samedi 9 mai 2015

"C'est lui qui nous a aimés" (1 Jn 4, 10) 6ème dim. de Pâques


« Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés ». « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez ».
Une même idée de l’épitre (1 Jn 4, 7-10) à l’évangile (Jn 15, 9-17). C’est Dieu qui aime, c’est Dieu qui choisit l’humanité. C’est Dieu qui nous appelle amis.
Et nous, que devons-nous faire ? Notre vie est réponse. Nous sommes des répondants. Nous venons toujours trop tard, ou après coup, parce que celui qui précède, qui pré-vient, qui pré-voit, est provident, nous devance.
L’amour pré-vient. Que ferons-nous ? L’enverrons-nous péter ? Il faudrait n’avoir pas reconnu que c’est l’amour qui venait à notre rencontre.
Il nous appelle amis. Rendez-vous compte ! L’amour nous ad-vient, ainsi nous sommes. L’amour ad-vient, comment ne répondrions-nous pas pour vivre non seulement de mais aussi avec cette origine précédante et providente ?
Etre pour les hommes, ce n’est pas jamais se tenir en soi, mais vers l’autre. Ce n’est que si peu se tenir, mais plutôt sortir. Extase, sortie de soi. Réponse extatique, c’est ce que nous sommes.
Il n’y a pas d’intériorité dans la vie spirituelle, au sens où rien n’est en nous mais tout au devant de nous qui nous appelle. Rien n’est en nous parce que nous sommes (appelés) au-devant de nous. Il nous précède en Galilée, annoncent les femmes revenant d’un tombeau ouvert. Il précède et il nous faut aller de l’avant pour le trouver. Réponse extatique, c’est ce que nous sommes.
Comment répondrons-nous à la déclaration d’amour ? Je vous ai choisis ; je vous appelle amis ; c’est Dieu qui nous a aimés. Dans nos deux lectures, une seule réponse, le commandement de l’amour. Pour répondre à l’amour de Dieu, il ne faut pas aimer Dieu, mais aimer les frères.
Oui, je sais, j’y vais fort. Que voulez-vous, le texte évangélique comme l’épitre, comme l’homélie, ne sont pas des catéchismes qui disent ce qu’il faut penser. Ils sont des pro-vocations, des vocations par devant, des interpellations, des appels depuis la Galilée, là où le Seigneur nous précède, nous pré-vient, pré-voit, est provident. Appelés au devant de nous pour être en extase responsoriale.
Ainsi, avez-vous noté, les textes ne disent pas qu’il faut aimer Dieu. Ils ne disent certes pas le contraire, mais ils ne disent pas qu’il faut aimer Dieu. A l’appel de celui qui aime le premier fait suite le commandement de s’aimer les uns les autres. Pour répondre à l’amour de Dieu, une seule solution, aimer les frères.
Jean sait la fumisterie de l’intériorité, l’illusion de l’amour de Dieu (par nous). Dieu, nul ne l’a jamais vu, disent l’épitre (4, 12) et l’évangile (1, 18). Jean sait qu’au nom de la conception que l’on se fait de Dieu on tue ceux que l’on refuse de reconnaître comme frères. C’est d’actualité. Un évangile vieux de 2000 ans qui décrit exactement ce qui se passe en Lybie, et Syrie. En France, on ne tue pas. Mais l’islamophobie prospère, parfois au nom d’un pseudo raisonnement, mâtiné même de christianisme. En France, on ne tue pas, mais sous prétexte de laïcité, plus aucun signe religieux ne peut demeurer. Après les statues, on ne sait pas si ce sont les églises qu’il faudra raser. Comme si la neutralité laïcarde était neutre, était plus objective.
Alors, la violence au nom de Dieu, se déchaîne, qu’il s’agisse des dieux religieux, celui de l’Islam, celui du christianisme, qu’il s’agisse des dieux de la haine de Dieu. Il est plus urgent que jamais de sortir, de répondre. De répondre à l’amour de Dieu, c’est-à-dire de mettre en pratique le seul commandement, celui de l’amour.
Nous sommes des répondants parce que nous répondons à l’amour en aimant, parce que nous sommes responsables des frères. Répondre à l’amour de Dieu et être responsable des frères, à la différence de Caïn, c’est la même chose. Nous sortons de nous-mêmes, quittons toute intériorité identitaire, parce que c’est la seule manière de construire un monde de paix, parce que l’identité se reçoit, en avant.
Nous n’en serions pas convaincus, c’est le commandement du Seigneur. Alors, si nous nous disons ses disciples nous n’avons pas le choix. Si nous avons entendu l’appel à sortir de nous-mêmes que nous a adressé comme une déclaration d’amour le Dieu qui nous appelle amis, comment pourrions-nous l’envoyer péter, comment pourrions-nous ignorer les frères ?

