samedi 8 mars 2014

Pourquoi le mal ? (1er dimanche de Carême)

Pourquoi le mal ? Question qui hante l’humanité d’aussi loin que l’on puisse le savoir. L’homme a tout pour construire le monde de justice et de paix, la terre a tout pour offrir un cadre de vie pour le bonheur et la prospérité. Mais voilà qu’il y a des famines et des maladies, des tremblements de terre et la mort. Mais voilà qu’il y a la bête tapie à la porte du cœur qui se réveille et emporte tout. Chacun cherche son intérêt et est prêt à tuer l’autre, le voler, le mépriser, le blesser.
A côté du mal moral dont l’homme se rend coupable, il y a le mal d’une nature qui écrase l’homme, et même un autre mal, le mal-être, le mal d’un être fini qui se sent capable ou appelé à l’infini, un fossé périlleux. Ce fossé peut être ressort dynamique, par le désir ; il est aussi douleur quand c’est la mort qui met fin, définitivement, à la vocation vers l’infini.
Bref, une vie pleine de promesses non tenues, une vie qui dans le même moment promet et retire sa promesse, trompe. Les philosophies et sagesses ont voulu répondre à la question : pourquoi le mal ? On n’y répondra correctement, comme à toutes les questions anthropologiques, qu’en reconnaissant le fossé du fini et de l’infini, du désir comme dirait la psychanalyse, de la vocation universelle à la sainteté du pécheur, dirait-on dans la foi.
Le texte de la Genèse plane exactement ce décor. Un monde paradisiaque devient un enfer. Le premier crime, la première mort, arrive dès le chapitre 4. Il ne faut pas longtemps pour que sonne le glas sur la parole si prometteuse qui terminait le chapitre premier : Dieu vit tout ce qu’il avait fait, c’était très bon.
Le problème se redouble lorsqu’il s’agit d’avancer une réponse. Toutes celles que l’on connaît, comme explication du mal, échouent. Personne ne peut se contenter de la méchanceté de l’homme pour expliquer le mal. La pire méchanceté n’est pour rien dans le tremblement de terre ou l’épidémie qui engloutit des milliers de personnes en un instant.
On peut rendre Dieu responsable du mal, au moins à titre de punition. Qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter cela. Et de fait, si Dieu est créateur du tout, est-il possible qu’il y ait le mal sans que Dieu, ne serait-ce que médiatement, n’en soit responsable ? Mais si Dieu est responsable du mal, la religion première, l’animisme, est la seule réponse. Il faut tâcher de se concilier les dieux. Les religions qui parlent de foi, comme l’évangile, sont impossibles. On ne va tout de même pas mettre sa confiance en un salaud, en un Dieu responsable, même indirectement du mal. Mieux vaut s’en protéger, ménager sa susceptibilité à coup de sacrifices.
Aucune justification du mal n’est possible. Et c’est bien ainsi, non que l’on doive se résigner à souffrir sans comprendre, mais que l’on ne va tout de même pas justifier le mal, rendre le mal juste. Aucune justification du mal n’est possible. Le mal est toujours injuste, et c’est la grandeur, même dérisoire, même prométhéenne, de l’homme, que de refuser le mal, de l’exclure de tout système rationnel. Il y a le mal, certes, mais rien ne l’explique parce qu’il est l’aberration. Refuser d’expliquer le mal, c’est déjà s’y opposer.
On le devine, s’il n’y a pas de réponse à la question du mal, il y a une réplique au mal. Et l’évangile dessine le chemin. Ce chemin n’est pas explication, il est action. On voit Jésus au désert, qui refuse pouvoir, magie, et mensonge. On voit Jésus qui refuse de pactiser avec le mal. On voit Jésus surtout qui s’approche du blessé pour panser ses plaies. On voit Jésus qui crie sa désolation devant tant de promesses non tenues, Mon Dieu, pourquoi ? On voit Jésus qui crie, qui prie en criant.
La réplique au mal n’est pas théorie, systèmes de pensée qui finissent tous par faire une place au mal. C’est indigne de Dieu. Notre Dieu n’explique pas le mal, il s’engage à le détruire. Alors, il se débrouille à venir aux côtés du souffrant, samaritain de voyage en cette terre pour relever tous les moribonds jetés au fossé. Dans le deuil et la maladie, y compris lorsqu’il n’y a plus rien à faire, comme au soir du Golgotha dans l’expiration du Fils, il est, broyé par la souffrance, celui qui prend la main du mourant, pour le tirer de la mort.
La réplique au mal est cri qui dénonce, y compris prière lorsque le cri est lancé vers Dieu. Dénoncer le mal, c’est refuser de pactiser, c’est refuser que son empire se répande comme une nuit plus noire sur le monde. La réplique au mal est aussi compassion, secours dans la détresse, toujours offert.
C’est parce que Jésus a ouvert ce chemin que l’absurdité d’une promesse non tenue n’est pas certaine. C’est parce que Jésus a ouvert ce chemin que le mal est déjà vaincu, je veux dire, que nous pouvons limiter l’extension de son empire. Le dernier ennemi, c’est la mort.


1 commentaire:

  1. dominique bargiarelli9 mars 2014 à 18:03

    Il m'arrive donc parfois d'approuver sans réserve ce que vous écrivez.Merci!

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