06/12/2025

Ils marchent sur la tête !

Fichier:Hendrick Goltzius la chute de Phaéton.jpg 

 

 

Ainsi donc, l'Eglise catholique choisit le masculin célibataire comme plus important que la célébration de l'eucharistie dans les communautés, plus important que le ministère ordonné.
Il est tellement important de tenir des mâles célibataires que nombre de communautés ne peuvent plus célébrer ordinairement la mort et la résurrection du Seigneur.
Par ailleurs, mais c'est la même chose, on reconnaît qu'il faut que les femmes puissent avoir droit au chapitre, mais pas au ministère. Ce faisant, on dénature et le ministère comme munus gubernandi. Pour sauver le secondaire on méprise le plus important.
L'Eglise catholique est hérétique à sa propre orthodoxie.
Combien de temps les évêques vont-ils non seulement marcher sur la tête, mais tuer l'Eglise ?
 
Burin d'Hendrick Goltzius, réalisé en 1588 

 

Pas d’autre nom par lequel nous ayons la vie (Immaculée conception de Marie)

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De Maria nunquam satis. Non ! trop, c’est trop. Mater Populi fidelis (10/2025) du dicastère pour la Doctrine de la foi freine les velléités d’enflure mariolâtriques. Il était temps mais le dicastère va finir progressiste ! Ce n’est pas que la seule inadaptation d’une formule entrave la foi, mais à force, on finit par se détourner du cœur de la foi. On parle davantage de Marie, lui attribue plus d’importance dans la dévotion qu’à Jésus. Alors basta, ça suffit.

Et l’on aurait aimé que Pie IX eût la sagesse de Léo XIV. Au moment de la proclamation du dogme de l’Immaculée conception, en 1854, les raisons de cette nouveauté sont certes théologiques mais aussi politiques et intellectuelles. Rappeler combien le péché originel obère l’autonomie de la raison est une vile réponse du berger à la bergère. Pie IX fait d’une pierre trois ou quatre coups, et vlan sur le nez des Protestants, et vlan sur la superbe d’une raison qui se croit Lumière, et vlan sur les Etats qui revendiquent la sécularisation.

Qu’est-ce qu’on en a à faire que Marie échappe à la faute originelle ? De surcroît, par effet de prolepse, puisque c’est la résurrection à venir du Christ, qui la sauve du péché des origines. Si ce n’est pas une belle construction conceptuelle invérifiable ! Il faut maintenir l’exclusive du Christ comme salut, pour être encore chrétien ! Mais que comprenons-nous aujourd’hui par péché originel, et en quoi dire Marie immaculée nourrit la foi ?

Dans le combat à mort pour la vie, dans la lutte contre le mal, à la racine, Jésus paie le prix. Non que son obéissance ou ses souffrances mettent sur la table la rançon d’un rachat. Payée à qui, d’ailleurs ? On ne voit pas comment les souffrances, fût-ce de la deuxième personne de la Trinité ‑ j’emploie à dessein ce vocabulaire aussi exorbitant que malhabile ‑ vaincraient le mal. Jésus paie le prix pour être fidèle jusqu’au bout, eis telos, au Dieu qui voit la misère de son peuple, la fatigue mortelle de ceux qui ploient sous le poids du fardeau. En cet homme qui parle et vit de Dieu comme nul autre, Dieu est pleinement révélé, définitivement du côté des victimes du mal. C’est même cela Dieu, sit venia verbo, l’annihilation du mal par la proximité au créé jusque dans la mort. Il est résurrection.

Voilà notre foi, la victoire sur le péché, sur le mal radical aussi, non seulement le mal commis, mais la mort commune à tout vivant et encore l’effroi des destructions que le monde en souffrance d’enfantement subit en d’inexprimables et interminables gémissements. Si l’on veut dire l’efficace du salut, on peut imaginer dire que Marie en est épargnée. Or l’évangile dit sa souffrance, ne serait-ce qu’à travers la prophétie du glaive qui la traverse. Si la préservation du péché originel n’empêche pas que l’on souffre le martyre à voir mourir son enfant dans une infâme agonie, ne nie-t-on pas le salut ?

