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22/08/2025

« Eloignez-vous de moi, je ne vous connais pas. » (21ème dimanche du temps)

La porte étroite 

 

Ce qui arrivera à ma mort ne me préoccupe pas. Passer sa vie à préparer le ciel, croire pour demain, ne m’intéresse pas. De surcroît, il n’est pas d’autre manière de préparer la vie après la mort, si elle existe, que de vivre dans la chair, ici et maintenant. Considérer cette vie non comme une propédeutique, mais comme la résurrection et la vie, avec le plus de sérieux possible, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas s’amuser ni jouir, au contraire.

La porte étroite s’ouvre pour que l’on ressuscite aujourd’hui. C’est aujourd’hui que le Seigneur nous connaît ou non. Le jugement dernier, dans la chapelle Sixtine, eut-il jamais quelque influence sur le vote des cardinaux ? Ils n’élisent pas celui qui est le meilleur pour l’Eglise mais celui qui va le plus dans leur sens. La preuve en est qu’ils ont toujours choisi l’un d’entre eux, alors que le droit ne l’impose pas. Qui nous fera croire que, depuis que le conclave existe, le meilleur a toujours été un cardinal ? Quelle auto-estime démesurée, quelle superbe ! Qui nous fera croire que la peur du Jugement dernier retient les rois très chrétiens de la guerre et encourage les milliardaires très catholiques au partage sans acception des personnes, hantés par la seule justice ? La peur du jugement dernier a-telle jamais retenu un croyant voire un théologien du fanatisme et de l’intransigeance, cramponné à son catéchisme pour exclure ou supprimer celui qu’il voit hérétique ?

Ceux que je visite en prison, chrétiens ou non, savent qu’ils ne sont pas dans les clous, mais cela n’a pas l’air de leur faire craindre l’enfer. Une fois seulement, un truand, aussi agréable que violent, m’avait dit que la damnation était son tourment. Aussi vertigineux et sans réponse que ce soit, je ne pus que m’interroger : n’aurait-il pas mieux valu que la vie de ses victimes, celles de sa femme et ses enfants aussi, fussent son tourment ? Porte étroite...

Le Seigneur me connaît-il ? Je mange et bois avec lui, au moins sacramentellement. Mais est-ce ce dont il s’agit ? Manger et boire avec lui, s’il s’agit de l’étude, qui d’une façon ou d’une autre est toujours étude de sa parole, dans le grand-livre de la création ou dans celui des Ecritures. Est-ce dont il s’agit ? Manger et boire avec lui, dans la fraternité qui fait vivre parce que l’homme ne vit pas seulement de pain. Est-ce ce dont il s’agit ?

Que savons-nous de l’authenticité de notre vie de disciples ? Devons-nous même en savoir quelque chose ? On s’estimerait en avoir fait assez, ou au contraire n’en avoir jamais fait assez. La même maladie : le salut comme une rétribution, un dû, et non un don, une grâce.

Etre reconnu ou non pour avoir mangé et bu ne peut être affaire de ce que nous avons fait ou non, parce que cela nie la gratuité du don de Dieu. Et la multitude de ceux qui viennent de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu n’est pas celle des gens bien mais qui ne comptent pas sur eux pour vivre.

« Mon Dieu, mes amis. » Prière de Jacques Pohier. Compter sur les autres non parce qu’ils sont à mon service, mais parce que sans eux, je ne peux rien faire, je ne suis rien. « Sans moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire ». Et le moi de Jésus, c’est tous, dès lors que nous nous osons à appeler chacun ami, comme lui, nous appelle ses amis.

La porte étroite ‑ ne pas commettre l’injustice ‑ découvre la Vie, révèle la vie, est son apocalypse, ici et maintenant. Se faire mendiant, tendre les mains, les ouvrir, non seulement parce que c’est l’autre qui fait vivre, mais parce que cela lui permet d’être providence. Les parents savent que leurs enfants ‑ certes pas toujours, mais tout de même ‑ sont leur providence, la joie d’une grâce, d’une gratuité offerte. L’amitié est cela, y compris et d’abord avec l’ami si lointain, mon prochain, celui dont je voudrais savoir être le prochain.

