vendredi 6 avril 2012

Qui désobéit à l'enseignement de l'Eglise ?

Dans son homélie pour la messe chrismale (5 avril 2012), Benoît XVI a rappelé les prêtres à l’obéissance. C’était sans doute très bienvenu alors qu’au cours de cette célébration, les prêtres sont invités à renouveler les promesses prononcées au jour de leur ordination, même si le rituel de la messe chrismale ne mentionne pas explicitement l’obéissance.
Un cas de désobéissance est en revanche quasi explicitement mentionné par l’homélie : « Récemment, un groupe de prêtres dans un pays européen a publié un appel à la désobéissance, donnant en même temps aussi des exemples concrets sur le comment peut s’exprimer cette désobéissance, qui devrait ignorer même des décisions définitives du Magistère – par exemple sur la question de l’Ordination des femmes, à propos de laquelle le bienheureux Pape Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur. » (Je cite la traduction française publiée par le site internet du Vatican)
On reconnaîtra sans difficulté l’appel lancé par plus de trois cents prêtres autrichiens en juin 2011 dont le but dépasse largement la question de l’ordination des femmes. Il s’agissait de dire l’urgence d’une réforme de l’Eglise catholique, notamment du presbytérat et du mode de gouvernement, après les affaires de pédophilie et dans le cadre de la restructuration de l’Eglise rendue impérieuse par la sécularisation des sociétés occidentales.
Les signataires autrichiens ne prétendent nullement nuire à l’Eglise, au contraire, et Benoît XVI lui-même prête crédit à leur volonté de servir l’Eglise. « Nous voulons croire les auteurs de cet appel, quand ils affirment être mus par la sollicitude pour l’Église ; être convaincus qu’on doit affronter la lenteur des Institutions par des moyens drastiques pour ouvrir des chemins nouveaux – pour ramener l’Église à la hauteur d’aujourd’hui. »
Le Pape s’interroge sur l’opportunité de la désobéissance pour aider l’Eglise à se réformer, et on le comprend. Mais, désobéissance à qui ? Au Christ ? Ce serait très grave, et il ne semble pas en être question. Certes ‑ est-ce de façon subtile, est-ce de manière fallacieuse, est-ce par manque de rigueur –l’homélie oppose « la configuration au Christ, qui est la condition nécessaire de tout vrai renouvellement » et « l’élan désespéré pour faire quelque chose, pour transformer l’Église selon nos désirs et nos idées ». Désobéirait-on alors à L’Eglise ? Là encore rien n’est dit. Il semble que l’on ait seulement pris ses distances par rapport à des propos, d’ailleurs discutés, de Jean-Paul II. La désobéissance ne porterait-elle que sur un point de l’enseignement de Jean-Paul II ?
La question est de savoir ce que dit l’Eglise et qui ne lui est pas fidèle. Seule la naïveté enfantine peut imaginer qu’il y a les méchants d’un côté et les gentils de l’autre, ceux qui ont tort et ceux qui ont raison, que les méchants ont forcément tort et les gentils raison. Nous ne sommes plus, nous adultes, au pays de Candy ! Il faudrait être tout aussi naïf pour penser que parce qu’il est Pape, ce dernier a forcément raison. Le dogme de l’infaillibilité pontificale, faisant dériver l’infaillibilité du Pape de celle de l’Eglise, n’a jamais voulu signifier ce genre d’inepties. L’histoire de la papauté montre que les errements des successeurs de Pierre sont légion et le dogme de l’infaillibilité pontificale ne peut pas empêcher de le constater.
Dans quelle ambiance culturelle ou intellectuelle faut-il se trouver pour penser que parce que le chef a parlé, ce qu’il a dit est automatiquement vrai ? Depuis les philosophes des Lumières au moins, on a montré qu’il est contraire à la raison de conférer la vérité à la parole du chef sous prétexte qu’il est le chef. Et Nietzche complète la critique de l’instance de la vérité. Pas plus que le chef, aucun groupe ni aucune personne ne peut prétendre détenir le dernier mot de la vérité. Nous sommes livrés au conflit des interprétations, non que l’on puisse dire n’importe quoi ou que la vérité dépende de chacun, mais que désormais, plus rien ne garantit de façon définitive quelque affirmation que ce soit. Le dernier mot de la vérité nous échappe, quand bien même nous ne réduirions pas la vérité à un savoir, quand bien même nous la cherchons dans un engagement éthique, s’il est vrai qu’il n’y a pas de vérité sans amour ni respect d’autrui.
