samedi 14 avril 2012

D'ores et déjà ressuscités avec le Christ (2ème dimanche de Pâques)

Préparation baptême. Lecture de la parabole de fils prodigue (Lc 15). Une parabole qui, si elle parle du pardon, n’emploie pas le mot. Une parabole qui répète par deux fois, deux phrases. Sans doute, ces phrases que le texte répète, méritent-elles que l’on s’y arrête. La première (v. 18-19), dans sa reprise (v. 21) est amputée, comme si elle était inaudible, comme s’il ne fallait justement pas la dire et encore moins la répéter.
La seconde est non seulement quasiment répétée une troisième fois lorsque le serviteur explique que la musique et la fête sont le fait du retour du frère que le père a retrouvé en bonne santé (v. 27), mais elle est encore déclinée, conjuguée, adaptée à la situation. Mon fils que voilà était perdu et il est retrouvé, il était mort et il est vivant (v. 24). Ton frère que voilà était perdu et il est retrouvé, il était mort et il est vivant (v. 32).
La parabole du fils prodigue, et l’évangéliste nous le souligne en répétant le propos, parle de passage de la mort à la vie, ce que l’on appelle résurrection. La parabole du fils prodigue est une parabole de la résurrection.
Mais quel rapport entre la résurrection et le baptême ? Entrer dans la famille des chrétiens, comme l’on dit, en quoi est-ce une histoire de résurrection ? Ne dit-on pas que la résurrection c’est après la mort, au dernier jour, alors que dans le baptême, ce sont souvent des bébés qui sont concernés, et de toute façon plus que rarement des gens qui vont mourir dans la minute.
Reprenons la réflexion des parents de la préparation baptême et tâchons de poser la question pour nous-mêmes : en quoi notre baptême concerne notre résurrection ? Autrement dit, que signifierait que nous sommes ressuscités puisque nous avons été baptisés ? La question trouve sa formulation quasi littéralement dans les Ecritures : « Ensevelis avec le Christ lors du baptême, en lui vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts. » (Col 2,12)
Le texte n’est pas très commode à traduire et du coup à comprendre. En lui vous êtes ressuscités. Que désigne ce en lui ? Est-on ressuscité aussi dans le baptême comme on avait été enseveli en lui, ou est-on ressuscité en Christ ? Par ailleurs, le verbe ressusciter ici employé est « ressusciter avec », sans que soit précisé avec qui. En lui, nous sommes co-ressuscités. Voilà une traduction littérale qui ne permet pas de réduire l’alternative, et qui en ouvre plutôt une seconde, co-ressuscités avec, c’est-à-dire, ressuscités avec le Christ, ou ressuscités avec tous les autres, ressuscités ensemble, parce que l’on ne ressusciterait pas individuellement, mais comme le corps du Ressuscité. Laissons-là ces indécisions pourtant fertiles, et revenons à notre question. Qu’est-ce que cela signifie que d’affirmer que baptisés, nous sommes ressuscités, nous sommes déjà ressuscités ?
Avons-nous déjà été morts pour pouvoir être ressuscités ? Sans aucun doute et le fils de la parabole, bien que jamais cadavre, à mourir de faim, à s’être éloigné du père dans une vie vaine (asôtôs), en dehors de toute issue, dans une vie futile, est bel et bien mort quoique non décédé. Le fils aîné, resté au champ, qui refuse d’entrer dans la salle de la fête, est dans le même cas, mort, bien loin de vivre avec le père malgré les apparences.
Nous sommes morts avant que d’être nés, avant que d’être vivants. Contrairement à ce que, à juste titre, l’observation indique, nous avons d’abord été morts, pour le dire avec la parabole, nous avons d’abord été loin du père, géographiquement ou idéologiquement. Loin de la source de la vie, comment pourrions-nous être autrement que morts ? Je ne parle pas forcément ici de péché, pas plus que la parabole. Je ne l’exclus pas non plus, comme la parabole.
Ainsi, et de manière paradoxale, l’homme peut très bien vivre mort. Il peut très bien vivre loin du père. Et la parabole connaît deux formes de cette mort, celle de la vie hors salut, de la vie bien occupée, prodigue, mais sans but finalement, futile, sans issue. Il a aussi la mort de celui qui se croit vivant, la mort comme vie contente d’elle-même et certaine de son bon droit, d’être sur le bon chemin ; la vie qui prudente, ne se remet jamais en compte au point qu’elle ne voit pas qu’elle insulte le père à lui réclamer un bouc pour festoyer (quel festin !).
Nous sommes morts sans le savoir comme on est aveugle sans le savoir. « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais à présent vous dites ‹nous voyons› : votre péché demeure. » (Jn 9,41)
S’écrier, et s’en étonner, je suis vivant. Etre comme surpris d’être en vie, ne pas concevoir la vie comme une évidence, mais comme une question qui attend non une réponse comme un savoir ou une solution, mais une réponse comme à un appel. Surpris de survivre. Ainsi celui qui aime à la folie. Ainsi celui qui, du fond du gouffre et de la douleur, découvre qu’un rayon de soleil parvient jusqu’à lui, lorsqu’une voix se fait entendre, de la bouche de l’aimé, ou dans le silence du mystère : je t’aime, toi, mon enfant bienaimé, toi celui que mon cœur aime.
La vie avec le père est la vie qui a une issue ‑ et quelle issue ! – la vie divine en partage. La vie avec le père est une vie de manière sauvée, une vie où l’on entend la voix du père, comme au baptême, déclarer : celui-ci est mon enfant bienaimé.
Etre ressuscité, aujourd’hui, maintenant, non pas après la mort, la mort de la chair, mais avant cette mort, être ressuscité aujourd’hui dans la chair, c’est mener notre vie avec ce secret d’amour incroyable : Nous avons entendu et nous avons cru la parole prononcée au baptême : tu es mon enfant bien-aimé.

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