Elle est large la porte qui mène à la mort. Et ce n’est pas bien sûr les futilités de l’existence vilipendée dans les homélies, mais l’injustice, violence et escroquerie, crimes et viols, chaque fois que je mets la main sur l’autre pour prendre, me servir, plutôt que d’ouvrir les mains pour recevoir. Il est assez rare qu’à espérer la vie, à la recevoir, on commette l’injustice. « Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » On dira que cela n’a rien de chrétien, que c’est un simple humanisme. Allez-vous plaindre à Jésus, à notre texte, version lucanienne de la parabole du jugement dernier de Matthieu ! Mais n’oubliez pas, c’est maintenant et pour maintenant qu’il ne faut pas rater la porte étroite de la Vie.

 

 

Parvine CURIE (1936)
La porte étroite, 1992
Pierre de Chauvigny, 55 x 32 x 44 cm 

 

20/06/2025

Eucharisto ! (Le corps et le sang du Seigneur)


La basilique Sainte-Sabine, à Rome, conserve un portail de bois sculpté contemporain de sa construction, vers 430. L’un des panneaux rapportent trois épisodes de la vie de Jésus identifiés avec certitude : la guérison de l’aveugle-né, les noces de Cana et la multiplication des pains. Les spécialistes parlent de trois miracles de Jésus. L’un ou l’autre pensent qu’il ne s’agit pas d’un aveugle, mais de Madeleine avec le jardinier près du tombeau.

Quelle est l’unité des trois scènes ? Deux sont décidément eucharistiques, mais pas la troisième. Mais faut-il avoir une drôle de conception de l’eucharistie pour ne pas voir qu’il ne s’agit ni de miracles ni de l’eucharistie, mais seulement ‑ si j’ose dire ! ‑ de la résurrection ? Faut-il que notre théologie soit déficiente pour ne pas comprendre que l’eucharistie est affaire de résurrection ? Faut-il ne jamais avoir écouté l’extrait de la lettre de Paul que nous venons de lire : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26) ?

Nous avons découpé la proclamation de l’évangile en diverses traités autonomes qui n’ont plus rien à voir entre eux, de sorte que l’on parle ou de l’eucharistie ou de la résurrection. Or nous ne confessons que ceci : Dieu se donne, Dieu signifie don, ou grâce. Vous pouvez décliner cela de plusieurs façons, mais que vous parliez de création, de salut, de sacrements, d’eucharistie, de baptême, de mission, de Trinité, de jugement dernier, de miséricorde, d’amour de Dieu, de révélation, de souci des frères, d’incarnation, de calvaire et de résurrection, et j’en passe, vous désignez et confessez le Dieu qui se donne.

Au 5ème siècle et à de rares exceptions près jusqu’en l’an mil, il n’y a pas de représentation de la Cène. Non que les communautés ne considèrent pas la fraction du pain chaque dimanche comme centrale ; mais elle n’a pas de sens en soi, elle est sacrement et réalité du Dieu qui s’offre se faisant nourriture, en épousant l’humanité dans une alliance nouvelle. Un siècle plus tôt, à Nicée, il n’est venu à l’idée de personne de parler de l’eucharistie dans la profession de foi. Elle est déjà dite, pour ainsi dire, dans le reste du texte. Un siècle plus tôt encore, vers 250, Cyprien expliquait pourquoi on ne célébrait pas la messe le jeudi, en souvenir de la Cène, mais le dimanche. C’est en effet au matin du premier jour de la semaine que le Christ est ressuscité. L’eucharistie n’a pas de sens en soi, ce qui serait le cas si on se rassemblait les jeudis soir. Elle désigne la résurrection, le don par Dieu de sa vie.

A Cana, l’eau vive, l’eau de la vie, l’eau qui donne la vie, a le goût du vin, celui qui réjouit le cœur de l’homme, parce que lorsque Dieu se donne c’est l’ivresse assurée, non avec de la piquette, mais avec le meilleur. Le mal qui touche depuis l’enfance l’aveugle est détruit : Dieu veut l’homme libre et vivant. C’est ce qu’entend Madeleine, dans un jardin comme l’Eden et non dans un cimetière, lorsque l’Adam nouveau, jardinier des desseins divins, la libère de tout attachement au passé. Noli me tangere !