En outre, faut-il rappeler que le chef de l’Eglise catholique n’est pas le Pape, mais le Christ. D’une part cela évite de faire du gouvernement du Pape un régime politique mondain parmi d’autres, d’autre part, et de façon plus décisive, cela situe plus correctement la question. Ainsi que l’affirme le dernier concile, tous sont à l’écoute de la Révélation et personne, pas même le Magistère ne peut être autrement qu’obéissant. « Ce magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui lui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit saint, il écoute cette parole avec amour, la garde saintement et l’expose avec fidélité. » (DV 10)
Tous, le Pape et les prêtres autrichiens, prétendent écouter la parole du Seigneur mais tous ne comprennent pas la même chose, du moins en des points très périphériques quoi que décisifs quant à la conduite de l’Eglise au jour le jour. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’attachement de l’un et des autres au Christ Jésus qui révèle dans l’Esprit la paternité de Dieu ; il ne s’agit pas non plus de remettre en cause leur attachement commun à l’Eglise, qui reçoit mission de faire résonner la parole de Jésus et de louer le Père pour tous les signes du Royaume qui germent dans le monde. Il ne s’agit pas non plus de remettre en cause leur attachement commun à la forme historique de l’Eglise catholique en particulier sa structuration ministérielle et la sacramentalité de l’ordre. Tout cela est bien évidemment reçu unanimement.
Le conflit des interprétations porte sur le choc en retour crée par la sécularisation et la crise des instances de vérité, ou pour le dire autrement, par la prise de conscience de l’historicité de la vérité. Pour être fidèle à l’enseignement de l’Eglise, il ne suffit pas de répéter toujours la même chose. Avec le temps, les mêmes mots, les mêmes expressions, les mêmes pratiques ont des sens différents, de sorte que celui qui ne saurait que répéter serait immanquablement infidèle. C’est pour cela qu’il faut sans cesse commenter les Ecritures, commenter le credo, réinterpréter la tradition de l’Eglise, réinventer l’action pastorale.
Dans l’Eglise, on a toujours su innover pour être fidèle à la tradition et à la mission. Ce n’est pas à nous en tenir strictement et exclusivement au dispositif que Jésus et la génération apostolique nous ont laissé que nous pourrions développer la théologie, les pratiques et la pastorale d’aujourd’hui. Heureusement personne n’y songe, estimant même que l’on fait la volonté de Jésus en développant ces théologies, pratiques et pastorales de façon diversifiée selon les époques et les lieux.
On peut certes parler d’une interprétation différente et même conflictuelle de la tradition de l’Eglise entre ces prêtres autrichiens et Benoît XVI. Parler de désobéissance suppose que le Pape a évidemment raison dans sa compréhension de la tradition et de la mission. Ce n’est pas une possibilité à écarter a priori, mais elle ne saurait être non plus retenue a priori. Le conflit des interprétations doit être instruit et l’on attend du Pape, qui doit veiller à l’unité dans la charité, qu’il en soit le garant.
Jeter le soupçon de désobéissance sur les autres plutôt que de consentir à la contingence, à l’indéfini conflit des interprétations, c’est confisquer l’autorité et la vérité. Cela constitue un abus de pouvoir, même avec la voix la plus douce et l’esprit le plus humble possible que personne ne conteste à l’actuel Pape. Peut-on penser que de telles confiscations expriment l'obéissance à l’enseignement de l’Eglise ?

