samedi 9 mars 2013

Le fils prodigue et le pardon (4ème dimanche de Carême)


Nous connaissons par cœur cette parabole (Lc 15,11-32). On en fait généralement une parabole du pardon. On se demande dans ces conditions ce que vient faire la deuxième partie, avec le frère ainé, et de fait, souvent, on l’omet.
Non content de l’amputer, armé de l’évidence selon laquelle le texte parle de pardon, on le plie à ce que nous pensons du pardon, qui, paraît-il, nécessiterait une juste et sincère repentance. L’acte de contrition devient clé de lecture de la parabole. C’est un peu fort, si l’on pense que la parabole, comme page d’évangile est source de la pratique chrétienne ! Mais plus fort encore, nous ne pouvons pas ne pas connaître la faiblesse de nos principes : qu’en est-il de nos fermes résolutions, alors qu’à chaque confession, nous revenons avec le même péché ?
Les objections ne nous ébranlent guère. Le mouvement du fils qui rentre en lui-même est sur-interprété comme repentance et contrition. Est-ce tenable ? Le raisonnement du fils ne semble que froid réflexe de survie : il crève de faim et sait où trouver à manger.
Plus encore, le fils n’a pas idée que son père puisse pardonner. La preuve : demander à être traité comme un ouvrier alors qu’on est fils, c’est ne pas imaginer un seul instant le pardon. C’est tellement vrai que le boniment odieux préparé par le fils – traite moi comme un ouvrier ‑ le père ne veut pas l’entendre. Le père interrompt le fils pour qu’il ne dise pas mal, pour qu’il ne dise pas de mal de lui, comme ouvrier, et pire, d’un père qui pourrait accepter de voir son fils comme un ouvrier et non comme son fils. Le fils pense comme père un père indigne, qui ne serait pas père, un père qui ne prendrait pas son fils comme son fils. Le père interrompt ce qui interdit de reconnaître sa magnanimité. A voir de la contrition ici, nous faisons du fils quelqu’un qui se regarde le nombril, alors qu’il est au bord de mourir de faim, et qui, par la contrition et la morale, interdit à Dieu d’être Dieu. A prétendre très religieusement confesser notre faute et notre repentance, nous défigurons le père, nous blasphémons.
Notons que le mot ouvrier, ici, signifie mercenaire, journalier, celui qui n’a pas d’autre relation que le contrat de quelques heures et après plus rien. Le boniment du fils et les nôtres supposent qu’il pourrait ne plus rien n’y avoir entre Dieu et nous en dehors d’un contrat de quelques instants. Et nous prétendons aimer Dieu à nous confesser si pleins de contrition !
Si cette parabole ne concerne pas le pardon, c’est que Dieu y est trop à l’étroit. Que Dieu pardonne, nul ne devrait en douter, mais ce n’est pas encore assez dire, ou alors, cela veut dire autre chose. Littéralement le mot de pardon n’est pas dans le texte. En revanche, par deux fois, comme un refrain qui nous souligne l’essentiel et que nous ferions bien d’entendre si nous voulons comprendre la parabole, une histoire de vie et de mort, pas seulement, une histoire de relation, paternelle puis fraternelle, détruite par la mort et relevée à la vie. Mon fils, ton frère, que voilà était perdu et il est retrouvé, il était mort et il est revenu à la vie.
Histoire de vie, de rappel de la mort, de résurrection. Pardonner pour Dieu n’est pas affaire de conscience à tranquilliser voire à purifier, mais de rappel de la mort. Lorsque quelqu’un meurt, Dieu ne l’a pas rappelé à lui, au sens où il l’aurait fait mourir, le rappelant à lui par la mort. Dieu nous rappelle à lui, c’est-à-dire que, mort, il nous rappelle à la vie, la sienne.
La parabole invite à accueillir cette vie qui sort, comme le père, à la rencontre de tous les hommes, courant à la rencontre de l’un, sortant prier l’autre. Et c’est bien de n’avoir pas vu que le problème n’était pas d’être quelqu’un de bien, en règle, qui a interdit au premier fils d’être vivant lui aussi, rappelé à la vie que la salle de fête dessine. Le fils prodigue est cueilli dans la famine. Il ne peut plus faire autrement que de s’en remettre au père. Le fils aîné est plus difficile à faire vivre, il n’a pas vu qu’il était mort, qu’il devait lui aussi revenir à la vie, entrée dans la salle de fête.
Si nous venons avec notre péché devant Dieu, c’est pour accueillir encore et toujours la vie de Dieu, abondance de la fête, danse, musique, veau gras et boissons, habits de noces et anneau. Fini le temps des va-nu-pieds, il y a des sandales pour tous. Si nous venons demander pardon à Dieu, ce n’est pas que nous aurions à négocier par quelques conditions, quelque contrition. Son pardon est déjà donné ; la preuve, le père passe son temps à sortir pour faire entrer dans la salle de fête qui ne s’en prive. Si nous venons demander pardon à Dieu, c’est pour recueillir à pleine existence la vie abondante qu’il ne cesse d’offrir.

