samedi 30 juin 2012

Dieu n'a pas fait la mort (13ème dimanche)

Il faut faire reculer la mort, il est urgent de faire reculer la mort. Elle est l’ennemie de Dieu, contraire à son dessein, sa plus grande ou dernière ennemie si l’on en croit Paul ; « le dernier ennemi détruit, c'est la Mort » (1 Co 15,24).
Il faut faire reculer la mort qui non seulement afflige l’homme mais encore rend impossible la confession d’un Créateur amoureux de sa création. L’affliction, Jésus la connut, pleurant la mort de son ami Lazare, suant sang et eau à l’approche de sa propre mort. Quant à l’échec de la création, quant à l’impossibilité d’un Dieu bon tant que la mort persiste, c’est ce que reconnaît par exemple saint Thomas d’Aquin, mais aussi le bon sens le mieux partagé. Si le mal existe, et il existe, Dieu n’existe pas.
« De deux contraires, si l’un est infini, l’autre est totalement aboli. Or, quand on prononce le mot Dieu, on l’entend d’un bien infini. Donc, si Dieu existait, il n’y aurait plus de mal. Or l’on trouve du mal dans le monde. Donc Dieu n’existe pas. »
Peut-on glisser, quasi subrepticement de la mort au mal ? La mort est l’expression hyperbolique du mal. Elle rassemble toutes les formes de maux et les porte à leur paroxysme, qu’il s’agisse du mal subi ou commis, du déchaînement de la nature ou de la haine, du mal moral ou du mal sans responsable.
Faire reculer la mort, c’est faire reculer le mal. Et il n’y a pas une minute à perdre ainsi que le raconte l’évangile de ce jour (Mc 5,21-43), ainsi que le rapporte tout l’évangile, particulièrement celui de Marc. On dirait que dans la Palestine que Jésus traverse, il n’y a que des malades, des envoûtés, des morts. A lire les journaux, il se pourrait que l’on ait pour aujourd’hui la même impression. La liste de s’arrête jamais des amis dont on apprend la maladie ou un pépin, des pays en guerre, de l’injustice et de la faim dans le monde.
Le passage de Jésus dans ce monde peut-il comme hier faire reculer la mort et le mal ? Telle serait notre foi si du moins elle n’en restait à une histoire ancienne. La femme qui saigne depuis douze ans, la fillette morte à 12 ans, deux totalités enchâssées l’une dans l’autre pour dire l’éternité de la mort, hier, aujourd’hui.
Si la réplique chrétienne, si la réplique de Jésus au mal et à la mort n’est que pour demain, quand nous serons morts, lorsqu’il n’y aura plus rien, elle ne vaut rien. La vie éternelle, c’est maintenant ou bien ce n’est que le rien d’un fantasme, l’illusion d’un autre monde pour ne pas exiger de ce monde-ci les promesses dont il recèle. Dieu n’a pas fait l’homme pour la mort. « Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il a créé toutes choses pour qu'elles subsistent. […] Dieu a créé l'homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu'il est en lui-même. » C’était notre première lecture (Si 1,13. 2, 23).
Je dis réplique au mal et non réponse. Parce que répondre, ce serait dialoguer, ou au moins raisonner. Or le mal est sans raison et en chercher l’explication serait lui donner raison, ce qui ne doit surtout pas se faire. Le mal a toujours tort. Tout ce qui tue a toujours tort. « Dieu n’a pas fait la mort. »
Que faire alors ? Quelle a été la réplique de Jésus ? Il est passé, n’a pas détourné sa face divine de l’horreur, son cœur d’homme de l’inhumain. Il a traversé, et dans l’urgence, il a soulagé, guéri, rendu la vie. Il y a urgence de répliquer, de faire reculer le mal en s’engageant décidément contre lui comme nous l’avons promis au jour de notre baptême. Rejetez-vous le mal et le péché et ce qui y conduit ? Le rejeter c’est le dénoncer, sans cesse, crier avec les victimes pour dire non, relever les manches pour tenter d’endiguer le mal si l’on ne peut pas le faire reculer.
Les techniques et la médecine diront certains sont plus efficaces que Jésus pour faire reculer la mort. A supposer que la technique ne soit pas aussi force de destruction de l’homme, elle est effectivement à notre service et c’est par elle aussi que nous retroussons nos manches pour faire reculer la mort. Mais la vaincre est une autre affaire. Nous le savons par exemple lorsqu’il n’y a plus rien à faire pour tel malade si ce n’est à être là pour lui tenir la main alors que s’avance l’inconnu du grand passage.
Si la mort est le dernier ennemi c’est que, bien que, nous le croyons, vaincue par Jésus, son empire demeure. La victoire de Jésus n’est crédible que par notre engagement contre la mort, contre le mal. Rejeter le mal, le dénoncer, l’endiguer et compatir n’est pas qu’une histoire de morale, de recherche du bien. C’est une profession de foi. C’est ce qui peut laisser Dieu exister.




