samedi 3 juillet 2010

Quels ouvriers pour quelle moisson ? (14ème dimanche)

Que l’évangile de ce jour invite à prier pour les vocations comme on l’entend dire fréquemment, voilà qui n’est pas évident. Certes, nous venons d’entendre : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson ». Mais premièrement et littéralement au moins, il s’agit d’envoi, non d’appel ou vocation ; deuxièmement, que signifie la parabole de la moisson ? Faut-il y voir le travail ecclésial de sorte que les ouvriers de la moisson désigneraient ceux qui, comme on le dit depuis guère plus de quatre siècles, ont la vocation ? Troisièmement, si les ouvriers de la moisson sont ceux qui sont chargés de la mission de l’Eglise, d’une part on affirmerait qu’il n’y a pas de vocation sans mission ; d’autre part, l’on ne saurait réserver cette mission aux clercs seulement. Il faut l’étendre à tout baptisé. Les ouvriers de la moisson, si l’on parle de la mission de l’Eglise, sont tous ceux qui ont reçu au baptême la charge de cette mission.

Il est curieux que la parabole de la moisson ne soit pas développée. Ce qui est dit par la suite abandonne le champ sémantique des moissons pour parler d’une part de brebis envoyées ‑ comme les ouvriers, on peut le penser ‑ au milieu des loups, d’autre part de l’annonce de la paix, accompagnée des signes messianiques : pauvreté, guérisons, soumission des esprits, fin de Satan qui tombe du ciel. On en retire une impression de fin du monde, d’apocalypse, confirmée par l’annonce des messagers de paix, annonce répétée deux fois dans le texte : « Le règne de Dieu est tout proche ».

Qu’on le veuille on non, qu’on l’accepte on non, le règne de Dieu est tout proche. Ce qui change c’est une précision. « Tout proche de vous » pour ceux qui accueillent la paix des envoyés, « tout proche » sans autre précision pour ceux qui refusent d’accueillir cette paix et à qui on laissera la poussière de leur ville.

La parabole de la moisson est elle aussi apocalyptique, marquant la fin de la plante, de sa croissance, et faisant entrer dans l’ère nouvelle du grain à manger ou à semer pour de nouvelles récoltes. Quelque chose de neuf apparaît, si proche et c’est le règne de Dieu, c’est ce que sont chargés d’annoncer les brebis au milieu des loups, les envoyés, les ouvriers de la moisson.

Qui sont les soixante-douze que Jésus envoie ? Des gens désignés par lui, chiffre sans doute symbolique, un multiple de douze, de la totalité, une totalité par jour de la semaine soit six, moins la perfection du sept pour qu’il y ait repos du sabbat, parce que tous ne sont pas encore capables d’être envoyés, parce que le règne de Dieu est certes tout proche, mais pas encore là.

Jésus envoie tout le monde donc, tous ceux qui peuvent se réjouir de ce que leur nom est inscrit dans les cieux, dans le cœur de Dieu. Jésus désigne pour les envoyer tous ceux dont le nom est inscrit dans le cœur de Dieu, et qui cela pourrait bien être si ce n’est la totalité de l’humanité que le Père chérit.

Comment ces soixante-douze annoncent-ils la proximité du règne ? Par la pauvreté de leur équipement, l’entrée chez les gens et une parole de salutation : Paix à cette maison ! Si jamais la mission des soixante-douze est mission de l’Eglise, alors cette mission repose sur ces trois temps : pauvreté, entrée chez les gens, salutation de paix. Si jamais nous sommes de l’Eglise, voilà la mission que nous recevons : pauvreté, initiative de la rencontre au point d’entrer chez les gens, souhait de paix.

Une telle mission, la nôtre, est plus dangereuse qu’il y paraît : nous serions comme des brebis au milieu des loups. Pourquoi donc l’annonce du règne de Dieu par la pauvreté, la rencontre et la paix serait-elle dangereuse ? Parce qu’elle dénonce toutes nos stratégies si savamment élaborées pour retarder le règne, stratégie de l’adversaire du règne, encombrement contraire au dépouillement, encombrement qui empêche la rencontre, le premier pas, le déplacement ; désintérêt des autres, les laisser faire ce qu’ils veulent chez eux, cela ne nous regarde pas ; libre cours à nos querelles et haines. Si la mission est dangereuse, c’est parce qu’il y a des loups, dehors, sans doute, mais aussi parce que le loup, il est en nous, et que c’est déjà ce loup qu’il faut convertir. Désignés par le Seigneur pour être envoyés, les soixante-douze, nous, disciples, devons nous méfier de ce qui nous empêcherait de remplir la mission reçue.

On comprend qu’il faille prier ! Sur les soixante-douze désignés par le Seigneur, sur la totalité des disciples que nous sommes appelés à être, qui peut annoncer la bonne nouvelle, l’évangile : Le règne de Dieu est tout proche ?


Textes du 14ème dimanche C : Is 66,10-14 ; Ga 6,14-18 ; Lc 10,1-12.17-20

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