mardi 24 décembre 2013

Le chemin de Bethléem passe par le Golgotha. Noël 2013

Avec la foi chrétienne, c’est le monde à l’envers. Il y a d’abord la mort, et après la vie. Il y a la croix puis la résurrection. Il y a les cendres puis le feu pascal. On n’a jamais vu un feu jaillir des cendres. Et pourtant.
Il y a la mort puis la naissance. On meurt avant que de naître. Jésus meurt avant que de naître. La Pâque est la clé de lecture de Noël. La conversion évangélique nous conduit d’abord au Golgotha. C’est du mont du Crâne qu’on rallie Bethléem.
Que cela soit surprenant ne suffit pas à ce que l’on se détourne. Au contraire, la surprise interroge. Que dites-vous ? Il est mort avant que de naître ? Et c’est ainsi que les chrétiens ont célébré la Pâque dès la mort et la résurrection de Jésus. Ils n’ont célébré sa naissance qu’à partir du 4ème siècle. Et c’est ainsi que parle l’évangile de Jean, qui fait annoncer par la prédication du Baptiste, homme adulte à la veille de son martyre, la naissance de Jésus : « Cet homme n’était pas la lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage. […] Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire. »
Non seulement il n’y avait pas de reporters avec les télévisions du monde entier pour couvrir la naissance de Jésus, mais l’on ne sait jamais à la naissance d’un enfant quelle sera sa destinée. A par dans les familles princières, comme on l’a vu récemment avec le royal baby, jamais une naissance n’a donné lieu et ne donne lieu à déploiement d’information. Or ce qui rend Jésus célèbre, digne que l’on raconte sa naissance, c’est sa vie tout entière, son ministère en particulier, récapitulé dans la Pâque, mort et résurrection. Comment pourrait-on venir à Bethléem autrement qu’en partant du Golgotha et du tombeau vide ?
Cela explique sans doute une mention de l’évangile de Luc, qui trouve comme un parallèle dans celui de Jean : « Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. »
Pourquoi donc personne ne reçoit Marie, Joseph et l’enfant ? Pourquoi les hommes n’accueillent pas la lumière venue dans le monde ? Faut-il penser que l’égoïsme et le péché endurcissent à ce point le cœur de l’homme qu’il ne se trouve personne pour recevoir Jésus ? Certes, nous laissons les réfugiés sans hébergement, à Lampedusa ou dans les rues de nos cités, mais il y a toujours quelques uns d’entre nous pour se dévouer à leur service, pour crier la honte d’une humanité inhumaine.
Je ne peux croire qu’il n’y eut personne pour accueilli une femme enceinte, qu’il n’y a personne pour accueillir la lumière. Et l’évangile de Jean parle de « tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom » à qui il « a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu »
S’il n’y a pas de place pour eux dans la salle commune, c’est que Jésus n’a pas sa place dans une auberge, lui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, lui qui fait du cœur de l’homme sa demeure. La non réception de l’enfant et du Verbe Fils, avant d’être une affaire de cœurs durs et fermés, est une confession de foi. Qui est l’enfant qui n’a pas sa place où les enfants ont la leur ? Qui est ce Verbe Fils qui ne peut être reçu ?
Et c’est là qu’il faut aller au Mont du Crâne, au pied de la croix ou devant le tombeau vide. Parce qu'ici, et ici seulement, est engendré le premier né d’entre les morts : « tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré » (Ac 13,33, He 5,5). L’engendrement du Fils n’est pas une affaire de crèche, mais de résurrection, c’est-à-dire de mort. Il est le premier né d’entre les morts et sa naissance a lieu au tombeau. Le sein de Marie est prophétie du tombeau vide, sa délivrance est écrite, après coup, comme annonce du tombeau vide.
C’est que même l’accueil du Verbe Fils par les hommes ne peut être que l’œuvre de la grâce, du don de Dieu, de Dieu même qui se donne, se livre. Comment les hommes, sans même parler de leur inhumanité, de leur bestialité, pourraient-ils accueillir leur Dieu si ce Dieu ne leur en donnait la possibilité ? Et comment leur en donnerait-il la possibilité sans que Jésus ne soit né d’entre les morts pour ouvrir dans la mort le passage définitif de la vie, pour ouvrir dans la création, la réalisation d’une promesse trop longtemps différée ? « Il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. ». Son engendrement pascal ouvre notre naissance à la vie divine. Enfin, à la croix et dans le vide du tombeau, la divinité devenait effectivement la vocation des hommes.
C’est exactement ce que nous célébrons aujourd’hui : Prenant chair de notre chair, il donne à la chair humaine sa divinité en partage. L’Emmanuel, le Dieu avec nous, contamine par sa présence tous ceux qu’il rejoint. Ainsi notre vocation est sa divinité puisqu’en naissant, il avait fait sienne notre vie.


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