samedi 26 décembre 2015

La sagesse à laquelle nous aspirons est vie (Ste Famille)


Les chrétiens ignorent souvent non seulement les spéculations qui conduisent à l’affirmation Jésus est Seigneur, mais encore les résultats de l’histoire à propos de Jésus qui a été particulièrement développée au cours du XXe siècle. L’histoire de Jésus telle qu’on peut tenter de l’écrire à partir des évangiles, de l’archéologie et de la connaissance de la culture et de la société du 1er siècle, en particulier du judaïsme, loin de conduire à une meilleure compréhension des évangiles creuse un fossé de l’autre côté duquel la foi se semble se replier.
La semaine dernière, une nouvelle fois, j’ai pu constater ce fossé avec des adolescents. Que la visite des mages ne rapporte pas un événement historique les étonnait et même les ébranlait. Mais alors si tout est question d’interprétation, on peut dire n’importe quoi. Mais alors si les évangiles ont inventé cela, pourquoi n’ont-ils pas inventé le reste ? Des questions plus que centenaires, dont on s’étonne qu’elles perturbent des jeunes qui ont accès à tant d’informations. Les enfants, avec moins de censures, savent encore s’étonner !
Ces ados ne sont pas plus préoccupés que cela par la foi. Certes, ils fréquentent encore une aumônerie à quinze ans, ce n’est pas rien ! Et encore, ne viennent-ils pas participer à une réflexion sur la foi, le Catéchisme de l’Eglise catholique sous le bras, comme d’autres, un peu plus âgés, qui pensent tenir le livre des réponses. Les uns comme les autres, après des années de catéchèse, tombent cependant de la dernière pluie en matière de foi. Qu’ont raconté les catéchistes, les homélies ? Pourquoi, ce fossé entre ce que ces jeunes savent de Jésus et une simple culture générale ? Quelle est leur foi en Jésus ? Et la nôtre ?
Il faut le redire, et cela est d’une orthodoxie parfaitement reconnue. Seuls Matthieu et Luc parlent de la naissance de Jésus. Marc et Jean en ignorent tout. Les récits de l’enfance de Jésus, les deux premiers chapitres de Matthieu et Luc, ne sont pas des récits historiques, des reportages sur les faits. Jésus n’est pas né un 24 décembre, ce que les textes eux-mêmes ne disent pas d’ailleurs, Marie n’est pas allée visiter Elisabeth, les mages ne sont pas venus vénérer le roi des Juifs qui venait de naître, Jésus n’a pas eu de discussion à douze ans avec les docteurs de la loi, etc.
Ces chapitres de l’enfance sont une préface à l’évangile et ne parlent pas de la naissance de Jésus, dont factuellement, ils ne savent rien. Ils présentent les grands thèmes de l’évangile et introduisent à la confession de foi : Jésus est Seigneur.
Est-ce à dire que, historiquement, tout est faux ? Non. Le pèlerinage annuel à Jérusalem est une pratique effective, de certains Juifs, particulièrement pieux, à l’époque de Jésus. Y inscrire la famille de Marie et Joseph en dit long sur la culture religieuse que l’on reconnaîtra à leur enfant lorsqu’il sera devenu Rabbi.
Mais c’est trop peu dire. La vérité du texte est en énigme ; il faut la déchiffrer. Encore faut-il voir l’énigme. Luc nous la propose, énorme. Qui ne la verrait ? Un enfant de douze ans qui tient tête à la sagesse des plus savants ! Evidemment, si vous savez qu’il est le fils de Dieu, que c’est un magicien, rien ne vous étonne. Mais votre savoir vous empêche de vous émerveiller. Car devant les magiciens, normalement, on continue à s’étonner, bien que l’on sache qu’il y a un tour. Là, on ne s’étonne même plus. En fait, on ne veut surtout pas que le texte évangélique nous bouleverse, change quoi que ce soit à notre vie. Qu’il soit domestiqué, muselé, que sa vérité n’ait pas plus d’importance, voire moins, que deux et deux font quatre, et nous serons chrétiens, sans que cela ne change rien à notre vie. Exactement ce qu’il nous faut ! Mais alors Noël est folklore même pour les chrétiens, et ce n’est pas du monde sans Dieu qu’il faut se plaindre, mais de nous-mêmes !
Ne pas s’étonner dans un texte qui met l’étonnement en son centre, c’est encore plus curieux ! Les gens s’extasient, les parents s’étonnent et ne comprennent pas, et nous, nous ne verrions même pas le problème ?
Jésus est ce dont parlent les docteurs de la loi, la vie avec Dieu, Dieu au milieu de son peuple, la loi de sainteté de ce peuple porteur de Dieu, hôte de Dieu. Jésus est la sagesse que ces docteurs et tout le peuple tentent d’approcher. Cette sagesse se découvre dans le temple, parce que lorsqu’il s’agit de vérité, c’est toujours sacré. Cette sagesse se révèle dans les questions que les hommes se posent parce qu’elle n’est pas un savoir, comme deux et deux font quatre, mais la vie, qui se transmet dans le partage.
Jésus avec les docteurs de la loi, c’est une confession de foi, celle de la résurrection. C'est au bout de trois jours que ses parents, figures des disciples qui cherchent et s'étonnent, retrouvent Jésus, comme après sa mort. Jésus est la sagesse de Dieu, celle à laquelle nous aspirons parce qu’elle est vie.
N’est-ce pas cela la vérité, plus que l’incroyable mise en scène que Luc ne cherche pas à nous faire croire ? Jésus est-il la sagesse que nous cherchons dans nos vies, pour nos vies ? Dans le temple, comme les anciens, nous avons ouvert le livre. Il a ouvert nos vies à ce que nous cherchons et qui nous étonne, la sagesse de Dieu, Jésus.





- Pour que l’Eglise, disciple de son Seigneur, participe à l’enfantement d’une humanité fraternelle
- Pour que le monde, chair de notre chair, enfante des enfants pour la fraternité
- Pour que ceux qui sont seuls ou vont passer la mort trouvent en nous les frères qui les enfanteront à la joie
- Pour nous-mêmes et nos familles, que nous nous fassions frères et sœurs de tous, que les liens du sang s’effacent devant ceux d’une commune humanité.

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