samedi 12 mai 2012

Je vous appelle amis / Jn 15,15 (6ème dim. de Pâques)


Je vous appelle amis (Jn 15,15). A-t-on jamais entendu semblables propos de la part d’un dieu ? Même dans l’Eglise on semble les ignorer malgré par exemple un bestseller comme le livre de l’ancien général de dominicain, le très charismatique Timothy Radcliffe.
Ainsi, n’est-il pas rare que des chrétiens soient étonnés voire offusqués lorsque l’on parle de Dieu comme d’un ami. Cela fait baba-cool, hippy ou soixante-huitard. Cela ne préserve pas le respect dû à la transcendance divine. Il convient au contraire de développer le sens de la transcendance, le sens du sacré, que nie la promiscuité de l’amitié.
Il est encore moins rare que, même en acceptant cette manière de parler, les chrétiens soient étonnés qu’il ne s’agisse pas d’une invention de prédicateur en mal de modernité. C’est Jésus lui-même qui s’exprime ainsi. Nous l’avons entendu : je vous appelle amis, je vous appelle mes amis. Il faudrait peut-être traduire je vous dis amis. Quand il s’adresse à nous Jésus nous dit amis, c’est effectivement notre nom. Ce n’est pas qu’un qualificatif mais c’est un vocatif. Ce n’est pas une information sur nous, mais un terme de l’interlocution, du dialogue.
On parle de Dieu comme le tout-puissant, comme le tout-autre, comme le maître de l’univers. On peut en parler comme d’un père ; la prière du Notre Père nous y habitue. En parler comme d’un époux ou d’un ami, voilà qui ne se fait en définitive que très peu au point de pouvoir surprendre nombre d’entre nous.
Avec époux et père, ami dit la proximité de Dieu. Il l’a dit plus encore, si l’on pense que dans l’amitié, la parité et la réciprocité sont totales, ce qui n’est pas la première caractéristique de la relation paternelle et, quoi que l’on puisse souhaiter, par forcément non plus ce qui se passe entre conjoints.
Nous sommes de sa race, rapportent les Actes. La relation à Dieu est de proximité au-delà de ce qui se peut dire à partir de l’idée de Dieu. Nous le disons, à l’optatif, à chaque eucharistie : comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. Notre vocation est sa divinité.
C’est l’admirabile commercium liturgique. C’est la tradition des Pères grecs, parmi lesquels, dès l’an 180, Irénée de Lyon. Il s’est fait cela même que nous sommes pour que nous devenions cela même qu’il est.
« Quel autre doit régner sans interruption et à jamais sur la maison de Jacob, sinon le Christ Jésus notre Seigneur, le Fils du Dieu très haut, de celui qui, par la loi et les prophètes, avait promis de rendre son salut visible pour toute chair, de sorte que ce fils de Dieu deviendrait fils de l’homme pour qu’à son tour l’homme devint fils de Dieu ? » (AH III 10 2)
Oublier cela, oublier la vocation divine de l’humanité, non pas seulement la vocation que Dieu réserve à l’humanité, mais la destinée de l’humanité à être divinisée, oublier cette amitié, quasi réciprocité, c’est oublier le cœur de la foi et ravaler la discipline de Jésus à un culte parmi d’autres, peut-être excellent, mais en rien nouveau. C’est cela l’incarnation.
Quasi réciprocité, ainsi que l’évangile le dit, parce que ce n’est pas nous qui l’avons choisi. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis, pour que vous portiez du fruit. » Comment sans sombrer dans la démesure se dire amis de Dieu ? Peu importe notre chemin vers Dieu ici, importe seulement le chemin de Dieu vers nous. Ainsi, c’est lui qui nous a choisis, c’est lui qui nous a appelés. Et comment pourrait-il en allez autrement ?
L’admirable échange n’a d’autre but que la plénitude de la joie, c'est-à-dire la gloire de Dieu et la vie de l’homme qui sont une seule et même chose.

3 commentaires:

  1. Merci à nouveau, Patrick, de ces commentaires toujours éclairants. Hier, discutant avec des amis, je réalisais une nouvelle fois la difficulté de leur parler d'une foi qui ne soit pas sacrée, l'impossibilité pour eux de concevoir un dieu qui ne soit pas inaccessible. Parler de Dieu comme ami, c'est prendre le risque de passer pour un illuminé et, surtout, c'est accepter de déconsidérer soi-même la religion chrétienne. Quel intérêt y a t-il, mais quelle beauté aussi, à croire en un Dieu qui ne domine pas l'homme ? Quand je parle de Dieu, je ne dis pas grand-chose, et c'est très bien ainsi.

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  2. Oh, Joseph est vivant ! Que deviens-tu ? Si t'es à Paris cette semaine, fais signe.

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  3. Très beau commentaire avec lequel je 100% d'accord...Non seulement nous sommes ses amis, mais aussi ses frères! ...jusqu'à devenir Lui-même ...("Ce n'est plus moi qui vis mais Jésus-Christ qui vit en moi"...Car nous sommes fils de Dieu par Lui, avec Lui et En Lui ...la conscience de notre humano-divinité est la clé pour connaitre notre véritable identité.

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