samedi 24 août 2013

Peut-on être saint et roi ? Peut-on être chrétien dans le monde d'aujourd'hui ? (Fête de saint Louis)

1 R 3,11-14  -  1 Co 2,1-10  -  Mt 5,38-48

Lorsqu’Henry de Saureulx, en 1613, rédigea son l’acte de fondation de l’œuvre qu’il voulait créer au service des pauvres, il la mit sous le patronage de saint Louis, roi de France. Ainsi depuis 400 ans, ce qui allait devenir, à côté de l’hôpital et du collège, une paroisse porte le nom de saint Louis, fêté le 25 août, le jour de sa mort en 1270, aux portes de Tunis.
En quoi Louis peut-il être pour aujourd’hui un modèle de sainteté, un saint patron ? L’homme qui partit deux fois en croisade peut-il être invoqué comme un frère qui indique par sa vie un chemin pour suivre le Christ ? Il est évident que ce qui nous révulse aujourd’hui, l’idée d’une guerre sainte, n’avait pas le même sens pour les contemporains. Et l’on ne peut comprendre que l’on fait œuvre de justice à faire la guerre au nom de Dieu. Déjà au treizième siècle, les croisades sont critiquées. Plusieurs décennies avant le départ de Louis pour l’Orient, saint François d’Assise avait rencontré pacifiquement le sultan ; et les contemporains de Louis, dans un pays qui s’était enrichi, n’avaient plus envie de laisser leur terre peut-être pour toujours à l’abandon, préférant assurer la direction de leur exploitation et l’administration des affaires civiles.
Pour une dynastie médiévale, la canonisation de l’un des siens n’est pas sans intérêt, et l’on avait déjà essayé de faire reconnaître la sainteté de Philippe Auguste, le grand-père de Louis. Il fallut attendre presque trente ans pour qu’en 1297 Boniface VIII reconnaisse la sainteté de Louis, non sans qu’il ait quelques avantages dans cette affaire, tant étaient difficiles les relations avec le roi de France du moment, Philippe le Bel, petit fils du saint.
On peut retenir au moins trois véritables raisons de reconnaître en Louis un authentique disciple du Christ, son amour de la croix, sa promotion de la justice, sa volonté d’être saint.
Le culte des reliques n’est plus vraiment à notre goût. Lorsque Louis achète la couronne d’épines, relique de la passion, et fait construire la sainte chapelle comme écrin pour la recevoir, il exprime, comme en d’autres occasion, un véritable attachement à Jésus, roi d’humilité, à son humanité que ses souffrances rendent plus attachant encore. Pour accueillir la couronne du roi pauvre et bafoué, le roi s’humilie et vit comme son Seigneur. Les courtisans lui reprochent son excès d’ascèse, non seulement personnelle, mais imposée au royaume à travers l’interdiction des jeux et de la prostitution. Le roi sa fait pèlerin en terre sainte comme en son pays, à marcher nu-pieds derrière le Christ. « Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. » Non seulement c’est le cœur de la foi qui est ainsi médité mais l’on se prend à rêver que les puissants de ce monde, les gens riches, nous pour partie, consentent à vivre dans un peu de frugalité pour un peu plus de justice. Louis donnait lui-même à manger aux pauvres, aux lépreux, comedor social de l’époque, imitant François d’Assise, époux de Dame pauvreté. Il est connu pour ses larges aumônes, ce que l’on appelle aujourd’hui le partage.
Son sens de la justice passe surtout pas des ordonnances qui organisent le royaume et luttent contre la corruption des institutions. Il faut que le pauvre comme le riche soit traité correctement, on ne pourra condamner personne sans qu’il y ait procès, on reconnaîtra toujours la présomption d’innocence. En ce qui concerne ses relations avec l’empereur et le pape, Louis essaiera d’avoir le même sens de la justice, invitant à la concorde, ne jetant jamais d’huile sur le feu. « Donne à qui te demande, ne te détourne pas de qui veut t’emprunter. […] Moi je vous dis, aimez-vos ennemis. »
Louis qui juge, image de Dieu souverain juge, cherche d’abord à faire correctement son métier de roi. On peut penser qu’il se serait bien fait mendiant, de l’ordre de Dominique ou François, Mais que sont ces velléités, et nos retraites spirituelles et séjour en monastère, si notre manière de tenir nos responsabilités ou notre incurie laissent proliférer l’injustice ?
Certes, Louis vit comme un moine, aime réciter l’office, pratique le jeûne et l’aumône. C’est que la sainteté n’est pas réservée aux gens de religion. Louis est convaincu que lui aussi peut et doit suivre Jésus, être disciple. Une sainteté, peut-être pas encore pour tous, mais qui est déjà arrachée au monopole des clercs et religieuses. Il est possible dans ce monde, quelles soient nos responsabilités, par exemple celles d’un roi du treizième siècle, d’être disciples de Jésus, de l’aimer, de le chercher, de le servir dans les frères à commencer les plus pauvres.

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