14 commentaires:

  1. Sublime commentaire d'un texte qui m'est cher depuis que nous l'avions choisi pour Evangile de notre messe de mariage. Merci.

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  2. j'aime beaucoup votre analyse,mais regrette cependant votre manque de clémence envers ce fils prodigue: vous qualifiez de boniment odieux cette excuse qu'il avait préparée pour réapparaitre chez son père... moi je me garderais bien de dire que c'est un boniment odieux, car c'est sous entendre que les épreuves n'ont pas changé le coeur egoíste et opportuniste du jeune fils, qu'il réapparait tel qu'il était parti, seulement poussé par la nécessité de manger. Les épreuves ne remuent-elles pas le coeur humain? Plus qu'un boniment odieux , et en filigrane nos vaines repentances et contritions de pécheurs invétérés! je reconnais plutòt la faiblesse du coeur humain, le manque de courage, le sentiment de honte qui aveuglent et rendent maladroits... à cela s'ajoute la question de comment un tel père a pu faire naître un tel fils si différent de lui, bas calculateur qui serait selon votre analyse mu par ses seuls intérèts et perverti ! j'aime porter sur ce fils un regard plus "humain" tout bètement, plus compatissant aussi, parce que je crois bien que nous sommes nombreux à nous reconnaitre en lui !

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    1. Ce fils étant une fiction littéraire, il n'aura pas de mal à supporter mon jugement. Quant à ceux qui se reconnaissent en lui, nous tous sans doute, je ne les vois pas comme vous.
      Je les vois premièrement comme capables de se priver de Dieu à cause de l'image qu'ils s'en font, et en conscience s'il vous plaît ! Ce fils n'est ni plus ni moins à côté de la plaque que l'autre. Il a comme l'autre besoin d'entendre l'inouï de Dieu, un amour au-delà de ce que nous imaginons, même quand nous pensons imaginer correctement. N'est-ce pas incroyable qu'à insister sir notre conscience et ce qui l'inquiète, nous puissions ne pas sursauter à ce que ce fils puisse imaginer que Dieu ne nous traitera pas comme ses enfants, mais seulement comme des journaliers ?
      Deuxièmement, rien n'est dit de ce qu'a fait ce fils, si ce n'est ce que pense l'aîné. C'est lui qui sait -mais comment ?- que son frère est allé fréquenter les prostituées. Pour se ruiner, avec une fortune, avec les filles, il faut faire fort ! C'est à peine croyable. Qu'en sait-il ce frère ? Et pourquoi lui faire confiance, si ce n'est que nous sommes comme lui, dans la logique de la morale et non dans celle de la grâce et du don ? Là encore, nous méritons d'être délogés de ce qui ne nous apparaît pas comme problème, alors que c'en est un -et lequel ?- celui qui nous coupe de Dieu. Etre coupés de Dieu par cela-même que nous croyons être le moyen d'être proches de lui, n'est-ce pas le comble du péché ? Et y aura-t-il mots assez durs pour dénoncer notre enfermement ?
      Il est possible d'être miséricordieux avec ceux qui ont baissé la garde, mais avec les fiers, les puissants, ceux qui ne se remettent pas en cause, j'avoue ne pas savoir faire. C'est sans doute cela qui vous met mal à l'aise avec mon texte. Je l'entends... Eux aussi ont droit à la miséricorde alors même qu'ils ne la demandent pas.
      Je vous l'accorde enfin, du moins dans un premier temps vite renversé par le second, le texte dit, indépendamment de l'aîné, que le plus jeune fils mena une vie de désordre. La traduction est suspecte. Le grec dit asôtos, non sauvé. Mais qui d'entre nous ne mène-t-il pas une vie non-sauvée, si le salut est cela qui seulement se reçoit ? Et il semble, dans cette parabole se recevoir comme à notre insu, uniquement par la prodigalité du père. Le fils cadet n'a je crois qu'un seul mérite, reconnaître qu'il crève, baisser la garde de la fierté. Même escroc dans son boniment, il ne peut plus compter sur lui, mais seulement sur Dieu. Voilà pourquoi il peut désormais entrer dans la vie sôtos, la vie sauvée.
      Enfin, la psychologie des personnages est rarement, pour ne pas dire jamais une clé de lecture des textes bibliques, de surcroît dans une parabole. Nous psychologisons tout, cherchant dans ces textes de l'Antiquité, nos repères (y compris, ceux des romans de gare ou des films hollywoodiens). Je pense que c'est totalement une fausse piste, pour le moins anachronique. Ce n'est pas, bien sûr, la lecture analytique des textes que je vise comme errance, mais une psychologisation, une attention aux sentiments ou émotions des personnages.
      Je ne sais si j'aurai réussi à relancer la question pour une poursuite de l'échange. Je l'espère.

