samedi 1 mars 2014

La divine Providence (Mt 6,24-34). 8ème dimanche du temps

Nous sommes au début des années 30. Un jeune pasteur luthérien tente d’exprimer ce que signifie la foi. Le contexte théologique n’est pas facile. L’histoire devient la norme de la vérité de sorte que l’accès à Jésus est déterminé par les résultats de la science historique. Jésus est l’objet de travaux passionnants et passionnés, est-il encore un maître dont on est disciple en le suivant ?
Le contexte pastoral est difficile aussi. Etre chrétien, c’est partager une conception du monde qui finalement n’interfère guère avec la vie quotidienne. Là non plus on ne trouve de suite du Christ, mais seulement un ethos, une civilisation, le christianisme.
Le contexte politique enfin est difficile. Peut-on comme disciples de Jésus valider les dispositions de Hitler contre les Juifs ? Etre disciple de Jésus a des conséquences morales et politiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec la défense d’une société voire d’une civilisation, mais avec la justice du Royaume. Horreur pour le chrétien qui voit son Eglise préférer son statut à la vérité de l’évangile, son confort et ses avantages acquis à la suite du Christ. Chercher le royaume et sa justice passe parfois pour le chrétien dans le désaccord avec celle qui lui est si chère, l’Eglise.
Le jeune pasteur théologien avait déjà appris à découvrir chez les anticléricaux et athées une vérité que les Eglises niaient. Le monde n’est plus religieux. Il n’y a pas péché à quitter le religieux, mais destin de l’évangile lui-même. La science explique le monde sans recourir à Dieu. Nous organisons nos vies sans Dieu. La magie ou la superstition, les miracles ou les apparitions ne convainquent d’ailleurs pas plus les athées que les chrétiens. On peut toujours parler de l’action de Dieu dans le monde, pour sauvegarder le discours, cela ne fait pas que l’on compte sur semblable action, quitte à ce qu’une schizophrénie s’installe entre le discours religieux des chrétiens et leur comportement parfaitement sécularisé.
Faut-il revenir en arrière ? Faut-il ré-enchanter le monde ? Faut-il se convaincre des miracles et s’émerveiller des conversions ? Tout cela serait bien artificiel et ne conduirait qu’à folkloriser la foi ou à laisser se déchaîner un religieux sauvage.
Nous ne sommes plus religieux. Les autorités sont désacralisées, et combien c’est important alors que, comme des païens, les nazis sacralisent le Führer. Dans les Eglises il ne faudra pas beaucoup de temps pour que soient contestés le curé, l’évêque et même le Pape.
Notre homme ne revient pas en arrière. Il pose la question : comment vivre l’évangile dans un monde non religieux ? Comment annoncer l’évangile à un monde non religieux ? Et c’est une de nos questions encore. Ils sont nombreux ceux qui se réfèrent à l’évangile, beaucoup moins ceux qui participent au culte, expression de la religion s’il en est.
L’évangile de ce jour (Mt 6,24-34) me semble devoir se lire sur fond de ces questions, de cette compréhension de la foi, de la religion et de la société. Que signifie ne se soucier que d’aujourd’hui dans la recherche de la justice du royaume ? Que signifie s’en remettre à la providence de Dieu si ce monde n’est pas religieux, s’il ne se comprend pas visité par Dieu ? Et je le redis, ce monde n’est pas face à nous, hérétique ou en perdition, mais nous pensons comme lui. L’autonomie des réalités terrestres a été affirmée à Vatican II.
Pouvons-nous encore parler de providence si Dieu n’intervient pas dans le monde ? Auschwitz représente par excellence la non intervention de Dieu. Si Dieu n’est pas intervenu à Auschwitz, c’est qu’il ne le pouvait pas, ou alors Dieu est un monstre. Et ce que certains d’entre nous en appellent miracles, conversions ou autre choses extraordinaires est insignifiant par rapport à six millions de Juifs exterminés, sans compter toutes les autres horreurs du XXème siècle. Et Dieu n’a rien fait.
Nous vivons dans un monde non religieux. Nous ne sommes plus religieux. Que devient l’évangile ? Que signifie la providence, la bonté de Dieu à notre égard ? Comment pourvoit le Dieu d’amour si le monde n’est plus le lieu de sa présence ? Don Juan se moquait du pieux mendiant qui comptait davantage sur la générosité des passants pour recevoir quelques pièces que sur la providence divine qui ne l’habillait que de haillons. Les lys des champs dans leur splendeur ne devaient-ils pas lui faire horreur et l’inciter à haïr son Dieu !
Cinquante après la comédie de Molière, un jésuite trouva une formule qui pour efficace qu’elle soit, risque de n’être qu’une pitrerie rendant l’évangile à sa vanité. « Telle est la première règle de ceux qui agissent : Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul. »
Mieux vaut je pense nous convertir. Un monde non religieux offre une autre compréhension de Dieu. L’action de Dieu n’est pas action, elle est Dieu lui-même et Dieu est, incognito, le compagnon de route. Dans un monde non religieux, par définition, Dieu ne se voit pas. Dans un monde non religieux, Dieu nous est rendu comme l’objet du désir, celui qui nous manque et que nous quêtons, nous mendions, ainsi lorsque nous tendons la main à la communion.
Sur nos routes humaines, le confessons-nous à nos côtés comme l’ami ? Vivons-nous dans le mouvement de celui qui est en ce monde incognito, dans la condition d’esclave ? A sa suite, pouvons-nous réussir notre vie, ou choisissons-nous le chemin du serviteur, la condition de l’esclave, pour lui rendre témoignage et mettre le monde en crise. Le Dieu provident est celui dont l’amour met le monde en crise, en jugement. C’est du saint Jean ! Dans ce déséquilibre, son incognito quelque peu est levé.
Le Dieu qui pourvoit, la Providence, invite à ne pas s’occuper de demain, non qu’il s’en chargerait, mais que c’est aujourd’hui qu’il fait route avec nous. Ne manquons pas le rendez-vous. Le découvrir ami c’est reconnaître qu’il n’y a que cette vie, qui est éternelle, puisque Dieu en a fait son royaume.