11 commentaires:

  1. Votre texte souligne avec justesse que l'amour nous précède toujours. Il est avant nous. Que ce soit l'amour de Dieu où celui dont nous sommes issus par relation intime de nos auteurs (je n'aborde pas ici les problématiques de non-amour diverses, viols, etc….). Un vrai laïc (non laïcard…) vous rejoindra sur ce terrain, sauf à être vilipendé comme vous aimez à le faire souvent ici….

    J'ignore par quels méandres vous avez pu aboutir à cette aversion et détestation pour l'intériorité… Il faudrait l'avis de votre psychanalyste ! (*je plaisante*).
    Sauf à estimer que doit prévaloir une intellectualisation conceptuelle d'une principe d'amour de dieu en premier, je ne vois guère comment ni pourquoi l'expérientiel devrait être écarté. Ou Dieu s'est incarné pour aimer, et donc l'expérience intérieure est chemin d'accès, où il est demeuré dans ses hauteurs, et on le conceptualise Amour…

    Comment puis-je percevoir un Dieu Père qui aime, si je n'ai aucun "père" ici-bas qui m'aime (qu'il soit géniteur, de substitution, où projeté sur un être humain qui y répond de manière psychologiquement ajustée).

    Comment puis-je "aimer les frères" si je ne suis pas "descendu" à l'intérieur de moi jusqu'à la source de cet amour humain transcendé ? A défaut je pourrais rendre bien des services… Mais aimer "comme il nous a aimé" demeurera éloigné.

    Ne confondez vous pas intériorité avec autre chose ? comme egocentrisme, centration sur le "petit-moi" ? égoisme ? que sais-je encore…

    L'intériorité, si on a fait un chemin suffisant vers elle " la vraie si j'ose dire", ne peut que par nature déboucher sur le don de soi, c'est à dire le "reçu/donné"… Encore faut-il connaitre ce reçu personnel et unique. Notre couleur d'enfant du Père….

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    1. L'intériorité a ses lettres de noblesses, notamment chez mon cher Augustin, "interior intimo meo". Mais je remarque à lire Thérèse que l'extase, une fois débarrassée du bazar ésotérique, vise au moins aussi juste. Du moins, aujourd'hui, avec la vague psy du développement personnel, le New Age et les fascinations pour les spiritualités orientales (à la mode de chez nous tout de même !), et une pseudo théologie spirituelle catholique, parler d'extase comme lieu de soi me paraît très pertinent.
      Ce n'est pas vrai, ce n'est pas d'abord la descente en moi, qui permet d'aimer les frères, c'est leur amour qui me sort de moi, auquel je suis appelé à répondre. Réponse extatique. Je ne crois absolument à cette priorité voire primauté du moi, du soi. Et je trouve que le schème de l'extase a de ce point de vue bien des avantages sur celui de l'intériorité.
      Et si je puis lancer une pierre dans le jardin du psy, je l'interrogerais volontiers sur l'origine de sa croyance en l'intériorité, peut-être encore trop chrétienne...

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    2. je vous sais gré de la première phrase de votre commentaire, qui nuance à bon escient votre billet à cet égard.