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  3. merci pour vos commentaires.
    Psychologie vaine clé de lecture des évangiles !
    Certes je comprends que vous souhaitiez mettre en garde contre une lecture biaisée par les règles de la psychologie humaine de textes qui précisemment veulent nous faire toucher du doigt des réalités toutes autres , celles liées à la nature de Dieu lui-mème et de ses rapports avec les hommes.......
    Pour moi les paraboles sont comme des "cas d'école" ou comme des "études de cas" comme on dirait dans les business schools, bien utiles pour éclairer nos pauvres intelligences, faisant référence à des situations que n'importe quel homme peut vivre, mettant en scène des personnages auxquels nous nous identifions souvent ou à un moment ou un autre de nos vies. Difficile de ne pas introduire dans notre lecture de ces paraboles tout notre vécu émotionnel, et d'aller y chercher le message que Dieu nous offre, le jour où nous la lisons... la Parole de Dieu est Parole de vie...elle nous nourrit et nous construit ! La lecture de la Parole est beaucoup plus qu'un exercice intellectuel avec ses codes et ses grilles de lecture , c'est avant tout un l'acte de confiance d'une âme en recherche qui va puiser à la source!

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    1. Nous ne parlons pas de la même chose quand nous parlons de psychologie. Il ne s'agit pas non plus dans les paraboles d'une astuce accordées à nos pauvres intelligences. Jésus n'est jamais condescendant...
      Les oppositions entre "psychologie humaine" et "réalités tout autres" ou "pauvres intelligences" et (cette fois l'expression n'est plus de vous mais de moi, vous parlez vous, d'"exercice intellectuel") complexité d'une théologie savante ne sont pas les bonnes. Ce sont peut-être nos manières de parler, mais ce ne sont nullement les préoccupations de l'évangile. Jésus parle en parabole justement pour que l'on ne comprenne pas. Je vous renvoie à Jn 12 et aux parallèles dans les synoptiques. C'est dit en toute lettre, et fait assez rare, par les qautre évangélistes, je crois.
      La parabole est moins une étude de cas, encore que, qu'une énigme. Il s'agit d'un texte que l'on ne peut comprendre qu'à l'interpréter, un texte qui refuse d'être réduit à un message. C'est cela sa force. Ainsi, il oblige à un positionnement et le cas échéant à une conversion. On ne peut comprendre une parabole de l'extérieur, comme on apprendrait, même à travers une fable, que tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute. Les morales fabulaires sont sans doute fort perspicaces, mais ce n'est pas ce dont il s'agit dans les paraboles.
      Si les paraboles sont faites pour que l'on ne comprenne pas, Jn 12, alors leur lecture n'a rien d'un exercice intellectuel. Mais elle n'est pas non plus un exercice psychologique. Cette opposition de l'émotion et de la réflexion est bien trop post-cartésienne pour être pertinente. Elle sent son école de commerce comme vous dites. Je comprends que l'on ait été formé ainsi. Mais je résiste à faire de la grammaire des business schools la manière de penser. Ce serait encore donner raison au libéralisme économique ! Et de toute façon, nous ne pensons pas ainsi quand nous parlons d'amour en famille, avec les amis. Alors, ne parlons pas non plus ainsi quand nous parlons de foi. C'est parce que l'amour n'est pas appréhendable par la logique rentable, efficace, de l'économie ou des sciences et techniques, logique légitime en son ordre mais tyrannique dès lors qu'elle en sort (cf. Pascal).

