samedi 29 mars 2014

Notre seule clairvoyance, savoir que nous sommes aveugles (4ème dimanche de carême)

L’évangile de l’aveugle-né (Jn 9) se présente comme un procès. Répétition générale de la Passion, encore que l’évangile de la résurrection de Lazare, deux chapitres plus loin, constitue une autre répétition générale.
Depuis les premières lignes de l’évangile, le procès est ouvert. Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Impossible de reprendre tous les chapitres. Je souligne seulement le suivant, le chapitre deux, avec l’expulsion des marchands du temple. On a l’impression que c’est Jésus qui a commencé, comme disent les enfants pour se disculper de la bagarre dans laquelle ils sont surpris.
Les évangiles synoptiques placent l’épisode des marchands juste avant le procès, comme si c’était ce qui enfin avait permis d’arrêter Jésus. Il est allé trop loin en s’attaquant à l’institution du temple, au culte. Jean déplace l’événement et ouvre avec lui son évangile ; oui, tout cet évangile est composé par un unique procès, celui de Jésus, celui du monde qui est déjà jugé comme dit le chapitre trois. Répétition générale donc, avec notre chapitre 9.
On l’entendra dimanche prochain, la discussion lors de la résurrection de Lazare porte sur le mal et la mort. Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort, disent, chacune à son tour, les deux sœurs. Aujourd’hui la discussion porte notamment sur le rôle de la religion dans le procès. C’est une chose incroyable, mais pourtant incontestable, ceux qui jugent et suppriment Jésus le font pour des raisons théologiques, ou du moins religieuses. Au nom du bien, au nom de Dieu, ils ont commis un crime, et ce ne sont pas seulement quelques Juifs du premier siècle. C’est ainsi avec les religions et tous les dogmes.
Jésus et ceux que Jean appellent les Juifs et les synoptiques, scribes, docteurs de la loi et pharisiens se font face. Le langage est celui de l’aveuglement. Certains prétendent voir qui ne voient pas et l’aveugle lui, est clairvoyant. Cet aveugle-né n’importe finalement que très peu. Il permet de mettre en porte-à-faux les uns face à l’autre, les Juifs et Jésus.
Comment se peut-il que l’on ait des yeux et ne voit pas, des oreilles et n’entende pas ? Pire, des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre. C’est une vieille histoire dénoncée par les prophètes et que les quatre évangiles reprennent. Pour Jean, c’est au chapitre douze, juste avant que ne s’ouvre les derniers jours d’un condamné !
Les coutumes, les habitudes, les rites, les savoirs, tout cela tient une place considérable dans la religion. Ne pas faire comme il faut risque de rendre vain le rite, voire de retourner son bénéfice en malédiction. Pour nous autres catholiques, le dogme en arrive parfois à prendre une place telle qu’il n’est plus au service de la foi, mais ce qu’il faut croire. Et malheur à vous si vous ne formulez pas le dogme comme la coutume, y compris si c’est pour mieux l’expliquer. Le dogme, la vérité religieuse devient une idole à laquelle on sacrifie et offre son lot de victimes. Plus la divinité est irreprésentable, plus l’idolâtrie dogmatique guète, plus le pharisaïsme se développe.
Mieux vaut la référence au Catéchisme de l’Eglise Catholique que la réflexion et l’interrogation sur le sens de ce que nous affirmons. Nous finissons par employer des mots qui ne font plus sens mais tiennent seulement les uns par les autres. On parle de la grâce de Dieu, de la vocation, mais concrètement, qu’est-ce que cela veut dire que Dieu donne, ou que Dieu appelle et parle. Là, il n’y a plus personne pour rendre compte, seulement des perroquets aux plumages souvent ternes qui répètent à l’envi.
C’est vrai chez les païens, c’est vrai pour les religions premières, c’est vrai pour le christianisme, l’Islam et le judaïsme, la conviction de savoir le vrai, parce que l’on est initié, parce que l’on est pratiquant du rite, empêche de voir le sens de ce que l’on croit. L’évangile est bâillonné. On ne va tout de même pas prendre au sérieux sa puissance de libération ! On finirait tous gauchistes, et les gauchistes ne croient pas en Dieu, c’est bien connu.
Une heure d’adoration, me disait un prêtre il y a quelques jours, deux heures au service des plus pauvres, sans quoi, c’est de la foutaise. Regardez Jésus, il ne supporte pas de retarder, le temps d’un sabbat, la libération d’un malade. Jésus est au-dessus des règles parce que les règles sont pour les hommes et non l’inverse. Jésus n’est pas venu pour que nous soyons ses disciples, pour que tous les hommes soient chrétiens. Jésus, ainsi que le dit l’évangile de Jean, est venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance.
Alors, il ne nous reste pour éviter le jugement, le procès qui serait le nôtre, autant qu’il serait notre propre condamnation de Jésus, alors il nous reste qu’à consentir à la réalité. Nous ne voyons pas. Nous sommes aveugles ou mal voyants. Voilà au moins notre clairvoyance. Nous ne savons finalement que si peu de notre Dieu. Pourquoi faudrait-il être déroutés s’il s’agit seulement de dénoncer tout ce qui manque à Dieu dans ce que nous confessons et vivons ? Pourquoi ne pas reconnaître comme Paul que nous voyons flou, comme dans un miroir antique. Rien n’assure nos propos sur Dieu, y compris ceux des religions. Seul l’amour est digne de foi.
Ouvre mes yeux Seigneur aux merveilles de ton amour. Je suis l’aveugle sur le chemin ; guéris-moi, je veux te voir.