20 commentaires:

  1. Il me semble que le propos de B16 ne vise pas la recherche théologique de la vérité ni la libre discussion que cela suppose. Le conflit des interprétations doit disposer de lieux et de temps propres pour se résoudre sans se dissoudre ; tout le monde est d'accord là-dessus, sans doute aussi l'ancien expert au Concile Vatican II.
    Je me demande si le souci (pastoral) du pape ne vise pas plutôt la communauté des fidèles prise à témoin par le groupe de prêtres autrichiens. Ils n'ont pas communiqué de façon personnelle, par le jeu institutionnel toujours possible (et d'abord avec et par leurs évêques !). Ou s'ils l'ont fait (ce que j'ignore !), ils ont (aussi) choisi un mode d'expression publique, prenant librement le risque de scandaliser les fidèles confiés à leur sollicitude. Je connais bien des chrétiens, ni béni-oui-oui, ni rases-moquette, qui ne se reconnaissent absolument pas dans ce genre de prises de position médiatico-sensationnelles. De simples baptisés, qui reçoivent avec gratitude une petite mise au point comme celle de BXVI.
    "Nous n’annonçons pas des théories et des opinions privées, mais la foi de l’Église dont nous sommes des serviteurs" ajoute B16 à la fin de son homélie. Le "nous" concerne les prêtres dans l'exercice de leur ministère. Libre à eux de penser autrement et d'avoir des "opinions privées". Mais il y a un temps pour tout.
    +Yann, Nantes

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  2. Je connais nombre des chrétiens, ni progressistes ni docteurs en théologie, qui sont exaspérés par le fait qu'on les prenne pour des imbéciles et qui réclament que les questions soient ouvertement discutées et non réservées à quelques cercles de spécialistes, ce qui permet de les enterrer un peu plus.
    Enfin, les gens ont l'habitude des média et des controverses. Pourquoi dans la foi deviendraient-ils d'un seul coup déboussolés. Et si ces prêtres ont eu recours au média, c'est aussi parce que rien de leur propos n'était entendu par les vois intra-ecclésiales.
    Je me permets de renvoyer à l'ouvrage de A. Naud, Un aggiordamento et son éclipse, La liberté de la pensée dans la foi et dans l'Eglise, Fides, Quebec 1996. On en trouve quelques pages sur le net, notamment à propos du document de Jean-Paul II auquel il est fait allusion, Ordinatio sacerdotalis. (http://books.google.fr/books?id=rEU8x2OiCMUC&pg=PA112&lpg=PA112&dq=ordinatio+sacerdotalis+infaillible&source=bl&ots=krtscPsUwm&sig=XsYXbG_a2zG5-aPlcCM8TtQa-P4&hl=fr&sa=X&ei=QsR-T-j0CsbN0QXS1bX3Bg&ved=0CF4Q6AEwBg#v=onepage&q=ordinatio&f=false)

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  3. Mireille Collet8 avril 2012 à 08:29

    Merci Patrick de cette réflexion. Les chrétiens sont nombreux à être inquiet pour l'avenir de leur Eglise. Comment transmettre à la génération de nos enfants le bonheur de croire quand l'institution se rigidifie face au monde dans lequel ils sont appelés à vivre ?

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  4. Je fais un préambule. Compte tenu de l'image que vous avez de moi il est toujours à craindre que vous me classiez comme provocateur…
    Ce n'est pas l'objet de mes questions.
    ---------

    Vous dites " .... Christ Jésus qui révèle dans l’Esprit la paternité de Dieu "
    Certes, Jésus parle de son père… et lui confère les attributs de la masculinité. Dans la Chapelle Sixtine Dieu est un homme… C'est ainsi en tout cas qu'il fut souhaité par l'église qu'il soit représenté.
    Est-ce l'unique fondement qui interdit la prêtrise aux femmes ?

    Dans mes souvenirs de catéchisme : Marie est la mère de Dieu.
    elle serait donc matricielle d'origine plus que Dieu lui-même.

    Est-il totalement aberrant de penser que des prêtresses puissent rendre un culte divin ?

    Je vous cite encore :
    "Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur."
    j'avoue mon ignorance sur la manière dont le seigneur fait passer ses messages directement au pape.

    Quant à la désobéissance :
    est-ce que la première obéissance n'est pas celle de la fidélité à sa conscience profonde ?
    J'ai toujours eu le sentiment que c'est ainsi que l'homme-Jésus se vivait.
    Je peux toutefois me tromper…
    J'admets qu'elle doit être éclairé.
    Mais pourquoi une femme ne se sentirait-elle pas profondément « prêtre » ?
    il semblerait qu'un tel désir ce soit l'abomination des abominations…

    Un prêtre m'a répondu un jour que je n'avais décidément rien compris… que les femmes qui avaient ce genre de désirs relevaient de troubles du psychisme ( je jure que je n'invente rien)
    Soit !

