vendredi 18 septembre 2015

Entre pouvoir et évangile, il faut choisir (25ème dimanche)



Pourquoi si peu d’entre nous croient-ils en Jésus ? Vous vous doutez que répondre à pareille question suppose une analyse complexe, déjà souvent menée, et qu’il n’y a pas une réponse. Le simplisme en matière sociologique et idéologique est le propre du simplet. Ceux qui connaissent la cause du peu d’engouement pour la foi sont des charlatans ou des naïfs dangereux.
Je relève seulement une des raisons pour laquelle beaucoup ne croient pas. Et c’est d’ailleurs très mal s’exprimer que de parler ainsi, s’il est vrai qu’on ne croit pas parce que, qu’il n’y a pas de justification au fait de croire, qu’il s’agit d’un engagement gratuit, réponse à un amour deviné, qui s’offre le premier, lui aussi gratuit, pure grâce. Y a-t-il beaucoup plus de raison de ne pas croire ?
Mais, c’est une fait, notre Eglise est un obstacle pour la foi. Ce n’est pas vraiment nouveau. Mais si c’est l’Eglise, en outre, qui empêche de croire, nous avons sans doute les moyens de réduire l’obstacle.
Parmi les obstacles à la foi, il y a le pouvoir dans l’Eglise, le pouvoir de l’Eglise (et l’on voit l’espoir que suscite, à tord ou à raison, le changement du pouvoir incarné par François). Non seulement l’Eglise hier, mais encore celle d’aujourd’hui est souvent du côté des puissants. Elle s’est changée en puissance mondaine.
« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Entre Evangile et pouvoir, il faut choisir.
Ne sera-t-il pas possible de chercher à convertir à l’évangile ceux qui ont le pouvoir ? Ne sera-t-il pas possible d’exercer le pouvoir et d’être chrétien ? Ne peut-on vivre son pouvoir comme un service ? Les hommes de pouvoir dans l’Eglise ne peuvent-ils pas être des serviteurs authentiques ? Sous prétexte de ne pas se salir les mains avec le pouvoir, va-t-on laisser gouverner ceux qui, sans vergogne, en profiteront en despotes corrompus ?
Autant de bonnes questions, évidemment. Le problème, c’est la simplicité de la radicalité évangélique : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Là encore, il n’y a pas la solution. Je propose trois pistes.
- La vérité de ce que nous professons, de ce dont nous voulons être les témoins, pour que nous n’en détournions point les autres et nous-mêmes, exige de nous d’être avec les petits. L’enfant de l’évangile, non l’enfant roi et tout puissant, mais l’enfant de l’antiquité, sans droit, quasi esclave, l’enfant qui travaille en Inde ou ailleurs, l’enfant qui meurt de faim ou de la guerre, réfugié que même la mer rejette ! Etre inconditionnellement du côté des pauvres, des petits. Ici se joue notre foi, notre témoignage ou notre hypocrisie, quand nous sommes témoins du serviteur ou obstacles à la foi. Qui d’entre nous est avec les pauvres ?
- Nous avons des responsabilités, nous avons du pouvoir. Et nous nous faisons serviteurs de la cause, de la doctrine, de l’entreprise, des intérêts des actionnaires, des puissants. Restons donc serviteurs, mais changeons de maîtres, passons au service des petits. Il ne s’agit pas que le grand patron aille laver les chiottes, même si cela peut une fois ou l’autre est nécessaire. Il s’agit que le patron ne soit ni à son propre service et de son compte en banque, ni à celui des intérêts des riches et des puissants, mais des pauvres. Il ne s’agit pas de tout vendre pour donner ses bien aux pauvres en Afrique, encore que. Il s’agit de boycotter les injustices, de cesser de piller l’Afrique, par exemple.
- C’est à l’homme de pouvoir, y compris dans l’Eglise, et puisqu’il en va ainsi aux ministres, de mettre en place des contre-pouvoirs contraignants. Ministres veut dire serviteur, minis, minus, petit. Et l’on parle du magistère, magis, grand, du Pape et des évêques… On se moque du monde ! Dans l’Eglise, les contre-pouvoirs, ce sont par exemple les conseils. Ce n’est pas pour faire démocratique, c’est pour convoquer au service, la seule façon d’approcher la vérité ensemble, dans une quasi unanimité. Impossible de les supprimer sous prétexte qu’ils fonctionneraient mal ; au contraire, il faut se démener pour qu’ils soient opérants, sous peine de confisquer le pouvoir, d’interdire la parole et la vie, de refuser le chemin du service.
Les contre-pouvoirs, c’est risqué, car les puissants en useront pour renverser les ministres qui ne prêcheraient pas l’évangile qu’ils veulent entendre, celui qui leur donne bonne conscience ; ainsi ils aliènent la parole de Jésus pour justifier leur société et instaurent une Eglise qui dénonce si peu l’injustice, qui a pour mission principale de conserver l’ordre, ce qu’ils appellent les valeurs.
Le serviteur a couru ce risque, celui d’être trahi par son Eglise, Eglise riche et puissante, pour les riches er les puissants. Il a couru le risque, parce qu’il est impossible d’imposer par la force le non pouvoir, d’imposer par le pouvoir le service. Malgré le risque, le serviteur compte sur ce qu’il y a d’humanité en nous pour protéger l’enfant, le petit.

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