Le récit de la multiplication (Lc 9, 11-17) n’est pas un texte eucharistique. Il s’agit d’un récit de salut, la foule est nourrie comme autrefois le peuple dans le désert. De la mort – au moins comme menace – à la vie. Le récit de la multiplication est un texte eucharistique. Non seulement sa forme le laisse deviner. Comme tous les miracles, il n’a pas sens en soi mais par ce qu’il désigne, comme Cana, la guérison de l’aveugle ou la rencontre avec Madeleine.

Ainsi, on comprend que nos eucharisties ne sont ni rite, ni sacrifice, ni offrande. C’est Dieu qui offre sa vie, qui s’offre. L’humanité dont la communauté rassemblée est le signe, tend les mains pour le recevoir. Le pain n’est pas l’eucharistie, mais la parole qui fait vivre, puisque l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur. Le pain est l’eucharistie, puisque c’est en le rompant que Jésus manifeste combien le Père aime ce monde. Sa fidélité à Dieu en fait l’homme pour les autres.

A la multiplication de pains comme à Cana, comme dans les guérisons, la création est sacrement du don de Dieu, est sacrement de Dieu comme don de vie, Dieu qui se donne pour que l’homme ait la vie, résurrection. C’est un pléonasme, mais il faut pourtant en user tant on l’oublie : Dieu signifie se donner. Et nous rendons grâce, nous remercions. Merci, eucharisto.


 

 

 

06/06/2025

Cadavre ou Esprit (Pentecôte)

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Le déploiement dans le temps de la pâque de Jésus, jusqu’à l’ascension et la pentecôte, est une invention lucanienne qui rend compte d’un unique et même évènement dont la diffraction permet de mieux saisir l’intensité. Reprenant le calendrier des fêtes juives, il substitue l’Esprit à la loi comme don de Dieu ; altissimi donum Dei.

L’évangile de Jean connaît aussi cette substitution, énoncée dès le prologue : « la loi fut donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. » Mais Jean choisit la concentration pour dire la densité pascale. Tout a lieu à la croix, instrument du supplice, lieu de la mort, de la glorification, de l’élévation de terre et de la remise de l’Esprit.

Si la narration lucanienne en vient à occulter la logique johannique, on est enfermé dans une histoire sainte, friande d’anecdotes plus que de sens. On est distrait de l’essentiel et ne comprend plus même ce que Luc veut dire. Ainsi, il est opportun, dans le cycle liturgique de l’année C, lucanien, de lire l’évangile de Jean !

Avec la mort, c’est fini. La résurrection n’est pas happy end qui ferait de la mort une péripétie momentanée, vite dépassée. Luc console de leur tristesse infinie les deux marcheurs d’Emmaüs, leur laissant le temps d’ouvrir les yeux, de se réveiller de leur non-foi. Il atténue la violence de la disparition pour accoutumer les disciples à ce départ inexorable, au risque de laisser croire que Jésus demeure présent avec eux jusqu’à la fin. Or, « les pauvres, vous les aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. » (Mt 26, 11 et // Mc et Jn)

Mais non, Jésus n’est plus là, absent du monde. On ne peut s’accrocher à une présence. Comme lorsque l’on a déposé un corps en terre, on quitte le cimetière vides, vidés. Pour Jésus, même la tombe est vide ! Rien ne comble la béance … sinon l’illusion, l’idole.

Jean enfonce le clou, si l’on ose dire : il vous est bon que je m’en aille. C’est ou Jésus, ou l’Esprit : « Si je ne m’en vais pas, le défenseur ne viendra pas à vous. » (Jn 16, 7) La Pentecôte, au soir du Golgotha, ou cinquante jours plus tard, est la fin de la présence de Jésus. La loi qui est péché et mort (Rm 5-8) est renversée par l’Esprit « qui donne la vie » et qui est « la rémission des péchés, la vie éternelle ».