    Je me permets de penser que vous ne me renverrez pas dans les cordes…

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  5. Je ne sais que répondre aux premières remarques. S'il s'agit de précisions d'ordre catéchétique, c'est assez simple. La figure paternelle de Dieu n'a aucun rapport avec la non ordination des femmes. Je n'ai jamais vu cet argument dans les textes (à la différence de la masculinité de Jésus).
    Que Marie soit Mère de Dieu est une affirmation de nature christologique du concile d'Ephèse en 431. Il s'agit d'affirmer les deux natures en Christ (homme et Dieu) et ce que l'on appelle la communication des idiomes (ce qui est propre à une nature peut être attribué à l'autre). Affirmer que Marie est Mère de Dieu signifie l'unité du Fils. Parce que mère de Jésus, elle peut être dite mère de Dieu. Il s'agit de pousser à l'extrême le scandale de l'incarnation, de la solidarité de Dieu avec la chair.

    Sur le deuxième point, moi aussi j'ignore tout de la manière que Dieu a de faire passer des messages aux Papes. Je ne faisais que citer ou commenter le texte de Benoît XVI.

    Je suis d'accord avec vous en ce qui concerne l'obéissance à la conscience éclairée, ce qui est l'enseignement traditionnel de l'Eglise (cf. St Thomas) à défaut d'être l'enseignement constant. Mon texte ne prend cependant pas le temps de dire ce que devrait être l'obligation de l'enseignement du magistère. C'est sans doute sa limite, sans que cela ne le remette, du moins je le pense, fondamentalement en cause.

    Quant à l'ordination des femmes, je me permets de me ranger sous l'autorité du dominicain Hervé Legrand. Etudiant les objections avancées par le document Inter insiginores de 1976, il se contente d'observer qu'aucune ne tient si ce n'est le fait qu'on ne l'a jamais fait.
    On voit que certains dans l'Eglise, sans doute nombreux surtout si l'on pense aux pays du Sud, ne sont pas prêts à cela. Le passage en force créerait sans aucun doute un schisme. Mais on pourrait attendre du Pape qu'il constate son incapacité et celle de nombreux chrétiens à franchir le pas, reconnaissant en cela sa limite et cessant de faire croire que c'est impossible. Ce serait déjà beaucoup.

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  6. Bonjour,

    Je suis assez d'accord avec vous. Il me semble que sur le sujet de l'ordination des femmes, il n'y a pas d'argument théologique qui s'impose. L'argument de la "nature profonde de la femme" et que prétendre à la prêtrise serait une faute contre l'essence de la féminité est difficilement recevable. La "nature profonde de la femme" on lui a fait dire n'importe quoi, que les femmes ne pouvaient absolument pas être médecin, ingénieur, conduire une voiture, voter, être Président de la République....

    Non, il s'agit d'un choix fait par le Magistère pour des raisons politiques (au sens large du terme) et parmi ces raisons, la volonté de ne pas risquer de provoquer un schisme. Ce choix est assez récent parce qu'avant les années 1950 (ou peut être avant, il faudrait faire une recherche spécifique) l'Eglise était imprêgnée de la théologie du moyen-âge qui considérait que la femme était un être "par nature" inférieur à l'humain mâle et donc le problème de la prétrise "in persona christi" ne se posait pas.

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  7. La Vie a publié un papier à l'occasion de l'homélie de Benoît XVI. Certes, on y parle des petites affaires ecclésiales voire vaticanes. mais bon, pour quelques secondes de lecture, ça peut valoir le coup.
    http://www.lavie.fr/chroniques/matinale-chretienne/le-pape-tacle-l-appel-a-la-desobeissance-06-04-2012-26166_167.php

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  8. J'imagine que vous aller ecrire un article qui va dans le meme sens pour les Lefevristes, n'est pas mon Père?

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    1. Puis-je vous demander d'expliciter votre remarque ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ?

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  9. Il me semble tout de même que l'on prend le problème à l'envers. Juste deux remarques:

    - "Roma locuta causa finita". Le sacerdoce masculin est une affirmation magistérielle qui s'impose à tout catholique. Comme le rappelle l'évangile, ce que Pierre lie sur terre est lié dans les cieux. Cela devrait suffire.

