21/03/2025

Le jugement dernier est résurrection (3ème dimanche de carême)


« Faire honte, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas d’affects de cruauté même avec les gens qui ont été cruels, Je ne me réjouis jamais de voir puni quelqu’un même pour des actes très très graves. J’ai toujours eu un peu de pitié en moi pour les gens extrêmement violents. Je pense que, avec Durkheim, la pitié pour le criminel est le point de départ d’une civilisation. Cela ne veut absolument pas dire que les actes n’ont pas été terrifiants, que les gens ne sont pas blessés, ne sont pas meurtris. Il ne faut pas lier la reconnaissance d’une blessure à la construction de celui qui l’a infligée comme un monstre ou comme un criminel. On peut faire une théorie et une science de la blessure différente, sans nier les blessures ni les viols, ni les agressions ou toute forme de meurtre, mise en danger de la vie d’autrui ou de son intégrité. »

Ces mots sont ceux de l’auteur de Par-delà le principe de répression. Punir, est-ce rendre justice ? Ces mots sont inaudibles mêmes derrière les barreaux. Combien de détenus pensent normal de payer leur dette à la société ? Quelle dette ? Depuis quand une peine permet-elle de rembourser ou de guérir une victime ? Quelle dette envers la société ?

S’ils pensent ainsi, comment les condamnés pourront-ils se regarder de nouveau, « s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ » ? Comment être quitte avec qui l’on a tué ou violé ? Comment ne plus s’en vouloir ?

Le mal n’est jamais bon, y compris s’il est punition. Le mal n’est jamais justifié, y compris lorsqu’il faudrait punir quelqu’un du mal qu’il a commis. Rajouter du mal au mal n’est pas stopper le mal, mais l’honorer, le poursuivre, de multiplier.

Avec mon auteur, je ne veux avoir, au moins déclarativement, aucune complicité avec les maux, les crimes et délits, quoi qu’il en soit de ma vie. Faire souffrir n’est jamais la réplique au mal commis. « Voir souffrir, quel plaisir ! » ; Nietzsche se moquait des justiciers.

Le jugement dernier, c’est le non au mal. Et ce non, sous peine de se contredire, ne peut être un mal. Dire non au mal, c’est pour relever, ressusciter. Oui, en premier, la victime, parce que les derniers sont les premiers. Mais aussi, le bourreau.

Il est des bourreaux dont je ne sais que faire. Hitler et quelques autres. Je veux bien que devant ces gens-là, mon raisonnement ne tienne pas, qu’il ne soit plus possible de raisonner. Et pourtant, j’aimerais que leur folie meurtrière ne m’entraine pas, n’entraîne pas l’humanité avec eux. Vous me direz, quand l’agresseur menace de son canon, il est sans doute requis de lui tirer dessus au plus vite. Si pour moi je peux choisir la non-violence jusqu’à y passer, je me dois de tirer plus vite lorsqu’un enfant est tenu en joue. C’est ce que l’on appelle le péché originel, l’impossibilité d’être indemne du mal, toujours sous sa loi, son emprise.

On ne construit pas une politique de la sécurité avec de telles simplismes. Il y aura toujours des criminels violents, cyniques, pour détruire ceux qui les empêchent d’être encore plus riches, ne serait-ce que parce que le bien des pauvres n’est pas encore leur. Cette histoire est racontée dans les Ecritures. « Cet homme, c’est toi ! »

Le jugement dernier c’est la résurrection. « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. » Ainsi, rien ne vient comme sanction du destin. Dieu ne permet jamais le mal. Entre punition et guérison, il faut choisir. Et Jésus en paie le prix, y met le prix. Par fidélité à ce qu’il croit du Dieu qui aime « les ingrats et les méchants », il poursuit jusqu’au bout le chemin de l’amour, y compris de l’ennemi.

C’est une conversion de l’idée que nous nous faisons de Dieu. Il ne punit pas, ne permet pas le mal, parce qu’il en est lui-même la victime. C’est pour être à tout jamais du côté des victimes que Dieu meurt en Jésus, ce n’est pas pour faire souffrir le coupable. C’est parce que Dieu meurt en Jésus pour dire non au mal que le jugement dernier est résurrection.

Je serai traité de rêveur irresponsable et c’est terrible alors que l’équilibre mondial est fragilisé. J’assume de penser qu’il n’y a que la contagion, homme à homme, personne à personne, de la bonté, qui révolutionne le monde. Si vous voulez appeler cela l’espérance, pourquoi pas. Mais à une condition, ce n’est pas pour demain qu’il faut refuser le mal, après la mort, mais aujourd’hui. Non du jugement dernier au mal, non à ce qui détruit ‑ qui est résurrection.

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