3 commentaires:

  1. dominique bargiarelli29 mars 2014 à 10:22

    Mais bien sûr que nous ne voyons pas ou plus exactement que nous voyons très mal,mais je ne crois pas du tout que cette constatation soit le fruit de notre époque,absolument pas et il me semble que penser le contraire serait bien orgueilleux de notre part et même pharisien.
    Quant à votre charge contre l'Adoration,laquelle peut être incontestablement la pire des choses si celui ou celle qui y participe pense ainsi être "justifié"certains hommes d'Eglise (et notamment le Pape François sont d'un avis bien différent du vôtre.
    Quant à dire que "rien n'assure nos propos sur Dieu y compris ceux des religions" je dirais plutôt que ce que disenr les dogmes sur Dieu n'est pas faux mais qu'ils sont très très éloignés de qui est réellement Dieu lequel demeure l'Inconnaissable par excellence bien sûr.
    Pour moi les dogmes ne sont que des béquilles,indispensables certes, mais des béquilles tout de mêmel'

    Une citation de Marie Noël:
    "...L'Eglise fapite de déauts d'homme et de Grace de Dieu
    Ne considérer que la Grâce.
    Ne considérer que la Lumière.Peu importe le chandelier;
    Ne considére le Prêtre qu'à l'autel:dans la Grâce,par la Grâce, pour la Grâce"
    et encore une autre: "le Dogme;l'Esprit Saint en cage.
    Ainsi l'Eglise le garde à ,jamais sous la main comme elle garde toujours à portée de l'homme le Fils dans un tabernacle.
    Nous ne ^pouvons,âmes étroites,que tenir un Dieu captif"

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  2. Si les religions amenaient une libération à l'homme... ça se saurait.... Tous les hommes devraient baigner dans le bonheur absolu du libéré de ses chaines après 21 siècles de religions monothéistes hégémoniques de part le monde... On devrait avoir des résultats quantifiables !!

    En réalité toute religion asservi ses adeptes. C'est comme "inscrit" dans la religion elle-meme quelle qu'elle soit... Là, 21 siècles permettent de le démontrer... (des pratiques insensées aux massacres humains au non de Dieu.... et je ne parle même pas des déviances de toute nature...)

    Depuis que j'ai quitté "tout ça" j'entre progressivement dans une vraie libération de l'amour qu'il m'est donné de donner, à ma petite mesure et tant bien que mal.
    Les dogmes ? les catéchismes ? les rites ? les prescriptions ? les obligations de pratiques ? etc etc... Ça pèse quoi à coté de ma conscience profonde qui me guide animée par l'esprit divin ?
    L'obéissance aux prescriptions religieuses fabrique des esclaves. Suivre sa conscience personnelle en fidélité au fond de soi, habité du divin, ouvre sur la liberté et l'approche des "merveilles que fit pour moi le Seigneur".

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    1. Je vous connaissais plus perspicace ! Combien d'hommes et de femmes ont été libérés durant ces plus de vingt siècles de christianisme, depuis l'esclave Onésime dont parle Paul dans son billet à Philiémon, en passant par nombre de femmes qui ont échappé au rôle de reproductrices ou de putains que leur laissait la société, jusqu'à tous ceux que les institutions scolaires, petits séminaires par exemple, ont tirés de la misère, etc. etc. C'est curieux, ces relectures de l'histoire.
      Oui, il y eut des gens, nombreux, scandaleusement trop nombreux, entravés, tués par les religions. Il y en eut aussi, nombreux, très nombreux, qui ont été libérés, y compris de leurs démons, ce dont traite aujourd'hui la psychanalyse par exemple.
      La nuit dernière a été courte, vous deviez avoir mal dormi !

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