    - Il me semble que l'on inverse la charge de la preuve. Ce n'est à l'Eglise de prouver qu'elle a raison en n'ordonnant que des hommes, et ce depuis ses débuts, de façon continue. J'attends encore l'argument théologique prouvant de façon définitive que l'Eglise catholique peut et doit aujourd'hui ordonner des femmes, abrogeant ainsi une tradition continue héritée des temps apostoliques. Pour l'instant je n'entends que des arguments de commodité voire d'opportunité, comme s'il s'agissait de "vendre" l'Eglise au monde moderne et à cette civilisation dont Bernanos rappelait "qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure".

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    1. Cher monsieur,
      Souhaitez-vous discuter ou bien seulement affirmer ce que vous pensez ? Le statut exact de l'affirmation magistérielle en question, vous le savez sans doute, n'est pas clair et permet pour le moins de poser quelques questions.
      Vous aurez remarqué, quoi que je pense de l'ordination des femmes, que je ne me suis pas prononcé sur le sujet.
      J'ai seulement questionné le fonctionnement du magistère et son recours à l'argument d'autorité qui ne me paraissent pas, c'est le moins que l'on puisse dire, conformes à ce que ce même magistère catholique dit de lui-même et que les catholiques reconnaissent comme dogme.
      J'imagine en outre que vous êtes conscient de votre anachronisme à parler de Pierre et de sa capacité à lier et délier comme si cela désignait le Pape. Pierre c'est métonymiquement l'Eglise, la communauté des disciples. Assurément, on ne peut pas, parce qu'on ne le doit pas, en dire autant du Pape.
      J'imagine encore que vous avez conscience de l'anachronisme, voire du détournement de sens de l'adage latin que vous citez.
      Votre ultramontanisme me paraît vous faire entendre l'infaillibilité davantage à la manière d'un Bonald qu'à la façon dont elle a été définie à Vatican I. Libre à vous certes. Mais à faire passer pareille lecture pour la foi de l'Eglise, vous essayer de faire prendre des vessies pour des lanternes.

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    2. @PR
      j'ai beau avoir relu les textes de Vatican II dans tous les sens, je n'y trouve aucun désaveu de Vatican I.
      Mieux, les derniers papes n'ont jamais manqué d'invoquer la phrase de l'Evangile selon saint Luc: "Qui vous écoute M'écoute".
      J'aimerais que vous me citiez les "auctores probati" qui vous permettent d'affirmer que "le fonctionnement du magistère et son recours à l'argument d'autorité qui ne me paraissent pas conformes à ce que ce même magistère dit de lui-même".
      Pierre "métonymiquement l'Eglise, la communauté des disciples"?? Vous plaisantez je pense, ou du moins je veux le croire. Avez-vous déjà lu (ou même parcouru à le catéchisme de l'Eglise catholique? Si le pape n'est pas le successeur de Pierre, alors l'Eglise n'est qu'une gigantesque escroquerie bimillénaire, et l'Evangile n'est qu'une imposture.
      Alors oui, je suis anachronique, comme l'Eglise est anachronique, et c'est tant mieux pour l'Eglise, faute de quoi elle mériterait la terrible apostrophe de Maurice Clavel:
      "Ne faites pas les flambards, vous avez capitulé, vous êtes des collabos" (in "Dieu est Dieu, nom de D...").
      L'Eglise n'a pas à être de son siècle, elle est dans son siècle et c'est déjà bien assez.

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    3. Qui vous a dit que j’avais dit que Vatican II désavouait Vatican I ? Avez-vous trouvé cela une fois sous ma plume ? Je veux bien que vous m’indiquiez l’endroit où j’aurais été non seulement imprudent mais aussi mauvais lecteur. En revanche Vatican I est cité plusieurs fois par Vatican II et l’on peut parler d’une réception du premier concile par le second. Cependant Vatican I est cité par Vatican II de telle sorte que son sens en est modifié. Cela est vrai pour Dei Filius et la révélation. Cela est vrai pour l’infaillibilité. Pour les références, je vous renvoie à toutes les histoires des dogmes ou tous les commentaires conciliaires. Il y a aussi un célèbre article du Prof. Pottmeyer. Sur ce point, les intégristes schismatiques partagent l’avis de nombreux théologiens catholiques.
      Votre seconde remarque quant à la foi de Pierre. Comment toi qui es maître en Israël tu ignores cela ? Comment, vous qui êtes agrégé, vous ignorez cela ? Cela ne semble guère vous gêner pour asséner ce que vous ne faites que prendre pour des vérités et qui n’en sont pas. Vous savez bien que l’on ne fait pas de la théologie en citant le catéchisme de l’Eglise catholique, lequel du reste, n’est qu’un texte à l’autorité seconde par rapport à bien d’autres documents magistériels.
      Je ne plaisante jamais quand je parle théologie. Et quelques études par exemple de Mgr Batiffol sur la foi de Pierre pourraient vous fournir toutes les références souhaitées (Gabalda 1924, Cerf 1938).