Les chrétiens convaincus que Jésus est présent parmi eux peuvent s’y croire. Ils en font un objet d’adoration, comme les Hébreux avec l’arche d’alliance, talisman, protection. Les Philistins s’emparent de l’arche et le peuple meurt d’avoir fait de son Dieu une idole. L’Eglise peut réduire Jésus à l’idole, jusque dans la pratique eucharistique.

On ferait bien de moins dire la présence de Jésus, pour laisser l'Esprit vivre en nous, changer nos vies, les convertir. La présence de Jésus empêche l'Esprit. On se dit disciple, mais l’on est accroché à un cadavre ‑ Noli me tangere ! Faut dire que l’Esprit, inobjectivable, ne se repère que dans la transformation de nos vies, et qui a envie de transformer sa vie ? Les ossements desséchés, désormais, c’est l’humanité dont l’Eglise est le sacrement, les prémices.

[« Il ne faut pas comprendre la fondation de l’Eglise de manière juridique et légale, comme si le Christ avait confié à quelques hommes une doctrine et une Carta magna fondatrice, tout en restant en dehors de cette organisation. Il n’en est pas ainsi. L’origine de l’Eglise est quelque chose de plus profond. Le Christ a fondé une Eglise pour continuer à être lui-même présent dans l’histoire des hommes, précisément à travers ce groupe de chrétiens qui forment une Eglise. L’Eglilse est donc la chair dans laquelle le Christ réalise, au long des siècle, sa propre vie et mission personnelle. » Mgr O. Romero, 2ème lettre pastorale, 1977]

L’Esprit c’est la liberté et la responsabilité. C’est à nous désormais d’être par le souvenir que fait surgir l’Esprit, non le signe de la présence, mais la présence de Jésus. Nous ne prenons évidemment pas sa place, mais nous ne sommes pas signe non plus, comme si ça présence était voilée et qu’il fallait l’indiquer par des signes. Nous avons la responsabilité et la liberté, par l’Esprit, d’être sa présence en ce monde, pour ce monde.

La prière exprime l’attente de son retour, le désir de lui. Les contemplatifs sont cela de façon exponentielle. Non pas demeurer en sa présence, mais l’attendre, comme le jour nouveau, « car il se lève à l’Orient ». La prière est l’expérience de son absence impossible qui nous tend vers « les cieux nouveaux et la terre nouvelle, où la justice habitera ».

Avec le silence de la quête, comme Jésus, nous nous évertuons à passer en faisant le bien, à pardonner, à donner vie. Dans la liberté et la responsabilité, réconcilier, relever les morts, « les pauvres toujours présents avec nous », en samaritain des frères et sœurs. L’Esprit est Dieu qui habite avec son peuple, maintenant que Jésus est absent, pour que dans la mort lève la vie. Et in spiritum sanctum et vivificantem, […]et remissionem peccatorum.

Chrispijn van den Broeck (1523-1591), (vers 1570).

 

 

25/04/2025

Mortelle course au merveilleux, Jn 20 (2ème dimanche de Pâques)

L'incrédulité de Thomas sublimée par le tableau du Caravage

Les récits d’apparition ne sont pas des histoires merveilleuses qui prouveraient la résurrection. Il faut comme tous les textes, les prendre à la lettre pour n’être pas fondamentaliste. On comprend qu’ils sont une stratégie pour dire l’impossible et non un reportage en direct de l’intervention d’un Deus ex machina. Le miraculeux surnaturel ne rend aucune puissance à celui qui en a manqué lorsque son fils agonisait sur la croix. Dès le début du chapitre on est prévenu. Le disciple que Jésus aimait voit et croit. Mais que voit-il ? Rien, puisque le tombeau est vide. Que croit-il ? Pas grand-chose ; il rentre chez lui et on en reste là.

Madeleine ne sait pas qu’elle parle à Jésus même si elle a bien raison de le prendre pour le jardinier, celui des premiers matins du monde, qui nomme toute chose et l’appelle elle encore, mais elle seulement, par son nom : Maria. Son annonce aux disciples ne provoque rien. Il n’y a toujours pas de foi, si ce n’est celle de Madeleine.

