dimanche 24 mars 2013

On a tué Jésus au nom de la foi (Rameaux C 2013)


Dans l’évangile de Luc, c’est le peuple et ses chefs qui sont les responsables de la condamnation de Jésus (Lc 22-23). On n’entend à peu près rien du procès mais seulement, par trois fois, c’est Luc qui souligne, la déclaration de non-culpabilité de la part de Pilate.
Jésus aura été très bavard dans le début du texte, contrairement aux autres Passions, pour se taire quasi-définitivement une fois arrêté. La parole, le Verbe est arrêté, comment voulez-vous qu’il parle ? Le peuple alors prend l’initiative : c’est lui qui réclame la libération de Barabbas, sans que l’on ne sache pourquoi. C’est lui qui, sans question de Pilate, réclame la crucifixion.
Jésus, en Luc meurt de la faute de ses compatriotes, de ses coreligionnaires. Que la religion soit capable de violence et de meurtres, ce n’est malheureusement pas un scoop. On a tué au nom de la foi. On s’est tué entre chrétiens, tous de la même religion : c’est une des causes de l’athéisme. On tue encore au nom de Dieu. Jésus en fait les frais.
Que Dieu meure de la violence des religions, voilà qui mérite d’être souligné. Cela nous interroge, nous qui sommes religieux, contrairement à beaucoup. Qu’aurions-nous fait ? De quel côté aurions-nous été en cette veille de Pâque des années 30 de notre ère ?
La religion, c’est une question d’identité, hier comme aujourd’hui. Au proche Orient, les communautés religieuses disent, plus que la nationalité l’identité de chacun, Druzes, Alaouites, Chiites, Melkites, Maronites, Latins, Sunnites, etc. A Madagascar, comme en de nombreux pays, la religion traditionnelle est l’identité au point qu’être chrétien risque toujours de n’être possible que par syncrétisme ou trahison.
La religion, dans l’Antiquité, c’est aussi le lien social. Et qui remet en cause ce lien ébranle la société. Par deux fois, Luc note : Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation.
Pour nous, la religion est ce que nous avons de plus cher. On comprend que l’on ne transige guère avec ce qui est si important.
Qu’a fait Jésus pour ébranler la religion, pour susciter pareille violence ? Il a proposé une autre manière de comprendre qui est Dieu, ce qu’être dévot, pieu, signifie. Dans une ligne très traditionnelle, celle des prophètes en particulier, il met en question ce que tous pensent être la tradition, la vérité de la religion. Son propos est blasphème, non pas athée ou se moquant de la religion, mais en étant proprement religieux, il est blasphème.
Un conflit des interprétations peut aussi mener à la mort ou au rejet. Dieu n’est jamais ce que l’on pense, Dieu n’est jamais ce que l’on dit, y compris dans la foi, surtout dans la foi, car il n’y a à peu près plus qu’elle pour parler de Dieu. Celui qui contredit la vulgate est souvent plus fidèle que ceux qui prétendent défendre la vérité, mais il n’est pas supportable. Quant aux autres, ils ne défendent pas tant la vérité que leur manière de voir. Contester leurs évidences c’est évidemment les agresser, quand bien même ce qui est contesté l’est à propos.

Aujourd’hui encore, la foi doit être critiquée pour ne pas installer dans les certitudes intransigeantes qui la contredisent. Nous savons que ce que nous confessons dans la foi est ce qui nous est le plus cher, ce qui touche le vrai, mais cela n’est tel qu’à accepter qu’on la remette en cause. Autrement, il se pourrait que nous soyons du côté de ceux qui tuent à cause de la religion, y compris au nom du Seigneur que nous prétendons servir…

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