      Pour ce qui me concerne, l'intériorité mais pas une « croyance » mais plutôt une attitude, voire une aptitude qui permet de prendre conscience de sa réalité d'être humain en toutes ses dimensions, Et en particulier celle de sa profondeur personnelle; lieu où se fait la rencontre, la double rencontre : avec soi-même, avec l'autre. Là où réside la source jaillissante de l'amour, envers soi-même et envers l’autre. Ces deux mouvements étant inséparables dans le don de soi et ce que vous appelez « L'amour des frères ».
      Je ne peux imaginer un Jésus sans intériorité, sans conscience de lui-même et de sa mission, ou alors il n’est pas « vraiment homme » et nous retombons dans les théories que vous avez par ailleurs fustigées.
      À défaut, son dialogue intérieur avec« son père», ne serait que fantasme et projection…

      Je laisse aux autres personnes le choix de vivre ce qui semble bon pour elles, mais pour ma part je ne suis ni partie prenante du New Age, ni du développement personnel, mais du développement de la personne, qui n'est manifestement pas la même chose, ni adepte ni encore moi prosélyte des spiritualités orientales. Si elles ont leur intérêt, elles ne correspondent pas à ma culture qui est, que je le veuille ou non, judéo-chrétienne, étant né en France« fille ainée de l’église ! »…

      Concernant l'extase, épurée de ses débordements sensibles, (ceux-ci étant toutefois totalement nécessaire à la chose… tout autant que l'orgasme est nécessaire au sommet du plaisir amoureux), si elle est une apparence de « en dehors de soi-même », Elle n'en est pas moins profondément reliée à la corporéité essentielle, sinon elle ne se produit pas.
      Je craindrais des perceptions décharnées alors que le ressenti profond signifie un primat de l'expérience dans la mesure où la perception émane de la dimension active et constitutive de l'être humain.
      Mais il est sans doute difficile de sortir du dualisme chrétien corps/esprit, surtout si on a baigné dedans depuis de trop nombreuses années…

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    3. L'extase, surtout avec Thérèse, et la tradition qui l'interprète, notamment le Bernin, est effectivement charnelle. Pour moi, extase ne veut pas dire désincarné, au contraire.

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  2. dominique bargiarelli10 mai 2015 à 11:40

    Parfaitement d'accord avec le "Voyageur"L’intériorité n'est pas une tare;même si,bien sûr elle peut devenir soeur de l'hypocrisie,mais enfin Paul ,Jacques, Jean et tant d'autres ne l'ont-ils donc pas eux-mêmes pratiquée?

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  3. Est ce que tu peux nous dire un peu plus ce que c'est que l'extase de Thérèse ?
    bonne journée
    Florence

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  4. L'extase, chez Thérèse comme chez les autres, c'est un phénomène psychosomatique, d'un état ou elle est hors d'elle. On peut l'analyser d'un point de vue psy, mais aussi comme parabole de ce qui se vit avec Dieu. Et je pense que Dieu la met hors d'elle. Comment en irait-il autrement. Si celui que ne contiennent pas les cieux habite en nous, comme ne serions-nous pas hors de nous ?

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  5. Bon alors Dieu est dedans et nous dehors, c'est pas simple pour se croiser. Mais jeu de mot à part je suis d'accord avec toi, c'est dans la contemplation ou quand je suis vraiment pleinement dans ce que j'ai décidé de faire, sous le regard du Christ que je suis avec lui et un peu hors de moi.
    Florence