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    4. Aurais-je dit que le Pape n’est pas le successeur de Pierre ? Je ne le crois pas. Encore que ce qui fait du siège de Rome le siège primatial, ce ne soit pas la foi de Pierre, mais le témoignage rendu jusqu’au sang de Pierre et de Paul. Avez-vous remarqué que la fête patronale du diocèse de Rome n’est pas le jour de la chaire de saint Pierre, mais le 29 juin, fête des saints Pierre et Paul ?
      Si tout ce que vous ignorez condamne ce que vous croyez ou savez à n’être qu’une escroquerie, je vous plains. Mais peut-être ne faut-il pas être aussi intégraliste. Peut-être qu’une connaissance non seulement de l’histoire, mais aussi de la tradition de l’Eglise vous rendrait service. Puis-je vous conseiller sur ce point un des ouvrages de Joseph Ratzinger, soit Le Nouveau peuple de Dieu, soit La foi chrétienne hier et aujourd’hui ?
      Quant au rapport de l’Eglise au siècle, j’aurais aimé que les fastes et les frasques pontificales vous eussent donné raison. Mais il me semble que cette précarité institutionnelle, notamment, interdise malheureusement que l’on vous suive. L’idéalisme est toujours coupable. Non seulement il vous fait parler indépendamment de l’histoire, mais il semble vous mener vers une intolérance qui lui est, je le crains, congénitale. Vous pourriez aussi relire le § 44 de Gaudium et spes qui parle de ce que l’Eglise apprend de ceux qu’elle n’est pas, y compris ses détracteurs et persécuteurs.
      Si je mets un frein à mon sarcasme, alors votre compréhension du dogme, outre semble-t-il son manque d’informations, et la mienne (si je puis dire) mettent en évidence un conflit herméneutique. C’est exactement ce dont je parlais dans mon papier à La Croix. A défaut d’être une autorité, son texte donne au moins à penser ; je vous renvoie donc à la réflexion de Ricœur sur le conflit des interprétations et sur le deuil du savoir absolu. Plus ancien, vous ne pouvez que connaître, comme agrégé de philosophie, les deux articles de Maurice Blondel intitulés Histoire et Dogme (1904). Ils sont disponibles dans les Œuvres complètes ou dans le volume des PUF déjà ancien, Les premiers écrits de Maurice Blondel.
      En théologie, l’articulation de la vérité de la foi avec la fin des certitudes a été travaillée par plusieurs auteurs. J’aimerais vous renvoyer à Michel de Certeau. Je pourrais aussi vous renvoyer à mon article paru dans les RSR sur l’herméneutique des énoncés dogmatiques. J’ai peur que cela ne vous agasse plus que cela ne nous permette de nous entendre. Alors, je vous indique le dernier titre de J.-P. Manigne paru chez Bayard en 2011. Je ne suis pas à l’aise avec tout ce que dit l’auteur. Il est trop (bêtement) anti-soixante-huitard (et c’est tellement bien porté aujourd’hui que c’en est suspect au point que je m’étonne de ce que sa lucidité habituelle ne l’en ait point averti) pour moi. Mais sur le point qui nous intéresse, le sens de la certitude de la foi, vous y trouveriez peut-être de quoi faire votre miel.
      Enfin, je vous prie d’excuser le côté fragmentaire de mes références. Je vous réponds depuis l’aéroport et ne prends pas le temps de rechercher sur internet ce dont ma mémoire n’est plus assurée. Vous retrouverez tout cela aisément vous-même si vous le souhaitez.

