03/10/2026

Jénia BERKOVITCH, Car février n’en finit plus (poésie)


 

Pour Oulia

Aux funérailles du deuxième larron,
Derrière le cercueil, il n'y avait personne.
Personne pour baiser son front.
Vraiment absolument personne.
Personne pour venir le pleurer
Et soutenir sa mère.
Sa mère d'ailleurs n'était pas éplorée.
Tous avaient fini par comprendre
Que si l'un était juste, l'autre était un vaurien,
Et que si certains meurent pour une cause,
Les autres meurent tout simplement pour rien.
C'est lui qui a choisi de tuer, de violer,
C'est lui qui a payé.
Il ne nous revient pas de le plaindre ou d'absoudre
Un monstre tel que lui.
Ils sont allés au tombeau du gentil,
Ont trouvé le tombeau vide.
Il y avait bien là quelques nippes
Mais le Christ n'y était pas.
Et ces gens de crier de prier avec ferveur
De s'arracher les cheveux.
Mais lui était allé rejoindre le pécheur,
Ne voulant pas le laisser seul.

23 avril 2022 

Recueil dirigé et présenté par Alexey Voïnov
Editions Tourgueneff, Paris 2026 


Chapiteau de Vézelay, dans lequel le pape François voyait le bon pasteur porter Judas sur ses épaules. Il semblerait que la lecture soit anachronique.

Trasitus de François d'Assise / 8ème centenaire / 03 10 2026

 


« En tant que disciples du Christ, vous savez bien que la communauté chrétienne ne constitue pas un refuge dans lequel on se replierait pour se protéger de son époque. Au contraire, elle s’offre, à l’instar des anciennes cathédrales, comme un espace d’accueil, de respect, de révélation et de sens pour tous. C’est là que réside la force d’une Église vivante : accueillir la périphérie qui se trouve déjà en son cœur, accueillir celui qui est éloigné mais en réalité déjà proche, accueillir l’étranger en qui le Christ frappe déjà à la porte. » (Léon XIV, Notre Dame 25 septembre 2025)

Qui sont les exclus, ceux de la périphérie ? L’étranger sans doute. Tous ceux en qui nous ne reconnaissons pas la figure de frères et sœurs.

Qu’est-ce qu’un lépreux en Ombrie au tournant de l’an 1200 ? Un monstre que la maladie défigure ; le danger de la contagion qu’il faut fuir autant qu’exclure ; l’humain condamné purgeant une peine.

Les marchands d’Assises, derrière les remparts reconstruits, se protègent des assauts guerriers ; la nuit tombée, derrière les portes fermées, la ville s’isole et tient à distance les vagabonds voleurs et les lépreux. Marchands, pros de l’échange, ils ne commercent pas avec tous. Ils administrent la commune entre confères, enfin débarrassés de la tutelle d’un plus fort qui taxaient durement leurs gains. Une sorte de confrérie, une fraternité… entre pairs.

Lorsque François rencontre le lépreux, en 1205, il a vingt-trois ans et commence à comprendre que la vie, celle d’un fils de marchand destiné à prendre la relève du négoce ou celle d’un combattant pour l’emporter par la force, n’est pas la vie. Embrasser le lépreux, c’est embrasser la quintessence de l’indésirable, danger de la contagion, de la mort, devenir infrahumain ; le danger. Et cela le répugne de toutes les fibres de son être physique, social et culturel.

Mais le baiser au lépreux qui devient compagnon, avec qui il partage le pain, et surtout la mendicité, c’est la découverte de la fraternité. Une fraternité autrement plus ample que celle des marchands, qui n’existait qu’à se choisir entre égaux, c’est-à-dire à exclure tous les autres.

La fraternité aux dimensions de l’humanité, c’est ce que Jésus appelle le royaume. La commensalité, ou plutôt la frugalité avec les exclus ouvre la vie aux dimensions de Jésus lui-même et, si Jésus est Dieu, aux dimensions de Dieu. On comprend que celui qui s’y livre ne puisse plus voir le monde de la même manière.