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    2. Lorsque je dis non à la pschologisation des textes scripturaires, c'est pour une raison historique, pour éviter l'anachronisme. On ne parle pas ainsi à l'époque, et il serait vain pour lire La Fontaine de se demander les sentiments de la fourmi ou du renard, de la cigale ou du héron.C'est faire fausse piste, même si je peux comprendre que l'on se retrouve dans la légèreté de la cigale ou le désappointement dans lequel le corbeau n'a pas dû manquer de se sentir après avoir aussi bêtement donner son fromage.
      Ce que je reproche à une lecture psychologisante de notre parabole de Lc 15, c'est d'être une stratégie de non accueil de la parabole. En effet, qui d'entre nous oserait penser que la contrition et la repentance ne sont pas des attitudes psychologiquement bonnes, voire nécessaires. Mais ces attitudes, si on les repère dans le texte (alors que je prétends qu'elles n'y sont pas), nous font accepter que le fils puisse se repentir authentiquement en imaginant que le père ne l'accueille que comme journalier. Parler ainsi, c'est, avec les meilleures bonnes intentions, peut-être avec la conviction d'être dans ce que je fais de bien religieusement (cette contrition) tailler un sale portrait à Dieu, et donc témoigner contre le Dieu chrétien. C'est le comble. On s'humilie devant Dieu, on se repend, mais on fait de Dieu quelqu'un qui finalement ne pardonnerait pas, puisque l'on pourrait se contenter d'être journalier.
      Est-ce la morale qui est ce qui se joue de nous dans cette histoire ? Possible. Mais parler de la morale, qui est toujours bourgeoise, agresse de trop. Et plus encore, ce n'est pas le propos. Il y a une manière de vivre la foi qui nous détourne de la foi. Je crois que c'est cela le péché contre l'Esprit. On est persuadé de faire bien, et cela même, ce bien que nous faisons, nous détourne du vrai Dieu.
      Cela est tellement évident avec Marthe et Marie. Marthe accueille et sert Jésus. Elle fait ce qu'il y a de mieux. Mais en fait, à servir, à être toujours dans sa cuisine, elle se débrouille à faire de ce qui est le mieux, le service, le moyen de ne pas écouter Jésus cinq secondes. C'est un comble non ?
      Nous aussi, à lire psychologiquement, voire à justifier cette lecture par une stratégie anti-intellectuelle, pour nous qui sommes des gens concrets, (alors qu'il n'y a pas plus abstrait que le commerce, les sciences et les techniques, du moins en tant qu'ils ont recours à la mathématisation) nous mettons au service de notre refus d'entendre, le coeur de la foi.C'est une erreur assez bien porté dans un certain christianisme en vogue.
      Et pourquoi ? Parce que l'évangile est inaudible. C'est bien pour cela que Jésus raconte des paraboles afin que l'on ne comprenne pas ; c'est bien pour cela que nous ne cessons pas d'être scandalisés par la réponse de Jésus à Marthe. Nous n'y croyons pas, en fait, que Marie a choisi la meilleure part. Le service c'est mieux. Ouui, bien sûr, à condition que cela ne soit pas la trop bonne raison pour ne pas se convertir. On peut avoir l'évangile à la bouche sans cesse et en fait refuser de l'entendre. Voilà pourquoi Jésus parle en parabole.