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  10. @ anonyme (celui qui ne veut pas des femmes).
    Pauvre civilisation que vous semblez rejeter du haut de votre Olympe…
    Et si les femmes étaient ordonnées prêtres, je ne vois pas quelle tradition serait abrogée… Au contraire… Elle serait transcendée.
    je comprends mieux comment tous ces gens d'église vivent dans "un petit entre soi" confortable, alors que la civilisation est en attente… De ce que vous refusez de lui offrir…

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  11. @AlainX
    L'Olympe? diable! Dieu sait pourtant si je ne me prends pas pour un dieu!

    Je ne fais que m'appuyer sur des philosophes et des penseurs catholiques, non seulement sur Bernanos mais aussi sur Maurice Clavel et Maritain, le Maritain d'"Antimoderne" et des "Trois réformateurs", qui constatent - et prouvent définitivement- que le monde moderne s'oppose radicalement à la foi catholique. Pour parler comme Chesterton, la modernité recycle des vérités chrétiennes devenues folles et vides.
    C'est donc une illusion à mon avis mortifère de prétendre que la civilisation est "en attente" de quoique ce soit d'autre que d'elle-même. Je dis la civilisation moderne, pas les hommes de notre temps dont cette civilisation prétend de toutes ses forces arracher le regard spirituel.
    Les catholiques n'ont pas à se soumettre aux injonctions d'une modernité qui ne veut que leur élimination.
    Quelle tradition serait abrogée? Une tradition bimillénaire partagée par toutes les églises apostoliques, catholiques ou orthodoxes, qui veut que le sacrement de l'ordre ne peut être conféré validement à une femme, quels que soient les mérites et la sainteté de cette dernière.
    Au fait, qu'est-ce qui serait "transcendé"? Cette tradition que vous ne reconnaissez pas? A moins que vous prétendiez que l'ordination des femmes ajoute une quelconque transcendance, ce qui reviendrait à une misogynie à l'envers.
    Du reste, il ne me semble pas que l'ordination de femmes ait vraiment aidé l'Eglise anglicane à se transcender. Elle a plutôt aidé à la faire sécher sur pied, si j'en crois ce que me disent mes amis britanniques.

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  12. onfray claudine15 mai 2012 à 14:19

    pourquoi ces appels multiples ( car il n'y a pas que les autrichiens mais de nombreux mouvements d'Eglise, pas hors d'Eglise )à un changement radical de l'Eglise?
    parce que la parole est confisquée, les synodes encadrés, les évêques épiés....
    en 1962 une fenêtre a été ouverte par un Pape Jean XXIII qui pensait que le monde pouvait être bon, que Dieu l'aimait plus que sa vie si on peut le dire ainsi,
    que sa mission n'était pas de mettre la Lumière sous cloche mais au grand vent du monde.....
    50 ans après on veut refermer les fenêtres par peur du vent!
    sommes-nous ainsi fidèles à notre Baptême?
    sommes-nous crédibles ?
    claudine