François n’apporte rien au lépreux, il sait que l’on ne guérit pas cette maladie. Il ne peut l’imaginer à l’époque. François ne donne rien à ce lépreux. Il se flagelle, exercice d’ascèse pour se prouver qu’il est sur le bon chemin, celui de la sainteté. C’est lui qui reçoit. François ne fait pas la charité, il découvre le royaume maintenant, la terre nouvelle, les cieux nouveaux où règne la justice.

François n’accueille pas. Il sort. Pas de lépreux au centre, mais la périphérie comme centre. Dès les mois suivants, il a conscience que la ville ne peut accueillir ce qu’elle rejette et encore moins vivre à ses propres marges. Cela n’est possible ni dans la ville, ni chez son père, ni dans la confrérie, la fraternité des marchands. Il rend ses vêtements à celui qui habite le centre et n’y laisse entrer personne, de façon stable, égale, fraternelle.

Si je peux me permettre de corriger Léon, ainsi que m’y invitait un ami, il ne s’agit pas d’accueillir les périphéries, mais de s’y rendre, à tous les sens du terme. Il s’agit de demeurer avec les pauvres, les exclus, parce que c’est là que se trouve Jésus. Et comme François, nous ferons une drôle d’expérience. Ils n’entreront pas dans la cathédrale, en venant « chez nous ». C’est l’humanité tout entière qui deviendra cathédrale – voyez la dimension, voyez l’éclat, autre chose que Notre Dame, même superbement restaurée ! ‑ où tous seront chez eux, chacun chez lui.

 

Giotto, Mort et ascension de saint François, détail, Assise, entre 1290 et 1296.

02/10/2026

Produire du fruit ou vivre de recevoir ? (27ème dimanche du temps)

 


Comment lire la parabole des vignerons homicides (Mt 21, 33-43) comme une parabole et non une simple allégorie qui mènerait quasi obligatoirement à une lecture anti-juive, substitution de l’Eglise à la Synagogue ? En outre, une fois effectué le grand remplacement, la parabole ne serait plus qu’une archive, trace historique de la nécessité du remplacement et n’aurait plus rien à dire aujourd’hui aux chrétiens qui la lisent. Aujourd’hui, c’était fait, la vigne est en de bonnes mains qui lui font produire du fruit.

Il y a dans la parabole un remake du jardin d’Eden. Le propriétaire installe sa vigne comme le créateur le jardin et en prend soin comme l’homme chargé de garder et de cultiver le Paradis. Les vignerons, comme l’homme et la femme, mettent la main sur le fruit, se l’approprient, prennent la place du maître, se font Dieu.

Le texte comme souvent pourrait nous tendre un piège, laissant penser que l’enjeu, c’est la possession du fruit, puis, le devoir de faire porter du fruit à la vigne. Ce serait une question d’avoir et de profit, de récolte et de propriété.

La parabole ne se termine pas, puisque Jésus confie la conclusion à ses interlocuteurs. Ce que l’évangile rapporte, la substitution, n’est pas ce que pense Jésus, mais ce que pensent ceux qui sont précisément connus comme ne pensant pas comme Jésus.

Lorsque Jésus récupère la parole, c’est pour la céder au psaume : la pierre rejetée est devenue pierre d’angle. On abandonne le champ sémantique du vignoble pour celui de l’architecture. Où est la cohérence ? Il y a la nécessité d’une rupture, non d’un remplacement. Il faut penser non pas autrement les (mêmes) choses, mais autre chose.

On ne parle pas, à la différence de ce que tous les chefs ‑ ceux qui gouvernent, pensent ‑, d’encadrer et de faire porter du fruit. Ça c’est la préoccupation d’Adam et Eve. Ça, on ne cesse de l’entendre dans les propos des évêques et prêtres, c’est la préoccupation de ceux qui sont convaincus que l’évangélisation, c’est plus de monde, plus de catéchumènes et de néophytes, que la mission, c’est que tous soient cathos. L’Eglise pense comme Adam et Eve, en propriétaire du fruit. La preuve, elle se comprend, certes non plus littéralement, comme le substitut de la Synagogue, mais elle demeure convaincue que la chrétienté est son objectif. Celui de Jésus est seulement que la monde ait la vie, en abondance.