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  4. bon autant j'étais à l'aise avec votre premier texte, autant là j'ai beaucoup de mal à vous suivre sans me perdre.
    Je reviens donc à la parabole du fils prodigue: je reste convaincue que le jeune homme a dû voir sa superbe et son égoísme bien ébranlés par ce revers de fortune, tout comme tout un chacun lorsque nous sommes malmenés par la vie pour quelque épreuve que ce soit, qu'elle soit conséquence de nos erreurs personnelles, de nos errances, ou simplement infortune de la vie. L'épreuve quelle qu'elle soit ne laisse indemne personne et je ne pense pas que le fils cadet revienne après cette mésaventure tel qu'il était parti ( en termes d'état d'esprit et de coeur vis à vis de son père)! Bien sùr les ètres orgueilleux , fiers, les puissants qui ne se remettent pas en cause et pour lesquels vous dites vous-mème ne pas savoir comment avoir de la miséricorde, ces ètres-là auront du mal à "changer leurs coeurs" ou du moins en apparence voudront-ils maintenir leur superbe et faire illusion, voire continuer d'user de leurs peu de scrupules pour se sortir de l'ornière...mais cela veut-il dire pour autant qu'ils ne sont pas effleurés voire travaillés par la repentance et le désir du pardon ? maintenant qu'ils expriment leur contrition est sùrement une étape plus difficile à atteindre, précisemment à cause de leur fierté. Mais Dieu attend-il que nous fassions contrition pour nous pardonner?
    le pardon de Dieu est recréation de quelque chose qui a été cassé par le manque d'amour de l'homme, ou par sa volonté farouche de vivre sans l'amour de Dieu. Le pardon de Dieu va au dela du don, il est source de vie , là où, comme vous le dites initialement il y avait "mort" par absence d'amour. Je pense que le faisceau de lumière doit réelement être braqué sur le père, bon et juste, respectueux de la liberté de son fils au point de le laisser partir avec sa part d'héritage, continuant de l'aimer tellement qu'au delà de la distanciation ( physique et morale) le fils cadet sait qu'il peut retourner et solliciter la bonté de son père une nouvelle fois...en décidant de tenter sa chance, il reste prudent, en ne demandant que le statut de "journalier", plus par honte que par désir de garder ses distances je crois !
    La beauté de cette parabole, c'est la contemplation de l'amour d'un père ( notre Père) tellement puissant qu'il rend soudain caduques les règles du "moralement acceptable" ou du "légalement juste" ....

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  5. Dommage que vous ne disiez pas davantage en quoi ma réponse précédente vous allait mal. Au lieu de cela vous relisez la parabole, et je pourrais vous rejoindre même si ce que j'appelle la psychologisation est à mon goût trop importante.
    Mais quand vous dites : "Il reste prudent, en ne demandant que le statut de "journalier", plus par honte que par désir de garder ses distances je crois !" je voudrais bien savoir ce que vous en savez, comment vous le savez. Rien dans le texte ne permet de vérifier votre hypothèse. Et surtout, votre hypothèse, psychologisante au sens ou vous imaginez ce qui se passe dans la tête du fils, vous fait excuser ce que je perçois moi comme une non reconnaissance de la grandeur du père. Si ce qui gène dans le texte est relativisé par une hypothèse que rien ne confirme, si pour expliquer un texte vous avez besoin de choses qui n'y sont pas, je crois qu'il y a une faute de lecture.

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  6. Grande partie de la réponse à votre question " je voudrais bien savoir ce que vous en savez, comment vous le savez" est liée à la pratique fréquente de la lectio divina, suivant les recommandations de Saint Ignace. Je partage avec vous ce que cette parabole moult fois méditée m'inspire, je n'ai pas d'autres prétentions que cela, n'étant ni bibliste, ni exegète, ni thélogienne. Par ailleurs, le livre du Padre Antonio Pavia "el hijo prodigo, el que busca a Dios , lo encuentra" m'a beaucoup marquée également et je vous en recommande la lecture ( ed. San Pablo- 2006 ) .