Comment est-il possible de voir sans reconnaître celui avec qui, trois jours avant, on partageait encore le repas ? Si est heureux celui qui croit sans voir, ce chapitre ne peut pas raconter pas des visions ! Il se contredirait. Et d’ailleurs, qui croit dans ce texte ? Le mot n’est employé que pour Thomas, c’est tout dire. L’échec est total, croire, ce n’est pas voir.

L’apparition désigne une manière de voir la réalité, telle qu’on la découvre dans la confiance et l’amour. Avec ceux que l’on aime, quand on pratique la bonté, on voit autre chose. L’apparition n’est pas une vision miraculeuse, probante, car s’il y a preuve il n’y a pas de confiance. La preuve tue la foi. S’il y avait des preuves de la foi, ce ne serait pas la foi ‑ ce qui ne signifie pas l’irrationnel de la foi, mais sa gratuité et son caractère ab-solu.

Le miracle n’est la preuve du divin que chez les païens superstitieux. Les magiciens de Pharaon ont le même pouvoir que Moïse à transformer leur bâton en serpent. Si le merveilleux étonne, il endort aussi. L’idolâtrie, hier comme aujourd’hui, c’est la confiance indue et arrachée en une solution miracle, en un homme providentiel. Rien de cela n’existe sous le soleil sauf à vouloir prendre des vessies pour des lanternes. C’est curieux comme l’on est porté à croire le merveilleux et à ne pas croire le frère dans l’ordinaire des jours.

C’est pour ne pas blasphémer qu’il est impossible de lire ces apparitions comme des miracles, des interventions de Dieu dans le monde. Si Dieu en est capable, qu’attend-il en Palestine, en Ukraine, dans la région des Grands lacs et la Corne de l’Afrique, au Tibet ou au Cachemire, etc. Il est trop tard quand l’enfant est mort de faim, quand la femme est violée, quand l’injustice triomphe. Soit Dieu peut intervenir et s’il ne le fait pas, comment pourrions-nous le croire, mettre en lui notre confiance ? Soit il ne le peut pas, et réclamer son action est blasphème, telles les moqueries à la croix : « sauve-toi toi-même si tu es le fils de Dieu ».

Il faut dire, sous peine de blasphème, que Dieu n’est jamais côté puissance, jusque dans la résurrection. Il se range parmi les victimes et ne cessent d’agoniser avec elles. Ainsi, au plus profond de la fosse, une résurrection est possible. Notre rêve de le voir intervenir dénonce notre infantilisme à croire au Père Noël : Mon papa, il est gendarme !, rêve de toute puissance projeté dans le ciel. A moins que ce rêve ne dise que définitivement nous nous situons du côté des puissants, n’ayant rien à faire de qui meurt écrasé.

On comprend l’importance du récit sans et avec Thomas qui vient assurer qu’ils n’ont rien vu. « Heureux qui croit sans avoir vu. » Et le texte déjoue encore la matérialité tout en affirmant la résurrection de la chair, matière humaine. Le corps se joue des huis ! Les repas partagés sont parabole du Dieu Père, banquet eschatologique.

Croire, c’est partager le pain et la vie comme Jésus et l’on voit ce que l’œil n’a jamais vu, les pauvres relevés, la résurrection de la chair. Ce ne sont pas des miracles, coups de théâtre, mais ce que la confiance permet de voir. Thomas dans le trou des plaies ne peut voir que la pourriture de la mort. Nous lisons les Ecritures non pour enregistrer des miracles, une histoire sainte et merveilleuse, mais pour que nos vies soient transformées, converties par lui, avec lui et en lui. La visite au tombeau de Pierre et du disciple que Jésus aimait ne les convertit pas. On peut faire des Ecritures un tombeau ! Les récits d’apparition invitent à vivre.

« On ne peut pas enfermer [le Christ] dans une belle histoire à raconter, on ne peut pas en faire un héros du passé ou penser à Lui comme à une statue placée dans la salle d’un musée ! Au contraire, nous devons le chercher, et pour cela nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous devons nous mettre en mouvement, sortir pour le chercher : le chercher dans notre vie, le chercher sur le visage de nos frères, le chercher dans le quotidien, le chercher partout sauf dans ce tombeau. » (François, Homélie du jour de Pâques, sa dernière.)