« Nous savons que nous sommes déjà passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. ». Voilà l’annonce évangélique, le kérygme, sans cesse répété. C’est ce que signifie le « suis-moi » et non je ne sais quelle organisation ecclésiastique.

Que la vigne porte du fruit est la préoccupation de qui veut s’enrichir et érige l’enrichissement en vertu. N’est-ce pas le devoir de chacun de porter du fruit ? Encore faudrait-il que le fruit soit bon. Or, il va de soi que si nous portons du fruit, il est bon, que ce que nous appelons fruit est bon ! En fait, et comment faire autrement, on n’imagine pas que l’Eglise puisse ne pas produire que de bons fruits, que chacun ne puisse pas produire que du bon fruit. Le ver est déjà dans le fruit comme le fruit dans la main d’Eve et la bouche d’Adam.

Vous conviendrez qu’il y a urgence à passer à autre chose, et non pas d’envisager les choses autrement. La pierre rejetée est pierre d’angle. Ainsi, Jésus dans la parabole n’est pas le fils assassiné, mais le vigneron à qui le maître finit par confier la vigne. C’est lui qui fait produire le fruit, parce qu’il est le seul à ne pas mettre la main dessus, à le rendre au maître pour que ce dernier régale l’humanité, amphitryon universel. Le thème augustinien du pressoir mystique, souvent présenté par les icônes d’Europe de l’Est, corrobore cette lecture.

La mission ne consiste pas à produire ou faire produire du fruit, mais à ouvrir les mains pour recevoir. L’Eglise est témoin de la générosité de la vie, de Dieu. La mission n’est pas semailles mais moisson. Ce n’est pas à l’Eglise de savoir ce qu’elle moissonne parce que ce n’est pas elle qui décide ce qui a été semé. Les anges, dit l’évangiles, feront le tri et rejetteront la zizanie. La mission confiée à l’Eglise consiste à manifester les cieux ouverts, encore une histoire d’ange, le monde vivant quand il manque (non réduit à la servilité de pénurie, mais apte à recevoir). L’humanité est vivante quand une parole lui est adressée.

Jésus donne à voir, révèle, parce que les pauvres sont son corps, que la pierre rejetée devenue pierre d’angle, ce sont les exclus. En ce huitième centenaire de la mort de François d’Assise, cela pourrait faire sens. C’est une nouvelle fois depuis l’extérieur ‑ le ciel ouvert c’est alors les exclus ‑, depuis ce que sociétés et Eglises rejettent, périphérisent, marginalisent, mettent au rencard, que la vie advient, fruit ou maison commune, ouverte et sûre.


Vers 1490, Bohème, Bibliothèque nationale, Vienne (Autriche) Mus. Hs. 15501; fol. 86v

01/10/2026

Pourquoi célébrer des funérailles

 

Que faisons-nous à accompagner MR à la tombe ? Drôle de question. Nous ne pouvons pas nous défaire de son corps comme ça. Nous l’avons tellement aimée. Le soin que nous prodiguons à sa dépouille, c’est notre manière d’honorer son humanité et la nôtre.

Mais pourquoi faut-il que cet accompagnement se fasse à l’église ? Drôle de question. MR a pris au sérieux son baptême toute sa vie. Plusieurs d’entre nous essaient d’en faire autant. Mais est-ce assez dire ? Ou plutôt, peut-on ne dire que cela, en rester là ?

Il n’y a pas besoin d’être sociologue, anthropologue ou ethnologue pour repérer dans notre rassemblement quelque chose qui pourrait relever du culte des morts. La violence de la séparation, la confrontation avec la fin sont terribles et nous résistons. Nous voulons, nous voudrions que ce ne soit pas fini. Et l’on espère que tout n’est pas fini. Peut-être même, nous continuerons de vivre avec elle, car nous sommes habités par nos morts, ceux que nous avons aimés et dont nous ne pouvons pas nous résoudre à l’absence définitive.

Est-ce cela la résurrection, la vie éternelle dont parle les baptisés ?