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    1. Que des ecclésiastiques voire des savants n'aillent pas dans le même sens que moi n'est pas un scoop. IEn outre, j'essqie de dire des choses peu entendue dans une homélie, non à la recherche de scoop, mais quel intérêt y aurait-il à dire ce que tous savent déjà ? En outre, puisque la lecture est jamais finie, il y a de quoi trouver du neuf.
      Il me semble que la méthode ignatienne puisse mener à la psychologisation est sans doute une de ses limites.Limites possibles ne veut pas dire travers évident.
      Mais indépendamment de cela, sans être exégète, théologien ou quoi que ce soit, il faut lire le texte, sans cesse y revenir. L'interprétation est un travail infini. On découvre des choses chaque fois que l'on revient au texte.
      Je ne sais ce que votre lectio vous suggère sur les versets suivants, en Mt 13, 13-18. :
      13 C'est pour cela que je leur parle en paraboles : parce qu'ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre. 14 Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe qui disait : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. 15 C'est que l'esprit de ce peuple s'est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur esprit ne comprenne, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. 16 " Quant à vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu'elles entendent. 17 En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu ! 18 " Écoutez donc, vous, la parabole du semeur.

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  7. Je me permets d'intervenir dans cet échange Lucile/PR) qui me semble particulièrement intéressant, sans doute parce que cela m'interpelle sur ma manière de lire et méditer les Évangiles.
    PR, je connais votre attachement à cette "non compréhension" des paraboles, et aussi que vous n'êtes pas particulièrement un adepte d'Ignace de Loyola…
    C'est quand même un peu rapide, me semble-t-il, de dire qu'une approche qui tient compte de la psychologie serait une stratégie d'évitement de la parabole. Pour ma part, c'est à tout le moins une stratégie d'approche. Pourquoi ferais-je forcément fausse route en imaginant ce que le texte ne dit pas explicitement ?
    D'ailleurs n'est-ce pas ce que vous faites avec le fils aîné, quand vous écrivez : « Deuxièmement, rien n'est dit de ce qu'a fait ce fils, si ce n'est ce que pense l'aîné. C'est lui qui sait -mais comment ?- que son frère est allé fréquenter les prostituées. Pour se ruiner, avec une fortune, avec les filles, il faut faire fort ! C'est à peine croyable. Qu'en sait-il ce frère ? Et pourquoi lui faire confiance(…) ». N'est-ce pas là psychologiser, que de douter qu'il a connaissance de ces faits ? - Je n'écris pas cela pour vous mettre en porte-à-faux, j'essaye de comprendre votre approche.

    J'entends bien qu'il ne faille pas tomber dans le piège du psychologisme, c'est-à-dire de vouloir faire prédominer le point de vue psychologique pour expliquer tous les comportements, y compris ceux de Dieu ! Lequel évidemment échappe, par définition même, à une science qui étudie les phénomènes psychiques strictement humains.
    Mais il me semble qu'on ne peut pas balayer d'un revers de main l'approche psychologique quand une parabole met en scène des personnes humaines. On est forcément amené à se projeter dans les personnages, soit pour s'y reconnaître, soit pour recevoir un éclairage différent, et être interpellé. Ensuite, que l'intelligence et la raison, qui sont aussi des éléments du psychisme humain, ou que la descente dans les profondeurs de soi, en ce lieu mystérieux des rencontres essentielles (il s'agit toujours là du psychisme humain…), nous permettent une réelle ouverture à se laisser surprendre par la nouveauté de l'instant qu'apporte un texte parfois déjà lu 100 fois si ce n'est plus… Alors oui ! C'est ce que je tente modestement de faire, et vos billets m'amène parfois un regard nouveau.
    Il n'en demeure pas moins que si je ne me laisse pas entrer en résonance intérieure pour écouter en moi les harmoniques vibratoires que le texte a pu faire naître, j'aurais alors le sentiment d'une « étude de texte » comme on en faisait dans le temps à l'école… Où, à 15 ans, l'on pouvait disserter sur l'amour des amants…. Sans en avoir l'expérience….

