vendredi 25 septembre 2015

Les privilèges des disciples (Mc 9, 38-48) 26ème dimanche



Le texte que nous venons d’entendre (Mc 9,38-48) suit immédiatement celui de la semaine passé (32-37). Il est peu probable qu’après s’être fait donner une leçon sur qui est le plus grand, sur les questions de pouvoir ou de préséance, Jean ait osé rapporter un fait d’armes peu glorieux, avoir voulu empêcher quelqu’un d’expulser des démons au nom de Jésus sous prétexte que ce quelqu’un n’était pas de ceux qui suivent Jésus.
Jean n’est ni bête ni naïf, il a écouté ce que vient de dire Jésus et a bien compris. C’est Marc qui rassemble des enseignements de Jésus sur l’attitude des disciples, ceux qui se disent les responsables de la communauté.
On peut penser que le texte fait davantage allusion au contexte de la rédaction, les années 70, qu’à ce qui s’est effectivement passé vers l’an 30. Ce n’est que lorsque Jésus est mort depuis une quarantaine d’années que ceux qui ont l’autorité dans les Eglises sont ceux qui ont suivi Jésus et s’imaginent que désormais d’autres les suivent. Comme toujours pointe l’atavisme des chefs. Premièrement, ils pensent en excluant pour définir leur groupe, dans une logique identitaire, voire boutiquière. Il y a ceux qui nous suivent et les autres, du dehors. Deuxièmement, ils s’approprient le fait d’être suivis, alors qu’ils sont comme tous, disciples de Jésus, qui le suivent ; ils se mettent à la place de Jésus, prennent sa place, se prennent pour lui. Les disciples ne suivent pas les Douze ou les évêques ou le Pape, mais Jésus. Ils ne sont pas leurs fidèles, mais ceux de Jésus.
La mesquinerie des petits chefs, même quand ce sont des personnages éminents, quand ils sont des Douze ou cardinaux, est rarement dissimulable. Les chefs, gardiens de l’identité ou de l’orthodoxie excluent pour mieux gouverner, confisquent l’être disciples, hier comme aujourd’hui, depuis le début si l’on en croit Marc.
La réponse de Jésus est sans ambiguïté. On ne peut faire le bien et s’opposer en même temps à Jésus. On ne peut libérer les gens de la mort et s’opposer au Ressuscité. Toute libération entre dans le mouvement résurrectionnel, dans le dessein divin. Un simple verre d’eau offert aux disciples est un accueilli par Jésus comme un hommage au Christ, dont peut-être, le nom demeure inconnu au donateur.
Mais Jésus, ou la reconstitution par Marc, n’en reste pas là. Vous autres, disciples, vous demandez un privilège, que vous soit réservé le droit de telle ou telle action en vue du salut ? Très bien. Qu’il n’y rien en vous qui suscite le scandale même du plus insignifiant des hommes sur l’échelle de la préséance, même de la préséance ecclésiastique !
A la récompense du simple verre d’eau pour ceux de l’extérieur, s’oppose le châtiment pour le disciple et particulièrement les responsables parmi les disciples, qui causent scandale. Récompense contre géhenne et feu éternel. Voilà donc l’unique privilège des disciples quand ils confisquent l’autorité de Jésus ou s’excluent, en raison de leur appartenance à Jésus, de la masse des autres, entendez des pécheurs.
Les propos de Jésus, que Marc ne dissimule pas transférer à son époque, ont aujourd’hui encore une terrible actualité. Le tout dernier discours de François aux évêques états-uniens en témoigne. Le ton était humble et fraternel. François avait déposé le bazooka de son discours à la Curie, il y a bientôt deux ans. Ce n’était pas « le pouvoir de la force » mais « la force de l’impuissance ».
Ces propos sont adressés aux évêques, mais ils valent pour chacun d’entre nous, disciples de Jésus, témoins de l’amour du Père, auprès de ceux que nous aimons, de ceux que nous côtoyons ou seulement croisons. Ils valent pour nous comme commentaire des paroles évangéliques qui nous sont adressées à tous. Sans quoi, pourquoi les aurions-nous proclamées dans cette assemblée ? J’en relève quelques uns.
 « Non pas se paître soi-même mais savoir se mettre en retrait, s’abaisser, se décentrer pour nourrir du Christ la famille de Dieu. Veiller sans relâche, se hisser haut pour rejoindre, par le regard de Dieu, le troupeau qui appartient seulement à Lui. »
« Nous sommes des partisans de la culture de la rencontre. Nous sommes des sacrements vivants de l’étreinte entre la richesse divine et notre pauvreté. Nous sommes des témoins de l’abaissement et de la condescendance de Dieu qui, dans l’amour, précède aussi notre première réponse. Le dialogue est notre méthode, non par stratégie habile, mais par fidélité à celui qui ne se fatigue jamais de passer et de repasser sur les places des hommes jusqu’à la onzième heure pour proposer son invitation d’amour. »
« Plus riche est le patrimoine, que vous avez à partager dans la vérité, que plus éloquente soit l’humilité avec laquelle vous l’offrez. N’ayez pas peur d’accomplir l’exode nécessaire à tout dialogue authentique. Autrement, il n’est pas possible de comprendre les raisons de l’autre, ni de comprendre en profondeur que le frère à rejoindre et à racheter - par la force et la proximité de l’amour - compte davantage que toutes les positions que nous jugeons éloignées des nôtres, même si celles-ci sont d’authentiques certitudes. Le langage aigre et belliqueux de la division ne convient pas aux lèvres d’un pasteur, il n’a pas droit de cité dans son cœur et, même s’il semble pour un moment assurer une apparente hégémonie, seul l’attrait durable de la bonté et de l’amour reste vraiment convainquant. »
« Je vous encourage à affronter les questions de notre temps, qui constituent des défis. Au fond de chacune d’elles, il y a toujours la vie comme don et responsabilité. L’avenir de la liberté et de la dignité de nos sociétés dépend de la manière dont nous saurons répondre à de tels défis. »
« La victime innocente de l’avortement, les enfants qui meurent de faim ou sous les bombes, les immigrés qui se noient à la recherche d’un lendemain, les personnes âgées ou les malades dont on voudrait se débarrasser, les victimes du terrorisme, des guerres, de la violence et du narcotrafic, l’environnement dévasté par une relation déprédatrice de l’homme avec la nature, en tout cela, est toujours en jeu le don de Dieu dont nous sommes les nobles administrateurs, mais non les maîtres. Il n’est donc pas permis de s’évader ni de se taire. »   

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