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  6. Sans doute faut-il prendre quelques précautions avec une expression telle que « hors de soi ». Il y a le risque négatif comme dans l'expression : « Tu m’as mis hors de moi », c'est-à-dire un débordement de colère, voire de violence extrême, pouvant aboutir au pire. (de la mort de « l’enfant secoué » à l'agression sexuelle et au meurtre… ). Attribuer ce qualificatif à l’extase est donc à risques.
    Peut-être faudrait-il écrire ceci : « être-hors-de-soi » avec des tirets de liaison, voulant signifier un : Etre à la fois en soi et être à la fois dans une expansion de soi, qui nous tire vers l'extérieur sans toutefois que nous nous quittions nous-mêmes. (ce que les chrétiens vous appelez : agir sous le souffle de l’esprit).
    Autrement dit, il y a dans notre être personnel, plus que notre être… ce que l'on pourrait appeler une dimension transcendante de notre propre personne.
    Sans aller aux extrémités des grands mystiques, cette expérience est accessible à toute personne : la perception d'un « plus que soi en soi » que les croyants appelleront « Dieu intérieur », « Dieu à l’intime de soi » où des formulations similaires. Maurice Zundel évoquera « La Parole qui jaillit dans le silence de soi »
    Si cette expérience ne nous tire pas en avant, c'est-à-dire si elle ne nous conduit pas à des actions que je qualifierais de« bonnes» pour faire simple. (que l'auteur de ce blog appelle fréquemment «le service des frères »), s’il n'y a pas quelque part une fécondité, alors, cela relève de la pathologie pure et simple, de la sphère psychotique en particulier.

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    1. Il faut toujours prendre soin des mots. Mais voyiez, je vous trouves bien en affinité avec l'ancien Saint Officie, actuelle Congrégation pour la Doctrine de la foi, à craindre les mécompréhensions.
      Les gens entendent généralement beaucoup mieux que ce qui oblige à un vocabulaire en liberté surveillée. Qu'avons-nous à craindre d'un hors de soi qui apparaîtrait colérique, quand le politiquement correcte de l'intériorité ne dit plus rien, aseptisée, plébiscité tant par les religieux en quête de surf sur les modes langagières et les laïcs qui cherchent des spiritualités sans dieu, histoire de ne pas être trop réacs.
      Oui, il y a de l'intempestif dans l'extase, depuis l'ésotérisme de phénomènes curieux, jusqu'à la colère fort peu maitrisée de hors de soi en colère. Mais voilà qui réveille ne serait-ce qu'en interrogeant. Voilà qui pose question. C'est déjà beaucoup, surtout si l'intériorité ne pose plus question.
      Je persiste d'autant plus à y recourir. l'évangile nous met hors de nous. Que ce soit parce que nous le rejetions ou parce que nous le choisissons; en aucun cas, il ne laisse indifférent. C'est beaucoup mieux que le déjà connu des vielles rengaines.
      Vous craignez la folie, et je comprends le thérapeute qui se coltine jour après jour avec le ma qui enferme ses patients. Mais Paul ne sait dire l'évangile qu'à recourir au langage de la folie !

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  7. Je connais mieux sans doute l'anti-politiquement correct de l'intériorité tant décriée par bon nombre de mes "confrères" adeptes du "cognitif" et des neurosciences.... pour qui la seule vérité est celle de l'IRM !....
    Je fais partie des ringards qui n'ont pas encore compris que le déterminisme du tout est pré-programmé par les lois de la physique et de la chimie, tient lieu de doxa définitive.
    Vous voyez le laïcard que je suis vit aussi la confrontation avec ses chapelles...

    Cela dit, je pense que vous avez compris qu'il y a folie et folie, celle qui divise la personne dé-unifiée, et celle que j'évoquais dans ma réponse ci-dessus, avec un critère fondamental de fécondité.

    il est évident que Jésus a cette folie-là...
    Et pas nous....

    Cependant je vous trouve bien sévère avec ceux qui tentent d'avoir un langage compréhensible et vulgarisateur au regard des "choses de dieu"... Tout le monde n'est pas apte au doctorat de théologie....

    Ayant (dans un autre vie de juriste) participé activement dans les années 70, à la simplification du "style des jugements" afin que le justiciable comprenne le texte du jugement qui le concerne, c'est à dire le sortir du vocabulaire juridico-judiciaire si cher aux puriste du Droit !! Que n'avons nous pas entendu sur le dévoiement de la Science Divine Judiciaire qui seule a LE MOT JUSTE ET PRÉCIS.... mais totalement abscons pour monsieur et madame Normale !
    Finalement nous avions un temps d'avance....
    L'église conservera-t-elle longtemps ses métros de retard en ce domaine ?

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