    Pour revenir au texte. Parfois, je m'identifie au fils prodigue, celui qui refuse l'amour inconditionnel d'un père, et alors je peux rechercher en moi les ressorts de mon refus.
    D'autres fois je m'identifie au père, étant père moi-même, avec tout l'amour que je ressens pour mes enfants et qui me fait courir au-devant d'eux malgré les conneries qui ont pu m'atteindre. Pensant alors à cet autre passage de l'Évangile ou Jésus évoque l'amour bien faillible des pères humain, qui n'est rien à côté de l'intense amour de Dieu.

    C'est mon mode d'approche. Peut-être est-il contestable. Peut-être le contestez-vous.

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    1. Vous opposez dans votre post psychologie et psychologisme. Vous vous méfiez du second et contestez, ou du moins émettez des réserves quant à ma résistance à la première.
      Peut-être parlons-nous de la même chose. Et si ce dont je me méfie était ce que vous appelez psychologisme. Nous ne serions pas loin d'être d'accord.
      Pour moi, veuillez le croire, il n'y a pas de réserves par rapport à ce que serait une écoute des textes à la manière d'une écoute de l'analysant par l'analyste. Les textes méritent bien cette attention avec l'a priori de bienveillance.
      Je crois que la représentation de scène évangélique ignacienne vaut pour les scènes où Jésus rencontre du monde. Diriez-vous la même chose des paraboles. Ainsi, le début du chapitre (Lc 15, 1-3) m'invite à me situer. Jésus mange avec les pécheurs, les scribes récriminent. Je contemple la scène. Jésus ouvre la bouche. Que se passe-t-il ? Pourquoi la parabole ne se finit pas, pourquoi ne sait-on pas si le fils aîné est entré ou non dans la salle des fêtes.
      Les paraboles étant des histoires 'trafiquées", je veux dire des histoires qui mènent à l'énigme par un tour littéraire propre, il me paraît plus délicat de s'y imaginer. Si je peux me permettre, la reconnaissance des genres littéraires est un acquis non seulement exégétique, mais même dogmatique depuis 1943. Ce serait bête de revenir en arrière.
      Par ailleurs, je ne crois pas "psychologiser" quant au frère aîné. Je constate qu'il sait des trucs sur son frère, sans que le narrateur ne nous dise comment, alors que ce frère était fort loin et que même le Père semble n'en avoir aucune nouvelle. Cela a tout de la médisance si ce n'est de la calomnie, que les traducteurs diffusent en parlant au début de vie de désordre, là où le texte dit, une vie non-sauvée. Je n'imagine rien. Je constate qu'il sait des trucs que le narrateur n'a pas dits. Et cela est toujours curieux.
      J'espère n'avoir pas contesté, mais seulement répondu, non comme celui qui sait, mais dans un dialogue, commencé avec Lucile, une recherche

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    2. Je ressens bien que votre réponse s'inscrit dans un souci de dialogue. Je le partage.
      Comme vous le dites, je crois que nous sommes assez proches sur un certain nombre de points.
      Vos remarques sur une certaine manière de se questionner me vont bien. Les personnages mis en scène ne sont pas là uniquement pour qu'on en fasse une analyse psychologique et forcément plus ou moins interprétative… donc avec les risques d'une lecture « à notre avantage », si je puis dire ainsi. C'est ce que je crois comprendre de certaines de vos remarques.

      J'ai aimé lire : « (…) une écoute des textes à la manière d'une écoute de l'analysant par l'analyste. Les textes méritent bien cette attention avec l'a priori de bienveillance. », Parce que je crois qu'en effet c'est une bonne première approche pour entrer en contact avec le texte, en retirer un enseignement bénéfique pour soi. J'ai trop entendu des commentaires « moralisateurs » où, bien entendu, celui qui s'exprime, (un prêtre ou religieux), du haut de sa parole qu'il estime officielle, s'extrait du jeu, comme s'il avait atteint je ne sais quelle perfection…

      Grâce à ce dialogue sur ce billet, vous ouvrez d'autres perspectives. Donc merci !

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