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  13. @onfray claudine
    Pourquoi ces appels multiples?
    Il y a d'abord l'effet de loupe médiatique. Les signataires de ces appels sont en réalité peu nombreux, mais il bénéficient d'une visibilité sans proportion avec leur réelle importance. Ils font vendre: ils donnent de l'image et des émissions de plateau qui feront venir le public. Contester le célibat de prêtres le sacerdoce masculin, évoquer questions de pédophilie est toujours plus rentable (y compris financièrement) que d'analyser la dernière encyclique de Benoît XVI.
    Le mécanisme est d'autant plus puissant que la quasi totalité des journalistes en charge des questions religieuses se montrent d'une inculture abyssale en ce qui concerne le catholicisme. Ce n'est d'ailleurs pas forcément leur faute. De plus, ces journalistes manquent de temps pour approfondir les dossiers et il ne peuvent présenter qu'une vision superficielle et tronquée de la réalité, la version la plus "glamour".
    Malheureusement, cette inculture est le plus souvent partagée par nombre de catholiques qui ne prennent même pas la peine de savoir ce que dit leur religion.
    Je crains que des mouvements du type "Wir sind die Kirche" ou "Les réseaux du Parvis" ne soient que les idiots utiles de cette manipulation.
    L'Eglise n'est pas une simple association de croyants. Elle comporte des éléments de source divine dont nul ne peut disposer, ou alors on cesse d'être vraiment catholique. Ce sont les limites intangibles à toute revendication de "changement radical" et c'est l'une des causes de l'antipathie forcenée que lui voue la civilisation moderne (je sais, je me répète).
    Faute de quoi, il n'y a plus de religion chrétienne, seulement une idéologie "chrétienne" tendance bisounours qui rend d'ailleurs la mort et la résurrection du Christ totalement inutiles (tout comme l'Eglise)
    L'Eglise n'est donc pas non plus cette institution policière que vous décrivez. Simplement sa hiérarchie a en charge l'instruction (munus docendi) et la sanctification (munus sanctificandi) des fidèles. Il est donc normal que cette hiérarchie, qui tient son autorité de la continuité apostolique et non d'un vote, exerce un droit de contrôle et de validation de l'enseignement dispensé en son nom et des sacrements. Jean XXIII, auquel on a prêté beaucoup, n'a jamais dit autre chose.
    Alors mettre la Lumière sous le boisseau ou, comme vous dites, sous cloche? Certes non. Mais il y a deux façons de mettre cette Lumière (et cette Vérité) sous cloche: la cacher au cœur d'une secte (ce qui va au rebours des exigences de l'Evangile) ou en raboter tout ce qui peut sembler choquant à la mentalité contemporaine pour en présenter finalement un visage mensonger. Les premiers Chrétiens ne s'y sont pas résolus qui ont préféré la mort plutôt que sacrifier aux idoles de leur époque.
    Mais eux étaient fidèles à leur baptême et c'est pourquoi ils étaient crédible... jusqu'à la mort.

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    1. Vous avez raison : théorie du complot et appât du gain expliquent tout. Moi-même, sur ce blog, je gagne des mille et des cents. De la même manière, exactement dans la même proportion, je ne perds jamais mon temps à répondre aux allégations du type des vôtres.
      Quel mépris pour ceux qui ne pensent pas comme vous ! Réduire une pensée à son intéressement prétendu voire calomnieux n’est en rien digne d’une argumentation et encore moins de la charité évangélique. Cela vous dispense seulement de penser. Cela vous conforte dans vos certitudes.
      Le manque de culture dont vous parlez n’est pas où vous le situez.
      Je me suis fais une règle de publier sur ce blog tous les commentaires sauf ceux qui sont injurieux, diffamatoires ou contraire à la loi. Aussi, ai-je beaucoup hésité avant de publier votre commentaire tant vous semblez confondre arguments et propos de caniveaux. S’il vous est possible de faire valoir votre point de vue d’une autre façon, je serais heureux de le publier et d’engager un dialogue. Cela est tout simplement impossible à l’heure actuelle.

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  14. Je reçois ce jour deux commentaires à ce post de M. Pascal Jacob. 13h28 et 13h35. Le second s'étonne que le premier ne soit pas publié et imagine la censure. "Mais mon commentaire à ce sujet n'a étrangement pas été publié".
    Que M. Jacob veuille bien imaginer que l'on peut ne pas être 24h/24 à attendre ses commentaires pour les publier aussitôt !
    En outre le ton de ses commentaires, leur absence systématique d'ouverture au dialogue, leur genre exclusivement donneur de leçons qui se garde bien de se remettre lui-même en question m'incitent effectivement à ne pas les publier. Et j'attends qu'un défenseur de la vérité comme M. Jacob crie au scandale et à la censure. Le droit à défendre la vérité s'accorde mal avec le pluralisme des idées et a coutume de manier la censure. M. Jacob devrait le savoir. Et qui revendique le droit à la censure ne peut s'en plaindre lorsqu'il en est l'objet.
    En outre je ne prends pas grand plaisir à me faire insulter sur mon propre blog. Je cite : "Votre réflexion [est-il dit d'un commentaire] est l'exemple typique du mal que font des gens comme le P. Royannais, dont la mission serait plutôt de dire la foi de l'Eglise que ses propres lubies."
    Comme si effectivement je pouvais trouver normal, nullement insultant, voire médisant, calomniateur, que mon action pastorale, aucunement connue de ce M. Jacob, soit ainsi traînée dans la boue.

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