mercredi 14 août 2013

On ne parle pas de Marie mais de résurrection (Assomption)

Lorsqu’on lit l’apôtre Paul, le plus ancien auteur chrétien dont nous ayons des écrits, et qu’on le compare avec les évangiles, on constate des différences importantes. C’est certes le style propre à chaque auteur, mais surtout la manière de présenter Jésus. Chez Paul, à la différence des évangiles, on ne voit pas Jésus sur les routes, à la rencontre des gens.
Certains accusateurs du christianisme font de Paul son inventeur contre Jésus. De fait Jésus n’a rien inventé, surtout pas une nouvelle religion. Mais Paul n’a rien inventé non plus, il s’est compris comme disciple, serviteur, esclave de Jésus.
Qu’est-ce que les communautés fondées par Paul connaissaient du Jésus que nous livrent les évangiles ? Faut-il penser que la prédication de Paul était différente de vive voix et dans ses lettres ? Cela semble curieux. Il y aurait donc un évangile de Paul ‑ c’est une de ses expressions – qui ne raconterait pas grand-chose de la vie de Jésus.
Que dit cet évangile ? Son point de départ semble les questions que se posent ses destinataires sur la vie, leur attente de la justice, leur déception de vie commune en famille comme dans la cité, leur désir de servir un Dieu qui permette de ne pas recourber ce monde à ce que les puissants en manipulent. Le point de départ, ce sont aussi les questions qu’il pose lui-même, les questions que l’on ne se pose pas, par confort et sommeil dogmatique, comme on dira plus tard, à cause des chrétiens installés, contre cet évangile.
Paul, c’est l’expérience du péché. Rendez-vous compte. Au nom de Dieu il a persécuté, mené à la mort. Faire de Dieu la cause du mal, n’est-ce pas le péché le plus terrible ? Non seulement criminel, mais criminel pour faire le bien, entraînant Dieu dans le mal, tuant ainsi Dieu lui-même. Y aura-t-il une délivrance, une rémission, un salut ? Si c’est l’observation de la loi qui a conduit à pareil mal, seule la gratuité de l’amour qui disqualifie la loi, non par anarchisme, mais parce qu’elle est toujours trop étroite, a la force de nous relever, de nous ressusciter.
Et comment l’amour nous aura-t-il ainsi relevés ? Par la destruction de l’injustice, par la destruction d’un homme qui dans l’histoire représente et rassemble toutes les justes bafoués. Un juste parmi les justes, peut-être le seul juste véritable, à été tué pour sa justice. A dire vrai, lorsque ce juste parlait de justice, il parlait de Dieu : cherchez d’abord le royaume et sa justice, et tout le reste vous sera donné de surcroît. Jésus a été tué à cause de Dieu. Les religions tuent pour faire le bien, qu’elles soient théistes ou athées. Le plus grand crime, c’est de tuer Dieu au nom de Dieu, ce que l’on continue à faire lorsque l’on transforme l’évangile en force d’oppression. 
Qui donc est cet homme qui conforme sa vie à la justice de Dieu, qui engage sa vie pour défendre la cause de Dieu ? Qui osera défendre la cause de Dieu, non par la force des armes, mais par la faiblesse et l’acceptation du mépris ? Qui osera défendre le Dieu tout-puissant des religions en s’identifiant au paria ? Le seul qui fit de Dieu l’amour seul, la gratuité seule, renversant par le fait-même, tout ce qu’on avait toujours pensé de Dieu, tout ce que l’on pense toujours de Dieu. Il disperse les superbes, renverse les puissants de leur trône, renvoie les riches les mains vides.
Voilà l’évangile de Paul. Dans ces conditions, il ne semble pas utile de parler de Marie. Son prénom n’apparaît pas dans ses lettres, et l’on ne trouve qu’une allusion dans les Galates. Dans ces conditions, point de miracles ni de paraboles, point ou presque aucune parole rapportée. Seulement la présentation de cette chose extraordinaire : cherchant à vivre malgré l’injustice que nous commettons si nous sommes comme Paul, ou que nous subissons, si nous sommes comme ceux auxquels Jésus s’est identifié, malgré le fait que nous ne fassions pas le bien que nous souhaitions mais le mal que nous ne souhaitons pas, malgré le fait que les promesses d’une vie heureuse paraissent tromperie, nous pouvons être saisis par celui qui relève, nous pouvons être bouleversés par la lumière qui enfin éclaire nos ténèbres.
Et si la fête de ce jour à un sens, c’est bien celui-là, que semble accréditer notre seconde lecture. On ne parle pas de Marie mais de l’aventure de la foi qui est libération. On ne parle pas de Marie mais de la résurrection, et s’il faut parler de Marie, ce que la dévotion semble imposer plus que les Ecritures, ce sera comme une de celles qui ont reçu la puissance de vie et d’amour du Dieu de la grâce, de la gratuité, une des vivantes, ressuscitée.
Il aime. Pour rien, seulement parce qu’il nous aime. Il relève les humbles, et d’abord les persécutés pour la justice ; il comble de bien les affamés. Imaginez-vous un Dieu qui se penche sur son humble servante ? Non seulement sa grandeur le lui interdit, mais en plus, ce n’est pas pour appuyer et s’allier à un roi puissant, image de sa gloire, qu’il se courberait. C’est pour une servante et une femme ! Comment mieux dire, et pas seulement dans le contexte de la domination masculine de l’Antiquité, que Dieu est du côté du dernier, et que c’est cette position, qui donne à ce petit, au bout de l’agonie injuste, de reprendre souffle, de se réveiller, de ressusciter.

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