Nous ne cessons d’espérer l’eau vive et pure, immaculée, où nous désaltérer dans des déserts mortels, rendus stériles par le mal. Avec le mal commis, nous tuent la mort même et la finitude d’un si beau projet ‑ l’humanité à la ressemblance de Dieu. Le salut, pour l’homme c’est impossible, sinon reçu. Le plus humain en l’homme est divin et la résurrection est salut, vie, vie divine, éternelle. Nous confessons cela pour chaque humain, pour Marie aussi. Nous tâchons de le vivre, ici, car c’est maintenant, dans le mal, que nous accueillons la vie offerte.

Nous confessons que Jésus, reconnu comme habité par son Dieu et père d’une manière inouïe, unique, est le seul à inscrire indélébilement dans l’histoire et la chair la victoire de la vie, ce que tous appellent Dieu. Il est comme l’on dit l’unique sauveur et il n’y a pas sous le ciel d’autre nom par lequel nous puissions vivre.

Voilà ce qu’il faut marteler, pas tant par les mots, que par la vie. Vue l’urgence de s’engager à la suite de Jésus et de se laisser métamorphoser, transfigurer par lui, le reste n’est d’aucune importance, pire distraction. Assez parlé. Disons et vivons la profession de foi.


1660-65 Murillo
Marie sans Jésus

05/12/2025

« Il jugera les pauvres avec justice. » (2ème dimanche de l'avent)

 Fichier:James Ensor, Les bons juges, 1891.jpg

 

« Il jugera les pauvres avec justice. » (Is 11, 1-10) Est-ce à dire que les autres seront jugés n’importe comment ? N’y en a-t-il pas assez de cette soi-disant discrimination positive, des aides sociales qui coûtent un pognon de dingue, de la politique des assistés ? Il faut encore qu’en justice divine, ils aient un régime d’exception, pour être jugés eux avec justice. Si tout le monde n’est pas jugé de la même manière, c’est qu’il n’y a pas de justice.

Juger les pauvres avec justice signifie-t-il juger les autres avec injustice ? C’est bien le problème. Il y a une justice injuste. Ça existe. Juger les pauvres avec justice est suspect. L’intérêt, le mépris et l’habitude veulent que tout au long de l’histoire on les maltraite. De moins en moins en ont honte, riches décomplexés, agressés que doive primer le bien commun.

Le niveau économique des personnes incarcérées dans le monde montre que les riches en prison sont l’exception. Les « personnes pauvres » sont « massivement surreprésentées en détention », selon un rapport de 2021 d’Emmaüs France et du Secours catholique, intitulé Au dernier barreau de l’échelle sociale : la prison. Soit on assume un racisme de classe ‑ les pauvres sont plus malhonnêtes, plus violents et hors-la-loi, criminels et délinquants ‑ soit on cherche ailleurs l’explication : et si les pauvres n’étaient pas jugés avec justice.

Isaïe le savait, on l’a toujours su, on le sait encore aujourd’hui. Mais rien n’y fait. Le déficit de la France, ce sont les profiteurs d’aides sociales et non l’évasion fiscale, la sous-taxation des richesses. Des sociologues étudient l’oligarchie ploutocrate, les lois iniques mais légales, l’institutionnalisation des discriminations, les prédateurs au pouvoir, l’argent sans foi ni loi. Les millions de personnes qui recourent aux Restos du cœur, Secours Populaire, Secours Catholique sont-ils des profiteurs ou des spoliés ?

La prophétie du VIIIe siècle avant notre ère résonne comme un évangile, une bonne nouvelle : « il jugera les pauvres avec justice ». Et si les pauvres sont ainsi traités, la justice est effective. Si le paria est traité comme le puissant, alors, tous sont justement considérés.

