samedi 8 janvier 2011

Celui-ci est mon fils bien aimé (Baptême du Seigneur)

Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. Quelle déclaration ! Et si Dieu lui-même dit cela de Jésus, qui est cet homme pour qu’ainsi Dieu s’exprime ? Et quel Dieu s’exprime ainsi pour déposer en une des créatures, en cet homme, tout son amour ?
Le temps de Noël se termine aujourd’hui, et l’évangile de ce jour qui relate un événement alors que Jésus a une trentaine d’années, nous ramène à ce que nous avons fêté il y a quinze jours, la naissance de l’Emmanuel, Dieu avec nous dans le temps de l’histoire des hommes.
Le Baptiste a compris d’après Matthieu que ce Jésus, parce que tout l’amour du Père repose en lui, ne doit pas être baptisé. Il n’y a en lui rien à purifier, rien à laver. Il n’y a en lui rien à convertir, à retourner, parce que tout en lui est déjà tourné vers le Père, c’est-à-dire vers les hommes.
Pourquoi alors faut-il laisser faire, pourquoi faut-il que Jean accepte de plonger Jésus dans le Jourdain ? Le texte ne le dit pas. Ce baptême, littéralement ce plongeon, déclenche seulement la voix du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour.
Comme s’il fallait le baptême pour entendre pareille bonne nouvelle. Non que le baptême fasse quelque chose de neuf. Dieu ne l’a pas attendu pour aimer Jésus, pour placer en lui tout son amour. Encore qu’entendre pareille nouvelle transforme la vie de Jésus. Tant que l’aimé n’a pas déclaré son amour, le bien-aimé ne sait pas ou sait sans savoir. La déclaration du Père ne fait rien de neuf du point de vue de Dieu, mais fait toute chose nouvelle pour Jésus.
Parce que Jésus est l’un de nous, comme nous en toute chose ‑ c’est notre foi ‑ c’est aussi de nous que par lui le Père déclare : Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon amour.
Et comme pour Jésus, rien ne change en Dieu, si l’on peut dire, avec cette déclaration. Ou plutôt, point de nouveauté en Dieu après cette déclaration. C’est de toujours à toujours que Dieu déclare à chacun et à tous, Tu es mon fils bien aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. Mais pour ceux qui entendent, voilà qui change tout.
Tous ceux qui autour de nous, dans nos familles, nos connaissances, collègues de travail, copains de lycée ou d’école, voisins ou coéquipiers au sport, membres d’un même club, tous ceux qui ignorent cette voix du Père, s’ils ont une idée de Dieu, ce n’est pas celle que nous entendons après pareille bonne nouvelle. Que Dieu puisse mettre tout son amour en l’humanité, c’est dire que nos petitesses et mesquineries, nos mensonges et horreurs, rien de tout cela n’empêche Dieu de nous aimer. L’homme n’est pas à ce point ignoble que Dieu puisse le détester, ou plutôt, même si l’homme est totalement ignoble, ce qui semble malheureusement si souvent le cas, Dieu ne désespère jamais d’en faire un saint, de se l’unir, de lui donner sa vie à lui, le seul saint. Dans cet amour déclaré, Dieu s’engage pour que chaque homme et tous les hommes soient aimables, à preuve, Dieu lui-même l’aime.
Si chrétiens nous sommes, si disciples de Jésus nous nous disons, cela signifie uniquement que nous avons entendu la bonne nouvelle de cette déclaration d’amour : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour. Cela n’est évidemment pas un savoir que nous aurions appris au caté parce qu’une déclaration d’amour n’est pas un savoir ; elle est l’acte qui bouleverse, change tout, fait toute chose nouvelle, comme une création.
En réponse à la déclaration du conjoint qui dit « Je t’aime », celui qui répondrait, « je sais, tu me l’as déjà dit » serait ridicule. La déclaration d’amour fait entrer dans une vie nouvelle. La déclaration d’amour n’est pas savoir, même si celui qui s’y livre livre aussi ce qu’il pense. Notre baptême, le lieu où nous entendons l’amour de Dieu, change tout. Nous ne savons pas que Dieu nous aime, nous ne savons pas que Dieu existe si nous sommes baptisés. Nous sommes entraînés dans la folle aventure d’un amour ouverte par la déclaration de celui qui, le premier, nous a aimés.
Les non-baptisés sont évidemment aimés de Dieu mais s’ils n’en savent rien, je veux dire, s’ils ne sont pas pris dans l’aventure de l’amour, alors, comme nous, ils sont une création ancienne, vieil homme, non pas perdu ou insensé, mais créature qui rate l’aventure de l’amour, de cet amour, et quel amour ! Parce que tous, baptisés ou non, sont aimés de Dieu, parce que tous, engagés ou non dans l’aventure de l’amour divin, sont aimés de Dieu, ne se joue pas dans le baptême la vie de demain lorsque Dieu apparaîtra et sera tout en tous. Se joue dans notre baptême l’aventure d’aujourd’hui, la folie d’une passion. Dieu s’est déclaré à nous, Dieu nous a déclaré sa flamme. Qui est-il ? Qui sommes-nous ?

Le baptême du Seigneur A : Is 42, 1-7 ; Ac 10,34-38 ; Mt 3, 13-17

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