Seigneur, nous te prions pour que l’Eglise se tienne toujours aux côtés de ceux qui luttent contre la mort et l’injustice, contre le mal et la violence, afin qu’ils trouvent en elle la maison familiale où ils viennent refaire leur force, auberge du Bon Samaritain ou d’Emmaüs.

Seigneur, nous te prions pour ceux qui souffrent et crèvent, en Syrie, au Nigéria, au Mali, en tant d’autres endroits encore. Qu’ils sachent trouver en toi et dans leurs frères le réconfort et la paix.

Seigneur, nous te prions pour ceux qui partent en vacances. Qu’ils emploient ces jours de repos à travailler à leur humanisation et à celle de ceux qu’ils rencontreront. Nous te prions aussi pour ceux qui n’auront pas de vacances, parce qu’ils n’ont pas de travail, parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

4 commentaires:

  1. Merci pour cette invitation forte à lutter contre la mort. Il me parait un peu fou de croire que Dieu puisse "exister" grâce à nous. S'il peut déjà se manifester ça me parait bien.
    Cet engagement contre le mal est aussi un travail personnel, un chemin intérieur pour renoncer à tout ce qui nous enferme... l'orgueil, la peur, la colère, l'envie... pour vivre en ressuscité. Se relever, vivre en homme debout. Car le mal, c'est d'abord en moi que je le vois à l'oeuvre. Ce qui n'empèche nullement d'être présent aux côtés de nos frères qui souffrent. Et si c'est une profession de foi, c'est, pour moi, le chemin de vie, non pour bien faire mais plutôt pour vivre, en vérité, libres.

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  2. Dominique Bargiarelli2 juillet 2012 à 08:49

    "Faire reculer la mort c'est faire reculer le Mal" dites-vous entre autres choses.
    Cela me semble en partie vrai , et je dis en partie car de toute façon c'est tout de même la mort qui aura le dernier mot me semble-t-il.
    Par contre la mort c'est aussi le mal qui est en nous et dans ce combat-là nous pouvons être efficaces avec l'aide de la grâce bien entendu ,et il me semble que le combat du chrétien se situe à ce niveau-là essentiellement

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    1. En partie dites-vous ? C'est toute l'anthropologie biblique qui fait de la mort l'expression du péché !
      Mais à part cela, que vouliez-vous dire ? Je n'ai pas compris.

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  3. Dominique Bargiarelli2 juillet 2012 à 12:10

    Alors peut être que c'est moi qui ne comprends rien à vos messages ,car vous me donnez l'impression de parler essentiellement de la mort physique.Lutter contre celle-ci est une chose excellente assurément, mais lutter contre le mal n'est-ce que cela, et lutter contre le mal qui est en nous et qui nous empêche de faire le bien que nous voudrions faire n'est-ce pas largement aussi important?
    Or dans votre prière cet aspect des choses me parait totalement absent.
    Dénoncer le mal , n'est-ce pas parfois dénoncer l'autre ,toujours l'autre et ne pas trop s'interroger sur le mal qui est en nous?

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