La prophétie critique tous les pouvoirs, même celui de David, puisque c’est de Jessé qu’il faut repartir. David aussi est un pourri. Le rejeton n’est pas un puissant ni l’homme providentiel. C’est un petit garçon. Son portrait s’efface derrière son œuvre. Pas de culte de la personnalité, dépersonnalisé même, juste une racine.

Que peut bien signifier être gouverné, jugé, protégé, corrigé par une racine ? Ce n’est pas l’œuvre d’un humain, c’est ce qu’il y a de radical en l’humain, de séminal. Ce qui gouverne et rend la justice, c’est l’essence même de l’humanité, l’humanité dans les humains. Qu’y a-t-il de radicalement humain chez les humains ? Ce que l’on appelle ordinairement avec le mot de divin, non pour projeter dans un ciel hypothétique la justice et l’humanité, mais pour faire entendre que l’être de l’humain, débarrassé de ce qui tue, de la mort, est divin.

« Ce qui est divinement divin, c’est l’humain quand il est pur de la mort. [… ] Dieu c’est le plus humain de l’homme. […] Mystérieusement : le visage du Père est le frère, et l’œuvre du frère est maternelle : c’est de donner naissance et nourrir. » (Maurice Bellet, L’Epreuve, pp. 63-69)

L’attente de la justice pour les pauvres, la veille de cette justice, l’humanité de l’humain, des humains, pour les humains, c’est l’existence des disciples, l’existence disciplinaire. Il faut de la discipline pour veiller à la justice pour les pauvres, il faut même de la rééducation, disciplinaire. L’avent nous remet en face de la discipline, nous remet face à ce qu’est être disciple de Jésus. Se préparer à la fête de Noël est hérésie, idolâtrie, c’est se détourner du radical. Il y a urgence à abandonner la féérie des marchands de rêve et à choisir l’espérance à laquelle le monde aspire, déjà là quand les pauvres sont jugés avec justice.

Pour finir avec un peu de douceur, parce que le disciplinaire christique n’est pas violence mais bonté, écouter encore la poésie du prophète. « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. »

 

 James Ensor, Les bons juges, 1891

04/12/2025

C’est quoi, notre péché ?

 

C’est quoi, notre péché ?

Bien sûr, les fautes morales, le mal commis, ne serait-ce que par omission. Mais aussi notre embrigadement par les structures sociales qui aliènent tout autour de la planète et dans les sociétés tant de frères et sœurs, hommes, femmes, enfants.

C’est enfin, sans qu’il n’y ait à culpabiliser, mais seulement à le reconnaître, notre incapacité foncière, peut-être ontologique, à correspondre au projet divin, ce qui empêche, en nous et par nous, le Royaume maintenant.

Simul justus et peccator. Justi, parce que le Christ nous justifie, nous rend juste et qu’ainsi l’Esprit qui planait sur les eaux comme bénédiction d’amour, encore, ici ou là, souffle sa bienfaisante bonté. Peccatores, parce que même ce que nous faisons de bien n’est pas ce qui nous délivre du mal. Au mieux lui fait-il marquer le pas.

Nous n’en finissons pas d’appeler la venue du Royaume, maintenant. Nous n’en finissons pas de gémir : délivre-vous du mal.

 

Dieu notre Père ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.
C’est lui qui nous a aimés le premier et il a envoyé son Fils dans le monde pour que le monde soit sauvé par lui. Qu’il nous montre sa miséricorde et nous donne la paix.

Jésus-Christ, le Seigneur paie le prix contre le mal et nos fautes ; il s'en relève, ressuscité, et nous justifie, nous rend justes. Il a répandu son Esprit saint sur son corps et l'Eglise est le sacrement du salut.

L’Esprit saint, notre aide et notre défenseur, est la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. En lui nous pouvons nous approcher du Père. Que l’Esprit illumine et purifie nos cœurs : ainsi nous pourrons annoncer les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

Palerme, vers 1130