Le potentat ne reçoit point de réponse car Jésus est à son procès comme la brebis que l’on conduit à l’abattoir, il n’ouvre pas la bouche. Le lecteur de l’évangile quant à lui se rappelle ce qui lui a été dit quelques chapitres plus haut : Je suis le chemin, la vérité, la vie.

Vous voulez savoir ce qu’est la vérité ? Regardez ce qu’en montre Jésus, une vie donnée par amour, une impossibilité de ne pas attester le prix de tout homme aux yeux de Dieu : Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. La vérité n’est pas un message, un savoir, un catéchisme, un credo ; elle est ce dont Jésus s’engage à rendre témoignage jusqu’au martyre : Dieu aime inconditionnellement l’humanité.

Pourquoi alors parler de royauté ? Parce que ce à quoi Jésus fait accéder l’humanité en rendant témoignage, parce qu’une vie donnée par amour pour ses amis, c’est royal, c’est la voie royale de l’humanité, c’est la manifestation de l’humanité dans sa grandeur souveraine. Tout est ici davidique. L’annonce comme mission ou prophétie, messianique, d’une humanité comme grandeur depuis l’horrible du péché, le nôtre comme celui du fils de Jessé, jusqu’au chant de louange adressé au créateur qui donne de pouvoir lui rendre grâce. La grandeur de l’humanité est justement de pouvoir chanter l’action de grâce, de pouvoir non pas être soumise à un dieu terrifiant, mais de vivre dans et de l’amour de Dieu.

Il y a la vérité de ce monde, et elle est vraie, bien sûr : la dignité de l’humanité, sa grandeur. Il y a la vérité qui n’est pas de ce monde et dont Jésus rend témoignage : quelle que soit par ailleurs sa grandeur, l’humanité est révélée en sa souveraineté par l’annonce de ce que Dieu aime les hommes. Les disciples ne savent rien de plus qui serait vérité de l’humanité et dont manqueraient les autres. En effet, l’on n’est pas moins homme à ne pas croire. Et cependant la vérité dont Jésus témoigne n’est pas optionnelle ou superflue. Elle relève de l’excès, de la gratuité, de la grâce. Elle exprime non le sens de l’humanité, mais ce qui excède le sens : l’humanité est royale, de la royauté de celui qui lui révèle que, quoi qu’il arrive, elle est aimée de Dieu.

Si le Christ est roi, c’est-à-dire témoigne de la vérité, c’est parce qu’il manifeste l’excès qui échoit à l’humanité quand elle apprend que Dieu lui-même l’aime.

Texte du dimanche du Christ-roi de l’univers : Dn 7, 13-14 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33-37

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