vendredi 26 mars 2010

Dieu meurt (Rameaux et Passion)

D’où vient la force des récits de la Passion malgré leur dépouillement littéraire ? On ne montre presque rien de la souffrance, on la nomme pudiquement. On n’arrache pas les larmes par des procédés faciles. S’il faut pleurer, ce n’est pas tant sur la victime que sur l’humanité qui est à elle-même son propre bourreau. Ne pleurez pas sur moi, pleurez sur vous-mêmes et vos enfants.

Nous tuons le sauveur ou plutôt nous voulons n’avoir rien à faire avec lui. Comment pourrions-nous vivre ? La mort n’a jamais été aussi proche de remporter la victoire totale, l’anéantissement dont nos horreurs hier et aujourd’hui sont la déclinaison : injustice, mépris du pauvre et de l’innocent, violences.

Mais le vertige n’a pas fini de nous prendre. Depuis toujours, et lorsque l’on parle de création, cela signifie en permanence, Dieu risque l’échec de son don. Dieu s’offre par amour à celui qui, par cet amour est suscité dans la vie. Ainsi offert, il ne maîtrise plus rien, pas même lui, sans quoi, se serait-il seulement donné ? Les récits de la passion ont de quoi ébranler.

Aimer c’est tout donner, et quand Dieu donne, il ne garde rien pour lui, pas même lui puisque c’est lui qu’il offre. Quand Dieu entre dans l’histoire, si ce genre de propos a un sens pour l’Eternel, il risque tout. Et tout s’effondre. Le voile du temple ne réserve plus rien, le Saint du Saint expose son vide effroyable à côté duquel celui du tombeau n’a vraiment pas de quoi surprendre.

Le ciel s’est vidé et la terre a refusé d’accueillir la semence d’immortalité. Et cela semble écrit depuis toujours, l’occasion seulement est circonstancielle : Le Fils de l'homme, certes, va son chemin selon ce qui a été arrêté, mais malheur à cet homme-là par qui il est livré.

On peut dire que Dieu n’agit pas pour faire semblant, que Jésus ne parle pas à la légère : moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! Qui prendra la route à sa suite ? Non pas la course à la souffrance, le culte du sacrifice ou le sacrifice cultuel, mais la radicalité du don, du service.

C’est impossible et Dieu en est mort. Seul Dieu peut aller jusque là, mais il en meurt. Alors que nous entrons dans la semaine de la passion, n’en appelons pas trop vite à la résurrection. Contemplons l’abîme du don. Voyez comme il est grand l’amour dont Dieu nous aime !

Les seules arrhes d’une lumière résident dans l’attente mortuaire des femmes avec leurs aromates. Le soin du mort est tout ce qui reste pour honorer encore le Seigneur du ciel et de la terre. Encore le service ; et ce sont des femmes, les ministres ; ce sont les femmes qui sont au service pour que même quand tout est fini, on n’en finisse pas.

Le souci du cadavre se fait avec les gestes qu’elles avaient appris à langer leurs enfants. Est-ce de là que la vie surgira ? Du corps assurément, mais il faudra encore reconnaître le corps, comme après chaque décès violent. Et le cadavre n’est pas seulement défiguré, il sera transfiguré. Le corps du supplicié deviendra, lorsque le matin se lève, le corps d’une humanité rendue et promise à la vie.

Mais il est trop tôt pour le dire. L’Eglise entre dans le grand sabbat de son Dieu. C'était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait à poindre.

C’est cela aussi la Bonne Nouvelle de Pâques. C’est aujourd’hui le jour de la préparation et le jour du repos de Dieu commence à poindre. Du fond de la disparition de Dieu de nos sociétés se prépare un nouveau monde qui germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Pourquoi voudrions-nous si vite parler de résurrection au temps de la passion si nous ne sommes pas prêts à croire que jamais la foi n’a eu autant de chances qu’aujourd’hui ? Pourquoi fustiger la culture de mort ? (Nous ne voulons pas bien sûr, autant que possible, en être complices. Mais Jésus a-t-il fustigé la mort et ceux qui l’y ont conduit ?) C’est de la croix que la vie jaillit, hier, aujourd’hui et demain. C’est de la mort de Dieu lui-même commencée au premier jour de la création que la vie jaillit encore aujourd’hui et demain.


Textes du dimanche des Rameaux et de la passion: Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Lc 22-23


Par Jésus-Christ ton serviteur, nous te prions, Seigneur.


Pour que l’Eglise, chair du Christ, soit fidèle à sa mission, même si cela doit la mener au martyre, comme son Seigneur.

Pour les prêtres qui sont grandement discrédités au cœur même de leur engagement, par l’infamie de certains d’entre eux.

Pour les victimes souvent brisées à jamais d’actes pédophiles.

Pour les coupables de tels actes.


Pour notre monde qui ne réussit pas à vouloir la paix que cependant il désire.

Pour l’endurcissement des dirigeants israéliens.

Pour le mépris de leur peuple de nombre de dirigeants, notamment en Afrique

Pour ceux qui sont engagés dans la promotion de la paix.


Pour que notre communauté avance sur le chemin ouvert par le Christ.

Pour que, différents, nous soyons plus forts à construire l’unité.

Pour que nous puisions dans la célébration de ces jours saints l’énergie d’un témoignage auprès de ceux que nous aimons.

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