lundi 4 mars 2013

Les cardinaux, la curie et l'Eglise d'après Mgr Dagens

Extraits d'un entretien publié par le JDD 02 03 13


L’atmosphère à Rome, je le sais de source sûre, est très troublée ces jours-ci. Très violente. Le renoncement de Benoît XVI a laissé les cardinaux pantois. Ils ne savent pas comment affronter cette situation. Ils sont dépassés. Il règne une logique de cour à Rome. Le Vatican, c’est quinze villages avec différentes tribus. Quand l’Eglise fonctionne comme des tribus qui s’ignorent ou se détestent, rien ne marche. C’est cela qui a engendré la corruption. Je prie le Saint-Esprit pour calmer les ardeurs tribales ! Pour que les cardinaux élisent un homme souple, convaincu et conduit par Dieu. Ainsi, toutes ces histoires finiront dans les eaux du Tibre.
Le prochain pape doit-il "nettoyer" la Curie ?
Sa réforme est indispensable. Il faut abattre ces cloisons étanches. Obliger tous ces cardinaux à se réunir, à se connaître, à débattre, à ne pas rester enfermés dans leurs propres boutiques, pour être à la hauteur des défis de la nouvelle évangélisation et de la charité chrétienne. Le but de l’Eglise, ce n’est pas l’Eglise…
Comment faire ?
Quand il y a un choc, c’est comme lorsqu’on coule : il faut remonter, mais par le haut, en regardant vers le Christ. Pas par les petits complots, les traquenards ou les luttes de pouvoir. Il faut des cardinaux, autant qu’il est possible, qui ne soient pas liés à des groupes de pression, quels qu’ils soient : le Néocatéchuménat, Comunione e Liberazione, l’Opus Dei. Des hommes libres par rapport à tous groupes de pression, eux-mêmes liés à la politique italienne.
Vous avez vous-même passé tout le mois d’octobre à Rome, pour le synode des évêques sur la nouvelle évangélisation. Comment l’avez-vous vécu ?
J’ai observé une oscillation au sein de ce synode. On a d’abord entendu des rapports extrêmement pessimistes, de la part de l’archevêque de Washington, puis de celui de Budapest, qui ne parlaient que des effets négatifs de la sécularisation. Mais à l’issue de ces débats, le message final était bien plus positif. Le texte rédigé par la commission animée par l’archevêque de Florence a du souffle, il ne se lamente pas.

3 commentaires:

  1. Dans l'interview, j'ai trouvé ce tout petit passage très éclairant…

    - Quels sont les défis du prochain pape?
    - Vivre l’Evangile du Christ.

    C'est sûr qu'il y a du boulot !
    Revenir aux sources et rompre volontairement avec toutes les volontés de pouvoir dit temporels, dont l'église se délecte encore…

    Si cela pouvait se faire au moins à 5 %… Il ne serait pas impossible que je refasse quelques pas vers la chrétienté…
    Mais, pardonnez-moi… Je suis un rêveur imbécile !
    En fait… Soyons réalistes : tout continuera comme avant… Avec simplement le nom d'un nouvel homme…
    Ce sera le seul changement qui ne modifiera pas le système réifié.
    Dommage !

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    1. Le pire n'est pas toujours sûr. Ceci dit, je partage votre avis. Il y a peu de chance que ça change, et surtout que cela change vite et profondément.
      Je pense même que l'Eglise est loin d'avoir touchée le fond et que de tristes jours sont encore devant nous. "Oh les beaux jours" diront les dévots du nouveau Pape comme ils le disaient de l'ancien. Ils n'auront sans doute pas lu Beckett ou ne feront pas le lien !
      En revanche, que vous attendiez que le Pape soit quelqu'un de bien pour refaire un pas vers l'Eglise, là, je ne comprends pas. Seriez-vous à penser que l'Eglise c'est le Pape et les cardinaux ?
      Et si l'Eglise était celle des justes, y aurions-nous notre place ?
      Dommage que vous n'arriviez pas à être flegmatique quant à l'Eglise, voire révolté, et en même temps profondément attaché. D'autant plus révolté que vous y êtes attaché. L'Eglise, c'est aussi l'Evangile mis en pratique par des millions de disciples qui sont parfois aussi des prélats. Je ne comprends pas qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Nous ne sommes plus des ados intransigeants. On peut ne pas attendre grand chose des prélats (et même des chrétiens) voire rien, et continuer à aimer cette Eglise. On peut même être d'autant plus rempli de zèle pour elle que l'on est agressé par les simagrées des prélats.
      Ne l'aiderons-nous pas cette Eglise à prêcher l'évangile, à l'écouter et à le mettre en pratique en étant de l'intérieur, sans complaisance et en même temps pas forcément fiers de ce que nous faisons nous-mêmes. La sainteté de l'Eglise n'est pas la nôtre, mais celle du Seigneur. Cela n'autorise évidemment pas à faire n'importe quoi d'anti-évangélique. Cela nous libère pour que nous demeurions de ce peuple solidaire du son péché, et gracié par son Seigneur.

