samedi 5 décembre 2015

"Donne-nous ton salut" (2ème dimanche de l'avent)



« Fais-nous voir ton amour Seigneur, donne-nous ton salut ! » (Ps 85, 8) « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route. Tout être vivant verra le salut de Dieu ! » (Lc 3, 4. 6) En ce deuxième dimanche de l’avent, alors que les textes ne nous parlent toujours pas de noël, l’avent apparaît comme le temps du salut.
Les évangiles de la messe de semaine nous offrent toute une série de guérisons. Le salut, c’est d’abord, quand on est malade ou dans une situation de danger, retrouver la santé, être sauvé, sain et sauf. Le concept théologique de salut, aseptisé, vient de ce premier sens, charnel. Le salut, c’est une question de vie ou de mort.
Mais comme l’on meurt et que la prière n’y fait rien, comme les guerres se déchaînent et que la foi n’y change rien, on est bien embêté pour parler du salut de Dieu. Il nous reste plus qu’à le prévoir pour le jour de la résurrection, aux derniers temps, oubliant que nous sommes dans les derniers temps, que la résurrection est déjà commencée dès lors que nous vivons avec Dieu, ou, plus justement, le salut est déjà commencé puisque Dieu vit avec nous, que nous le voulions ou pas, le sachions ou pas.
Le salut, ce n’est rien d’autre que Dieu lui-même en tant qu’il donne la vie. Un vieux cantique de l’avent le disait : « Venez divin Messie nous rendre espoir et nous sauver. Vous êtes notre vie, Venez, venez, venez. » Le salut, c’est Dieu lorsque nous le reconnaissons, le confessons, comme celui qui jour après jour vit à nos côtés et donne à chacun de nos instants son poids d’éternité, sa gloire. Le salut, ce n’est pas un truc abstrait que Dieu donne ou un truc invérifiable, la vie qu’il donnera à la fin. Le salut, c’est aujourd’hui, dans la bouche de ceux qui confessent la bonté de Dieu, ce Dieu même qui se donne pour que nous ayons la vie.
Bien sûr, confesser le Dieu qui est don de vie, cela n’est pas affaire de paroles. On confesse que Dieu est vie qui se donne, lorsque soi-même, on est pris dans la dynamique de ce don et devient par Dieu, don à notre tour pour les autres. A la limite, pas besoin de connaître le nom de Dieu. Combien sont-ils les parents, sont-elles, les mères, qui donnent la vie, non pas en mettant au jour ‑ cela ce n’est pas si difficile, même les animaux donnent la vie en ce sens ‑ mais jour après jour, se font les serviteurs de la vie de leurs enfants ? Combien sont-ils, qui relaient ainsi le salut de Dieu, qu’ils le sachent ou pas, combien sont-ils à aplanir les routes pour que l’humanité quitte son accablement et revête des vêtements de joie ? Combien sont-ils ceux qui donnent leur vie à Dieu, non pas les prêtres et les religieuses, comme l’on dit, mais tous ceux qui se défont d’eux-mêmes, parfois des religieuses, religieux, prêtres aussi, pour que le monde soit vie.
Même quand tout est fini, le salut est encore possible. Il est encore possible de sauver quelqu’un même quand tout est fini, quand son cas est désespéré. En français, le salut désigne aussi la salutation. Et dans le salut, dans le souhait d’un bon jour, c’est la dignité de l’autre qui est manifestée. Le bourreau ne salue pas sa victime, il la tue. Nous saluons dans le vieillard grabataire notre humanité, même aux limites. La personne, ainsi saluée est relevée de l’indifférence ; elle n’est pas réduite à la déchéance physique ou mentale, elle est saluée comme une personne humaine ; sa dignité, si malmenée par la maladie, est révélée plus fort que tout.
Le salut commence ainsi, lorsque nous nous adressons un salut, un bonjour, une bénédiction. Dès le matin du monde, Dieu salue la création : il vit que cela était bon. Et quand il eut vu tout ce qu’il avait fait, après la création de l’homme, il déclare que c’est très bon.
Mais voilà que nous avons parlé de salut sans dire un mot du péché. Bien sûr, si le péché est dit comme une maladie, une mort, on comprend que l’on puisse parler de salut lorsque l’agneau de Dieu enlève le péché du monde. Mais cela ne doit pas réduire le salut au rachat, au pardon. Cela doit plutôt faire du pardon Dieu lui-même, s’il est vrai que sauver, pour Dieu, c’est se donner. Un peu de théologie fiction. Même si l’homme n’avait pas été pécheur, Dieu l’aurait sauvé, lui aurait donné sa vie, se serait donner à lui, l’aurait salué pour lui conférer sa divinité, l’aurait sauvé.
Dans nos vies habitées par le mal, dans le monde déchiré par la violence et la mort, oui, nous attendons le salut, la venue de Dieu qui guérit, fait toutes choses nouvelles. Mais dans la joie de vivre, dans la jubilation de l’amour partagé, Dieu aussi est salut, Dieu aussi se donne. Il est celui qui sauve, il est le salut des peuples. Bénédiction pour tous les peuples : Dieu vit ce qu’il avait fait, c’était très bon. « En séparant le sable et l’eau, Dieu préparait comme un berceau la terre ou il viendrait au jour. »

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