mercredi 20 mars 2013

Le chemin du Dieu jusqu'à la mort, nous n'en voulons pas. (Célébration pénitentielle)


Le chemin du Dieu jusqu’à la mort est trop violent pour que nous l’entendions.
Prenons un exemple. Lorsque nous lisons la parabole du Samaritain (Lc 10, 25-37), de suite nous nous mettons dans la peau du Samaritain. Il est celui qui vient secourir son frère. Mieux, il est celui en qui tout frère trouve un prochain. Nous nous sentons invités à la charité. Mais ce n’est pas dire assez. Car le samaritain, ce n’est pas nous, c’est Jésus.
C’est lui qui vient de la Jérusalem d’en-haut et nous rejoint dans nos Jéricho, cités de l’antique humanité, cités où se joue toujours l’évangélisation de nos paganismes. Ainsi, si nous sommes invités à être samaritains à notre tour, ce n’est pas seulement parce que la morale nous le commanderait, encore que. Si nous sommes invités à la charité, c’est parce que la morale l’ordonne et que, la pratiquant, nous imitions le samaritain du Père, Jésus. Se faire disponible pour être le prochain de tout homme est une des expressions les plus hautes de notre humanité. Elle est aussi, inséparablement, parce que le commandement de l’amour de Dieu et celui de l’amour du prochain sont uns, exigence évangélique, imitation de Jésus Christ, ou mieux, occasion pour le Christ de nous modeler à son image.
Mais ce n’est pas assez dire, non que ce soit trop peu mais qu’il y a autre chose à dire, de cette parabole. Car il nous faut non pas seulement revêtir à la suite du Christ ou au nom de l’exigence morale la panoplie du samaritain. Un autre déguisement nous est offert, moins seyant, un autre rôle nous attend, moins gratifiant. C’est celui du moribond.
Si nous sommes le moribond, celui que le péché et la souffrance, la violence et l’injustice, la maladie et la mort jettent au fossé, alors nous voyons s’approcher de nous celui qui nous relève. Il est le miséricordieux, il est celui qui vient nous donner la vie, nous rappeler de la mort. Parabole du salut, qui n’est pas adéquatement dit comme pardon des péchés, mais qui est dit métonymiquement par le pardon des péchés. Parabole de la résurrection, à quelques jours de la Pâque.
Le légiste interroge : qui est mon prochain ? Jésus retourne la question. N’importe pas de savoir qui est ton prochain, mais de te faire le prochain de tout homme, de faire en sorte que tout homme puisse trouver en toi son prochain. C’est curieux, cette question du légiste. Puisque l’on parle autant d’aimer Dieu que d’aimer le prochain, pourquoi n’interroge-t-il pas plutôt : qui est Dieu ? Nous savons bien qui est le prochain. Nous le rencontrons tous les jours. N’y a-t-il pas hypocrisie à poser pareille question ? N’est-il pas plus sensé de chercher à savoir qui est Dieu ? Comme si de faire semblant de ne pas savoir qui est le prochain nous dédouanait de le secourir ! Comme si nous savions, au contraire, qui est Dieu !
Or la question est tout autant celle de du prochain que celle de Dieu. Voulez-vous savoir qui est le prochain ? Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Voulez-vous savoir qui est Dieu ? Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho.
Après ces deux interprétations de la parabole, celle qui me fait samaritain, celle qui me fait moribond, il faut en venir à une troisième. Elle n’est pas plus vraie que les autres, pas moins non plus. Elle est quasi toujours ignorée tant le chemin du Dieu jusqu’à la mort est violent ; nous ne pouvons l’entendre. Le chemin du Dieu jusqu’à la mort est trop violent pour que nous l’entendions. J’en viens enfin à ce que j’annonçais dès l’entrée.
Le moribond, si c’était Jésus ? Comment ? Jésus en train de crever ? Comment ? Dieu en train d’agoniser ? Vous voulez savoir qui est Dieu ? Regardez celui qui gît au fossé. Isaïe nous donne de le reconnaître aussi méconnaissable soit-il. « Sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas. » (Is 53,1-9)
Le Dieu qui meurt, le Dieu qui souffre, le Dieu qui non seulement se fait homme mais crève comme un paria. Qui sera son samaritain ?
En étant le prochain du Dieu qui meurt, nous avons la grâce de relever notre Dieu. Nous pouvons être pécheur, et par pitié relever ce misérable. Nous tendons, sans le savoir peut-être la main à celui qui nous sauve par cette main qu’il saisit. Refusant son aide, nous la recevons cependant à lui offrir la nôtre. Et si nous ne sommes plus en état d’être samaritain, plus amochés encore que lui dans le fossé, alors il nous y rejoint, si bas, pour notre relèvement. La miséricorde n’a pas de limite, du moins quand c’est Dieu qui s’en charge.
Le chemin de Dieu jusqu’à la mort, ca ne passe pas, nous n’en voulons pas. Le Pape dimanche commentait ainsi l’évangile de la femme adultère : « Le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner jamais ! C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon. Demandons la grâce de ne pas nous lasser de demander pardon, car il ne se lasse jamais de pardonner. ».
Le chemin de Dieu jusqu’à la mort nous oblige à penser Dieu autrement. C’est le chemin, le seul, du salut. Notre conversion passe par là.

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