4 commentaires:

  1. dominique bargiarelli4 mars 2014 à 16:34

    Dieu n'intervenant jamais de manière spectaculaire je pense que vous vous trompez lorsque vous dîtes qu'il n"est pas intervenu à Auschwitz,je pense qu'il est intervenu mais par l'intermédiaire de personnes très modestes qui n'ont pas fait grand bruit comme Edith Stein ou Maximilien Kolbe;Ah bien sûr ce n'est pas ça qui a arrêté la shoah,certes non,tout comme je ne comprends pas pourquoi il a permis qu'échouent tous les attentats pratiqués contre Hitler.Je ne le comprends pas,c'est certain.Mais il y a tant de choses que nous ne comprenons pas...et la première pourquoi son fils ne revient pas maintenant?
    Et pourtant je reste persuadé qu'IL ne cesse d'intervenir dans nos vies et qu'IL est donc à nos côtés comme l'ami

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    1. Voyez, Monsieur, je ne publie votre commentaire que pour une raison. Son ton insupportable. "Je pense que vous vous trompez" dites vous. Etes-vous donc correcteur d'orthodoxie ? Malheureusement ce blog ne permet pas que vous biffiez de rouge mes propos...
      Ne pouvez-vous pas vous contentez d'un "Je ne suis pas d'accord avec vous" ou "je ne partage pas votre avis" ? Vous pensez bien que j'ai un peu réfléchi avant d'écrire. Alors, je peux discuter avec quelqu'un qui n'est pas du même avis, mais me justifier pour montrer que je n'erre pas, j'ai autre chose à faire...

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  2. dominique bargiarelli4 mars 2014 à 19:21

    Toujours aussi aimable à mon égard,car évidemment dire :"je pense que vous vous trompez c'est parfaitement irrespectueux c'est l'évidence même ,et c'est aussi mettre en doute le fait que vous ayez réfléchi. c'est absolument évident; votre système de pensée se résume en fait à :
    "moi Patrick Royannais j'ai réfléchi et puisque j'aboutis à cette conclusion c'est que c'est LA vérité et donc silence dans les rangs"
    Attention"portes levez vos frontons!" JE passe!

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    1. J'avais écrit une réponse. Et puis, c'est les Cendres. Alors mieux vaut se taire...

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