16/10/2020

Un évangile très politique (29ème dimanche du temps)

Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-21). On peut tout faire dire à ce proverbe, aussi bien la nécessaire séparation des autorités politiques et religieuses, que le cantonnement de la foi à la sacristie.

Or avec Jésus, pas un instant de la vie n’échappe à la foi. La vie spirituelle n’est pas un moment ou une activité parmi d’autres, à côté d’autres, elle est toute la vie menée dans le souffle de l’Esprit. Nous ne pouvons mener nos affaires, y compris économiques et politiques, autrement que transformés par la foi.

Certes personne ne peut être contraint d’opter pour une opinion politique, mais les disciples ne devraient pas pouvoir s’asseoir sur l’évangile et voter pour l’extrême droite, cautionner une politique discriminatoire, décider de la vie, rejeter les frères notamment pauvres ou migrants, empêcher que la foi, celle des autres aussi, ne puisse trouver communautairement un mode d’expression dans la cité.

Ainsi convient-il d’assumer ce qu’il y a de politique et de social dans la suite de Jésus. Les catholiques parlent de doctrine sociale de l’Eglise ; leur hypertrophie magistérielle focalise les regards sur les paroles et gestes du Pape : dépôt de gerbe à Lampedusa, réconciliation des divorcés remariés, respect de la vie, déclaration commune avec l’Imam d’AL-Azhar, encycliques Laudato si’ et Fratelli tutti.

Si nous manifestons des réticences voire des oppositions, nous devrons nous assurer qu’elles expriment ce que veut l’Esprit, ce à quoi invite l’évangile.

Le dérèglement climatique n’est plus contestable. En une quarantaine d’années, la date des vendanges par exemple a avancé de plus d’un mois. Certains doutent encore de la responsabilité humaine de ce changement. Il y en eut d’autres dans les millénaires anciens !

Quoi qu’il en soit, ce réchauffement est accompagné d’un appauvrissement invraisemblable de la biodiversité, de la destruction des forêts primaires et de catastrophes naturelles toujours plus violentes et nombreuses. Mieux vaut détruire les insectes pour sauver les betteraves que de dédommager les agriculteurs ou envisager un autre type d’agriculture. La responsabilité de l’homme ici n’est pas discutable.

La crise écologique n’est pas affaire de petites fleurs. Elle a des conséquences économiques et sociales gravissimes. L’augmentation du niveau des océans contraint des millions de personnes à la migration. Le niveau de vie élevé d’un pourcentage réduit d’entre nous contraint la majorité à une précarité toujours plus grande. La crise sanitaire ne fait qu’accélérer ce processus. « Tout est lié » de sorte que lorsque la planète se meurt, c’est l’humanité, à commencer par les plus pauvres, qui agonise. Et si nous ne nous sentons pas concernés, c’est sans doute parce que nous vivons de ce que les autres crèvent. « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » (V. Hugo, L’homme qui rit)

Voilà, nous sommes en pleine politique au nom de la foi. Pourrons-nous nous taire au nom de l’évangile ? Comment notre vie dans l’Esprit ne serait-elle pas concernée par ces inégalités et conditions inhumaines ? Si notre foi est en dehors de tout cela, elle n’a plus aucun sens, et notre présence ici n’est que simagrée et hypocrisie.

Pousser la majorité de la population mondiale dans une précarité toujours plus grande, non seulement dans les anciennes colonies, mais dans les banlieues et jusque dans nos villages, c’est semer la guerre. Il est hors de question de justifier quelque violence que ce soit. Mais il faut reconnaître que la première violence est souvent celle des injustices et inégalités.

Crise écologique, crise sociale et économique, crise politique et internationale, crise migratoire, « tout est lié ». Rendre à César ce qui est sien, ce n’est surtout pas se réfugier dans la prière en espérant que les catastrophes nous épargneront quitte à tomber chez le voisin. Rendre à César ce qui lui revient, c’est se faire disponible à l’Esprit pour être artisans de paix, du respect mutuel, du partage, de la dignité des conditions de vie.

 

 

 

Ton serviteur Jésus a compris que ton amour dépassait toutes les limites, de religion, de genre et de statut social. Donne à ton Eglise d’avancer libre sur les chemins de l’amitié entre les peuples, au service de tous.

Ton serviteur Jésus renvoyait les politiques et les citoyens à leurs responsabilités. Que chacun, aujourd’hui, invente les chemins pour vivre ensemble et vaincre les haines. Nous te prions pour toutes les victimes de la haine.

Ton serviteur Jésus est mort pour que ton nom ne soit jamais instrumentalisé et qu’ainsi il soit sanctifié, lié seulement à la dignité de chacun. Que notre communauté témoigne de ta sainteté et de la dignité de tout homme.

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