Un texte de Paul Ricœur, à la fin de sa vie, s’intitule « Vivant jusqu’à la mort ». La vie éternelle, c’est la vie qui a du prix, jusque dans son extrême faiblesse. La faiblesse de l’existence est notre condition, non que nous nous complaisions dans la misère et la débilité, mais que le recours à la force est souvent synonyme d’usage de la violence.

« Nous naissons tous nus et dans le besoin. Nous sommes pauvres de naissance, nous avons besoin de pain et de paroles, d’attention et d’affection – c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit. Nous le savons bien, et pourtant, en devenant adultes, nous risquons de l’oublier. » Et si c’était cela, la vie éternelle, les cieux ouverts sur la vie des humains. La vie des humains, non pas fermée sur elle-même, mais vivante de manquer, d’être ouverte. La vie se reçoit, elle ne se prend pas. Prendre la vie de quelqu’un, c’est le tuer.

En célébrant le Seigneur de la vie autour du corps de MR, au lieu même de la mort, nous disons la vie comme nous la voulons, ouverte, reçue, de MR évidemment, comme de tous nos ancêtres, mais aussi tous ceux dont nous avons reçu pain et paroles, attention et affection, culture et fête, consolation et relèvement. Dans l’évangile, la vie éternelle, c’est une personne, Jésus, sa manière de vivre en paix avec les autres.

Faut-il aller plus loin ? Faut-il penser à la vie après la mort ? Comment le faire pour que cela ne soit ni superstition, ni consolation illusoire. Comment cela ne sera-t-il pas mythologie ? C’est un point bien compliqué. Je propose de décaler notre regard, en citant un très vieil homme, du milieu du 9ème siècle.

« La nature humaine créée à l’image de Dieu est désignée, selon le mode du discours figuratif, par l’Ecriture sainte sous le nom de Paradis. […] La terre fertile du Paradis symbolisait le corps essentiel de l’homme, potentiellement immortel. » « Le Paradis dans lequel le Christ entra le jour de sa résurrection n’était rien d’autre que l’intégrité de la nature humaine qu’il restaura en lui. » (Jean Scot Erigène)

Nous sommes réunis autour du corps de MR parce que nous osons, peut-être de façon effrontée, affirmer et croire que ce monde, l’humanité, sont faits pour la vie. Le paradis est ce à quoi nous sommes appelés, vivre heureux, plus fort que les obstacles, la mort, la violence. Je répète : « Le Paradis dans lequel le Christ entra le jour de sa résurrection n’était rien d’autre que l’intégrité de la nature humaine qu’il restaura en lui. » En accompagnant le corps de MR, nous voulons l’intégrité restaurée par la vie, que Jésus est lui-même.

Celui qui aime est déjà passé de la mort à la vie, dit une épître de Jean que l’hymne à la charité de Paul fait résonner. Ce n’est pas une affirmation invérifiable, mythologique. C’est notre expérience. Nous le savons, reste à le croire.

 

Thomas Gleb, Le signe (détail), 1979

 

25/09/2026

Exalter les massacrés de la mort et de la croix (26ème dimanche du temps)

 

Qu’est-ce que la volonté de Dieu ? Comment savoir ce que Dieu veut ? Faut-il, puisqu’il s’agit de Dieu, penser à la prière, au culte, à la foi ? La parabole que nous venons de lire (Mt 21, 28-32) se méfie des paroles, non seulement parce que l’on fait communément le contraire de ce que l’on dit, mais plus encore, parce que l’on ne sait pas ce que l’on dit. Qu’est-ce que la « volonté de Dieu » ? Que désigne « ce que tous appellent Dieu » ?

Je demandais mercredi à une personne détenue, Théo, s’il voulait bien me le dire, s’il croyait en Dieu. Le jeune homme partage sa cellule avec quelqu’un qui a demandé que l’aumônerie l’accompagne. Voilà plusieurs fois que je vais visiter la personne inscrite et ne trouve que son co-détenu. Peu à peu nous nous sommes apprivoisés, nous parlons. Ainsi donc, j’ose poser ma question.

