mercredi 16 décembre 2015

Celui à qui l'on pardonne beaucoup montre beaucoup d'amour (Lc 7, 37-50)


Célébration pénitentielle
Is 9, 1-6  -  Ps 102  -  Lc 7, 37-50
 
« Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »
Ce verset de Luc est intriguant. Il lie le pardon à l’amour par un parallélisme. Par deux fois, d’abord on parle du pardon puis de l’amour. Mais à y regarder de près, le texte présente plutôt des oppositions. La femme montre beaucoup d’amour, celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. Et si l’on est attentif à la succession chronologique, on a deux phrases bien différentes. Cette femme a montré beaucoup d’amour, alors ses péchés son pardonnés. D’abord l’amour de la femme, ensuite le pardon. Le petit proverbe qui fait suite dit le contraire. Celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. On a envie d’exprimer la chose positivement : Celui à qui on pardonne beaucoup aime beaucoup. D’abord le pardon ensuite l’amour.
Que penser de cette construction si simple en apparence seulement ? Y aurait-il un cercle du pardon à l’amour. Plus on est aimé, plus l’on pardonne et plus l’on pardonne, plus on est aimé. Ce n’est pas impossible. C’est même notre expérience. L’amour grandit par le pardon ou meurt s’il n’y a pas de pardon. Les conjoints infidèles et pardonnés le savent. Le pardon nous rend plus aimables et son absence plus haïssables.
Une chose cependant résiste à cette lecture. Et c’est bien ce qui est intriguant. Le pardon des nombreux péchés de la femme est une conséquence, une récompense de son amour. « Ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. » Heureusement que Dieu ne conditionne pas son pardon à l’amour que nous avons pour lui et pour les frères ! Nous serions souvent impardonnables.
Quand ils voient cette femme, tous voient ses péchés, nombreux, alors que ce qu’elle montre, c’est son amour, en multipliant les gestes de tendresse. Jésus prend soin de les relever et de les opposer un à un à l’attitude de Simon. Pourtant Simon a invité Jésus à manger, n’est-ce pas un geste d’amour ? Pourquoi ce repas offert n’est-il pas geste d’amour ? Pourquoi les gestes du péché de la femme, caresse, sensualité, lascivité du luxe (un flacon d’albâtre, un parfum sans doute au moins aussi onéreux) sont-ils geste d’amour ?
Les apparences sont trompeuses, y compris celles du récit. La petite parabole que Jésus raconte à Simon insiste non sur la succession gestes d’amour pardon, mais établit que la remise de la dette ‑ le pardon ‑ est proportionnelle à l’amour suscité. Celui à qui on pardonne beaucoup aime beaucoup.
La solution de l’intrigue se trouve dans le regard que l’on porte les uns sur les autres, ou ce qu’on laisse voir de soi. La femme est réduite à ses péchés, elle se réduit peut-être elle-même à ses péchés. De toute façon elle n’en a cure. Son péché est tellement évident qu’elle est libre d’aimer. Simon est sans doute pécheur comme tout le monde, mais son péché est caché tout comme son amour ; il apparaît comme un notable, quelqu’un de bien qui invite Jésus a sa table.
Qui reçoit le pardon ? Celui qui sait qu’il est pécheur. Comment aurions-nous besoin de pardon de Dieu si nous ne sommes pas pécheurs, si nous ne nous voyons pas pécheur, ne voulons pas nous montrer pécheurs ? Alors, la capacité à aimer est décuplée. N’importe pas le péché mais l’abondance de l’amour. Le pardon n’est pas là pour effacer le mal, qui est fait, mais il donne de le réparer en multipliant la capacité à aimer.
Nous recevons par le pardon du Seigneur de voir en nous l’amour multiplié. Celui à qui l’on pardonne beaucoup montre beaucoup d’amour, « celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » C’est ainsi que nous réparerons les dégâts de notre péché, à aimer, à aimer beaucoup, de cette capacité d’amour est ouverte par le pardon. La réconciliation que nous recevons du Seigneur et des frères est le chemin vers la paix. On comprend que le peuple qui marchait dans les ténèbres aient vu une lumière se lever dans la naissance de l’enfant prince de la paix ! Après le péché multiplié, le pardon multiplie l’amour.

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