samedi 12 décembre 2015

Dieu aime notre faiblesse (3ème dimanche de l'Avent)


Nous lisons une des prophéties d’Isaïe avec des CM1. Le prophète invite le roi, Achaz, à demander un signe. Mais le roi invente un prétexte. Il n’a pas l’intention de prendre un temps de prière. Alors Isaïe s’emporte : « Ecoutez maison de David, il ne suffit pas que vous fatiguiez les hommes, il faut aussi que vous agaciez Dieu ! »
Que va faire Dieu ? Va-t-il punir le roi ? Et bien non : « le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. » Quand l’homme fatigue Dieu, que fait Dieu ? Celui qui n’est pas fatigué ; il donne même ce qu’on refuse de lui demander.
Oui, mais alors, c’est trop facile. Si chaque fois que les méchants n’en font qu’à leur tête, Dieu leur pardonne, ils n’ont qu’à continuer. Je n’invente rien, c’était avec les CM1 mercredi. La discussion s’engage. Tous sont gênés pour trancher. Oui, ce n’est pas normal que Dieu pardonne ainsi aux méchants, mais tous savent que Dieu pardonne toujours. Dieu ne serait-il pas normal ? Dieu ne serait-il pas juste ? Aimer le méchant comme le gentil, est-ce justice ?
J’en rajoute. Un jour Pierre demande à Jésus combien de fois il doit pardonner. Jusqu’à sept fois ? Non, jusqu’à soixante dix fois sept fois, tout le temps. Perplexité.
Je vous l’accorde, l’opposition binaire des méchants est des gentils, normale pour des CM1, ne convient pas aux adultes qui n’habitent plus au pays de Candy ! Alors, je pose une question : connaissez-vous des méchants ? J’ai droit à une liste que je n’interromps pas, avec bien sûr les terroristes et les voleurs. J’en demande d’autres mais la liste ne s’allonge plus. Je n’ai toujours pas ce qu’il me faut. J’ajoute : je crois qu’en ce moment, j’en vois.
Silence. Oui, nous aussi, parfois, nous sommes méchants. Ah oui ? Et alors, Dieu doit pardonner ou punir ? Evidemment pardonner. Et tu continueras de n’en faire qu’à ta tête puisque c’est si facile et que tu n’as pas besoin de te casser les pieds ? Non évidemment. Quand on est pardonné, c’est presque plus difficile de recommencer que quand on est puni.
Vous connaissez une histoire de Jésus qui raconte cela ? Un homme avait cent brebis et voilà qu’une d’elle se perd. Il abandonne les quatre-vingt-dix-neuf pour chercher celle qui était perdue, et lorsqu’il l’a retrouvée, tout content, il la charge sur ses épaules pour la ramener vers les autres. Et l’histoire ne s’arrête pas là. Il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. Ce n’est pas juste ? Heureusement que c’est comme cela, nous serions foutus ! Et en plus, le pardon, c’est la joie du ciel.
Les questions que les gens posent au Baptiste sont stupides (Lc 3, 1à-18). Pas besoin d’aller interroger le plus grands des enfants des hommes pour entendre ce qu’on sait déjà, que l’on doit partager et se contenter de son dû, que l’on ne doit pas faire violence, etc. Ces gens avec leurs questions d’enfants sages, de personnes bien élevées, semblent vouloir montrer combien ils sont justes, combien ils font bien. Ils n’attendent pas du Baptiste une réponse mais des lauriers. Jean leur envoie une volée de bois vert. La cognée est déjà au pied de l’arbre. Si vous ne vous convertissez pas, vous serez coupés, arrachés.
Quand on parle avec des gens qui se croient justes, que voulez-vous qu’on leur dise ? La peur du gendarme n’impressionne que ceux qui se croient justes et les maintient comme de force du bon côté de la ligne. Mais seul l’amour et le pardon font grandir, nous font peu à peu changer de vie. Qui n’a pas été pardonné ne sait pas ce qu’est être aimé. Pouvez-vous penser à la dernière fois ou vous avez été pardonné ? Pas si facile. Il n’y a pas tant d’occasions. Et pourtant qui n’a pas été pardonné sait-il ce qu’est être aimé ?
La prière de François pour cette année de la miséricorde se réjouit que les prêtres soient des pécheurs, sans quoi, ils ne sauraient aimer. Quel culot ! La traduction française n’a pas osé dire : « Tu as voulu que tes ministres soient eux aussi habillés de faiblesse pour ressentir une vraie compassion. » Et jeudi matin (10 12 15) le pape disait : « Dieu est amoureux de notre faiblesse. »
Ceux qui préfèrent le Dieu gendarme, gardien de la loi, législateur des commandements, ceux qui pensent que Dieu est injuste de pardonner aux pécheurs (mais que pardonnerait-il aux justes ?) sont refaits. « Que de tort est fait à Dieu et à sa grâce lorsqu’on affirme avant tout que les péchés sont punis par son jugement, sans mettre en avant au contraire qu’ils sont pardonnés par sa miséricorde. » (François 08 12 15) Nous n’avons pas d’autre Dieu que celui dont le visage se reconnaît sur celui du Samaritain. Notre Dieu est le bon Samaritain.
Dimanche de la joie. Il faut bien se réjouir car ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il retrouvé. Dimanche de la joie, parce que Jésus dit à notre propos ce qu’il disait de Zachée qui le recevait avec joie : Aujourd’hui, le salut est entrée dans cette maison.

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