Le jeune homme me répond que oui, il pense qu’il y a quelque chose de supérieur, mais ne veut pas des religions. Il parle un peu de Jésus et du Coran. Je garde pour une prochaine rencontre la question que je nous pose : Dieu est-il quelque chose, voire quelqu’un, de supérieur ? Qu’appelons-nous Dieu ?

Il se pourrait qu’à lire notre seconde lecture (Ph 2, 1-11), ce que les disciples de Jésus appellent Dieu ne soit pas supérieur, le Très-haut, mais le Très-bas. « Il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. »

Dans la rencontre, on entend toujours de nouvelles questions ; on est appelé à décaler son regard. Et c’est précisément ce dont nous parlions avec Théo, ce que nous disions et entendions l’un de l’autre. Croire, ce serait davantage déplacer le regard que réciter un catéchisme, des trucs que l’on croirait.

Et Jésus s’y emploie, à déplacer, décaler, renverser, redresser ! Dieu n’est pas ce que l’on croit. Dieu ne sera jamais ce que l’on croit. Ce n’est pas parce que l’on n’est pas instruit de la foi que l’on ignore Dieu. Au contraire. Moins on le connaît plus on pense en savoir à son propos. Plus on tente de vivre en disciples et en humains, en humanité, plus on sait que Dieu n’est pas ce que l’on croit. On parle de mystère, non pas ce qui serait incompréhensible ou inexplicable ; mais Dieu, l’amour, autrui, l’univers, etc. demeurent toujours et davantage autre quand nous l’explorons ou le découvrons avec constance et opiniâtreté.

Dieu, plutôt que quelque chose de supérieur, je dirais, une ouverture. L’homme, l’humanité, ne boucle pas sur lui-même. Ce ne sont pas un individu ou un univers clos. C’est bien pour cela qu’il y a besoin d’écouter, de recevoir, d’obéir ‑ littéralement en grec, écouter par-dessous ‑ c’est-à-dire accueillir une parole qui s’impose.

Si, comme dit Paul, il s’agit d’avoir « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus », avec l’ouverture qu’expriment l’écoute et le recadrage du Très-bas, nous ne savons pas encore ce qu’est Dieu, mais nous savons un peu ce qu’il n’est pas.

Paul ne s’arrête pas là. Très-bas n’est pas un état pour l’humanité, pas plus pour Jésus que pour nous tous. Je ne m’extasie pas devant l’humilité de Dieu comme dit un chant à la mode et ridicule. Celui que le texte de Paul appelle Dieu est l’agent d’un relèvement, d’une exaltation. Le Très-bas n’a aucun plaisir à la fange ni à la mort infamante. La bassesse n’est pas son but. Elle est ce que nous sommes ou ce que nous imposent l’existence et la violence, la situation ou les autres humains.

Dans une cellule de prison, dans le silence du cloître, dans la vie trépidante, familiale ou professionnelle, amicale ou culturelle, voilà les sentiments que Paul nous invite à faire nôtres, à partager avec le Christ Jésus, à son image.

Paul ne parle pas, ainsi qu’on l’entend ordinairement, de préexistence de la deuxième personne de la Trinité, d’incarnation – un petit tour sur terre de ladite personne – et, happy end, retournement de situation, du drame, mortel, comme une revanche, par la résurrection.

Assurément, Dieu est impliqué, dit le texte, dans la vie d’un humain, Jésus, que les autres humains sont invités à imiter. S’il faut imiter le Christ Jésus, ce n’est pas, on s’en doute, par une incarnation. Assurément, la vie humaine est pour beaucoup, celle du Très-bas. (Sans doute pour tous, mais tous ne le ressentent pas, n’ont pas à en souffrir.) Et cette vie, quand elle est de mort et de croix, grâce à ce que l’on appelle Dieu, est exaltation. Ce serait déjà cela Dieu, l’agent de l’exaltation de ceux que tuent la mort et la croix. Ce serait déjà cela sa volonté, que nous comme Jésus, méprisés par la mort et la croix, soyons exaltés.

 

Greco, Trinité ou Pieta paternelle, 1577

J'aurais pu illustrer avec Bernard Buffet