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  2. «… D'autant plus révolté que vous y êtes attaché », dites-vous. J'aurais tendance à dire que pour m'attacher à Jésus et à l'Évangile, il m'a fallu quitter cette église. Moins parce qu'elle m'a déçu que parce qu'elle m'a fait souffrir dans ma chair. Car si la souffrance fut infligée par des « gens d'église » c'est à raison des déviances formatives que ces personnes avaient subies dans des séminaires et autres établissements de formatage de l'église catholique. Il y a donc là une responsabilité collective évidente. Le pape, le Vatican, les prélats, les prêtres et religieux les plus "ordinaires", les laïcs-bien-formatés, ne peuvent s'extraire de leur responsabilité personnelle et collective et de ses aspects ignominieux. Pour l'instant, je constate que tout cela persiste sans aucun changement notoire. Hormis, de vagues déclarations en forme de mea culpa du pape licencié par Dieu. En ce sens, me traiter d'adolescent intransigeant, j'ai presque failli le prendre pour une offense, avant de revenir à la justesse de la révolte nécessaire. Celle qui ne peut venir que d'une jeunesse. (Jésus n'a pas commencé à enseigner à 80 ans…). En effet, ne rien pouvoir attendre de ceux qui ont en responsabilité le message évangélique, avoir entendu ce propos par diverses personnes engagées dans l'église, et que vous confirmez vous-même, c'est probablement la chose la plus désolante et la plus terrible qu'il faille constater. Ainsi la signature de l'échec total est apposée. Cela constitue pour moi une lumière qui me guide vers ma liberté d'enfant qui aime Jésus et à travers lui, en tant qu'adulte cherche à concourir au progrès de l'Humanité des hommes.
    Le constat est patent : les déviations, LA déviation de la très Sainte Église Catholique demeure pour moi un intolérable dans la mesure où les guides suprêmes précipitent vers le gouffre, alors qu'il est question d'un message qui sauve !
    Je manque de solidarité envers les gens d'église ? Certainement ! C'est une limite que je me reconnais. Pour la faire reculer il faudrait qu'il y ait en face des « signes »… qui ne me semblent pas là de venir, si j'en juge par les grenouillages vaticanesques dont la presse rend compte.…
    En effet, ne faudrait-il pas au peuple un Guide-disciple-de-son-Dieu-d'Amour ? animé d'un "souffle" ? Alors que nous aurons un homme-produit-politique-amateur-de-pouvoirs… et même prisonnier de lui-même, informé sans doute des réalités, mais totalement isolé de celles-ci, comme tous chef politique ordinaire.
    Il arrive encore que cela me donne la nausée !

    Vous dites :
    "Ne l'aiderons-nous pas cette Eglise à prêcher l'évangile, à l'écouter et à le mettre en pratique en étant de l'intérieur, sans complaisance et en même temps pas forcément fiers de ce que nous faisons nous-mêmes. "
    Vous avez raison.
    À condition d'arriver à ressentir l'appartenance.
    Cette expérience de solidarité sans complaisance, je la connais, je l'ai vécu au sein de groupes d'appartenances professionnels ou associatifs. Les erreurs et les défaillances, bien sûr.
    Hélas, vis-à-vis de l'église je me suis exclu de moi-même, parce que je l'ai considéré comme vital pour moi, au sens le plus fort du mot. C'est comme une personne qui quitte une pièce où l'on a répandu un gaz asphyxiant. Généralement on reste très longtemps éloigné de cette pièce-là.

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